La Turquie d’Erdogan dans la spirale du chaos

Le Monde 08/10/2015
La robustesse ou, a contrario, la faillite d’un Etat tient à la manière dont il est gouverné. A cette aune, la Turquie montre d’évidents signes de déclin. La faute en incombe prioritairement à son président, Recep Tayyip Erdogan, qui, par sa soif inextinguible de pouvoir, a accentué son instabilité, jugeait il y a quelques jours le Washington Post, dans un éditorial sévère.
Le risque de dérive est d’autant plus grand qu’à l’approche du scrutin législatif anticipé du 1er novembre, le contexte est explosif : polarisation politique entre pro- et anti-AKP (le parti au pouvoir), mais aussi reprise du conflit avec les Kurdes (qui représentent 15 % de la population) et menace du groupe Etat islamique aux frontières sud du pays, précisait de son côté le Financial Times.
A cette liste de périls s’ajoute une diplomatie bien éloignée du « zéro problème avec les voisins », comme l’a montré la réaction courroucée d’Ankara aux incursions russes dans son espace aérien. Tout cela, sur fond de crise syrienne exacerbée, alimente la crainte du chaos. Au point que Middle East Online s’interroge : la Turquie, qui naguère semblait cheminer vers la modernisation, est-elle sur le point de basculer de nouveau dans la guerre civile ?
A la faveur d’une tribune sur le site The Atlantic, Soner Cagaptay, chercheur au Washington Institute, affiche son pessimisme. Pour lui, la source du danger vient de l’autoritarisme croissant d’Erdogan, désireux de forger un système présidentiel à sa main au mépris de la démocratie parlementaire en vigueur.
Mümtazer Türköne, de Today’s Zaman, déplore lui les pressions répétées du pouvoir sur les médias. Là où la loi s’arrête, la tyrannie commence, estime Serkan Demirtas, de Hürriyet. L’automne n’en est peut-être qu’à ses prémices, mais, conclut le professeur Burak Kadercan sur War on the Rocks, si la classe politique et la société ne réagissent pas, l’hiver turc risque de survenir plus tôt que prévu…

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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