COP21- « Crime climatique stop ! » : l’appel de la société civile

Le Canard Enchaîné – 07/10/2015 – Jean-Luc Porquet –
Sans cesse nous creusons, fouissons, forons dans les entrailles de la Terre pour en extraire toujours plus d’énergies fossiles et de minerais… Trois chiffres suffiront : en trente ans, la consommation mondiale de ressources naturelles a augmenté de 50 %; chaque année, c’est en moyenne pas moins de 3 tonnes de matières premières que l’Europe importe pour chacun de ses habitants; 80 % des émissions mondiales gaz carbonique, principal responsable du réchauffement climatique en cours, viennent du pétrole, du gaz et du charbon.

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A l’approche de la COP21, qui prétend tenter d’endiguer ce réchauffement, voici qu’un appel (voir ci dessous) vient d’être lancé par des économistes, des climatologues, des historiens, etc. Ce qu’ils proposent est aussi simple que concret : « Laissons les fossiles dans le sol« . Ils font remarquer que « depuis plus de vingt ans, les gouvernements négocient, mais [que] les émissions de gaz n’ont pas baissé et [que] le climat poursuit sa dérive ». Ils ne croient pas au succès de cette 21ème conférence climatique, au cours de laquelle seront promues, selon eux, « de fausses solutions » (et en effet, on peut s’attendre à tout un prêchi-prêcha de grands vœux pieux et de vagues engagements). Ils réclament ceci : « Concrètement, les gouvernements doivent mettre un terme aux subventions qu’ils versent à l’industrie fossile et geler leur extraction en renonçant à exploiter 80 % de toutes les réserve de carburant fossile. »
L’un des signataires, l’économiste Maxime Combes, relève deux exemples prouvant que ceux qui prétendent s’attribuer un « leadership climatique » lors de cette COP21 sont des adeptes du double langage (voir ci-dessous l’ouvrage de Maxime Combes). Ainsi Barack Obama : en mai, peu après avoir annoncé à grands flonflons sa nouvelle passion pour le climat (alors que les États-Unis ont refusé de ratifier le protocole de Kyoto en 1987…), il autorise le pétrolier Shell à reprendre ses campagnes d’exploration au large de l’Alaska. Ainsi, aussi, François Hollande : le 2 novembre 20 14, le jour même où les experts internationaux du Giec publient un rapport confirmant la gravité de la situation, il est au Canada « pour se féliciter des investissements des entreprises française, notamment Total dans le pétrole des sables bitumineux, l’un des plus polluants de la planète« . Mieux : la semaine dernière, Ségolène Royal a accordé trois nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux en France…
De doux utopistes, les signataires de cet appel ? Pas sûr. Même l’OCDE (l’Organisation internationale de Coopération et de Développement Économiques) vient de pointer du doigt les colossales subventions que versent les États en faveur de la production et de la consommation des énergies fossiles (500 milliards de dollars par an). Et, sous la pression citoyenne, de plus en plus d’investisseurs s’engagent désormais à ne plus mettre un sou dans le charbon et le pétrole. L’an dernier, les sommes dites « vertueuses » ne dépassaient pas 50 milliards de dollars. Aujourd’hui, elles totalisent 2 600 milliards (« Le Monde », 24/9). Ce n’est qu’un début, etc.
9782021283648
Date de parution 27/08/2015 / Anthropocène / 320 pages – 15.00 € TTC
Le dérèglement climatique tue. Il bouleverse des centaines de millions de vies, à commencer par celles des plus pauvres et des plus fragiles. Pour que notre planète reste vivable, près de 80 % des réserves d’énergies fossiles actuellement connues doivent demeurer inexploitées. Nous n’en prenons nullement le chemin. Les négociations dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur le climat de Paris s’annoncent comme un échec : les États abandonnent l’objectif de tout faire pour rester sous le seuil d’une augmentation maximale de la température de + 2 °C au-delà duquel les pires scénarios deviennent possibles.
C’est pourquoi la société civile mondiale lance aujourd’hui un appel à la mobilisation, et à construire un vaste mouvement qui refonde nos sociétés. Ce livre porte la voix de personnalités du monde entier, de chercheurs conscients de l’impasse actuelle, mais aussi celle d’innombrables victimes, réfugiés climatiques et collectifs en lutte contre la machine à réchauffer la planète. Tous nous rappellent la réalité du réchauffement climatique en cours, les souffrances et les inégalités qu’il produit et nous montrent les voies pour sortir de l’âge des fossiles.
Avec les contributions de Naomi Klein, Vandana Shiva, Jean Jouzel, Susan George, Desmond Tutu, Bill McKibben, Geneviève Azam, Pablo Solon…
9782021160765
Manifeste pour la transition /Maxime Combes /
Date de parution 08/10/2015 / Anthropocène / 288 pages – 18.00 € TTC
Les entrailles de la Terre contiennent suffisamment de pétrole, de gaz et de charbon pour déclencher le chaos climatique. Prendre au sérieux le réchauffement climatique implique de laisser dans le sol la majorité des réserves d’énergies fossiles connues. Pour survivre, nous sommes donc condamnés à apprendre à vivre sans brûler des énergies fossiles dangereusement surabondantes.
Ceux qui tergiversent, ceux qui s’y refusent, ceux qui étendent la logique extractiviste en forant toujours plus loin et toujours plus sale, ceux qui professent que les marchés, la finance ou les technosciences vont sauver le climat nous détournent de l’essentiel. Ils gaspillent le temps et les ressources dont nous avons besoin pour enclencher la transition.
Nous ne nous résignons pas au naufrage planétaire. Contre l’extractivisme, les hydrocarbures de schiste, les grands projets inutiles et la marchandisation de l’énergie et du climat, nous inventons aujourd’hui les contours d’un monde décarboné, soutenable et convivial de demain. Il est temps de sortir de l’âge des fossiles. La transition, c’est maintenant !
Maxime Combes est économiste et membre d’Attac France, engagé dans les mobilisations citoyennes autour des grands enjeux environnementaux et énergétiques nationaux et mondiaux. Également contributeur du magazine en ligne Basta ! (bastamag.net), il est coauteur de l’ouvrage publié par Attac, La nature n’a pas de prix (Paris, LLL, 2012) et de Crime climatique stop ! (Seuil, « Anthropocène », août 2015).

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