« Bisounours » l’insulte qui cherche à détruire l’altruisme – DOXA

Doxa – 5 octobre 2015 /
Vous défendez les Droits de l’Homme ? Vous voulez construire une société plus juste et égalitaire ? Vous partagez de la peine pour les minorités opprimées ? Vous croyez que la bonté humaine peut triompher de la haine dans ce monde ? Alors vous êtes probablement un Bisounours ! du moins, dans la bouche de ceux qui aimeraient vous convaincre que l’altruisme est mort et que la réalité se résumerait à un tableau bien noir et un avenir bien pessimiste. Chirurgie d’une tentative de tuer les idées solidaires.
On dit qu’une insulte reflète d’avantage l’état d’esprit de celui qui l’exprime, plutôt que celui-ci qui l’a reçoit. Après avoir débunké le mot bobo, penchons nous sur une insulte tout aussi politisée : le bisounours. Vous n’avez probablement pas pu y échapper, à cette « insulte » des temps modernes qui coupe tout débat, réduisant toute profondeur des réflexions sur la nature humaine à une image enfantine. Point Godwin des réactionnaires (qui est un courant de pensée et non une insulte), le mot « bisounours » n’a aucune signification réelle. Projection mentale sans fondement, le mot est censé réduire la pensée d’une personne à cet état de nounours rose, au petit cœur dessiné sur le ventre, trop gentil pour regarder la « réalité-vraie » au-delà du « politiquement correct »
care_bears_the_teen_years_9_by_drchrissyImage : DrChrissy
Mais quelle réalité ? Pour le comprendre, il suffit de se tourner une nouvelle fois vers les médias de masse où de nombreux invités ont pu utiliser ce mot à outrance pour défendre leurs idées. Celui-ci est généralement utilisé en référence à un monde perçu comme dangereux, malsain, terne, enrobé d’un discours sécuritaire mettant en échec les alternatives solidaires où la raison et la tolérance ont une place de choix. Car la réalité, dans l’esprit de quiconque, est avant tout une perception du réel. De manière générale, on oppose le mot « bisounours » à l’altruisme, comme l’explique à force d’arguments Dany Caligula dans l’épisode 20 de Doxa (ci-dessous). Le terme, insignifiant par nature, mais séduisant par sa forme stigmatisante et humoristique, va ensuite se répandre sur les réseaux sociaux, tout particulièrement dans les mouvements confusionnistes généralement opposés aux idées sociales (amalgamées au socialisme politique) et aux projets éco-solidaires dont l’image peut refléter, selon leur point de vue, une forme de naïveté et de trop grande gentillesse.
Et c’est ici qu’on comprend aisément où veulent en venir nombre de ceux qui utilisent ce mot pour bloquer un débat. Si on postule que le monde est fondamentalement dangereux et que la bonté est un défaut, on s’autorise à considérer positivement une société de type Orwellienne, sécuritaire, liberticide ou l’emploi de la force, de la dénonciation, de la répression, de la surveillance, de la rectitude et de la loi du plus fort seraient des compromis acceptables. C’est, en effet, une vision très « à droite » (historiquement) d’une société pourtant déjà à droite aujourd’hui. Ce climat de peur, opposé par définition à l’altruisme sur lequel se reposent les projets collectifs résilients, gagnerait du terrain en Europe avec la médiatisation accrue des questions d’immigration, des faits divers sordides et de l’accumulation des crises. Un phénomène brillamment expliqué par l’équipe d’Horizon dans leur reportage : La France a peur : le syndrome du grand méchant monde.
Ainsi, on observe un parallèle entre la montée des grandes peurs dans l’opinion et la stigmatisation de ceux qui élaborent des alternatives progressistes, humanistes et positives. Pour mieux comprendre cette stigmatisation des idées altruistes, on vous invite sans plus attendre à découvrir cet excellent épisode de Doxa dans son intégralité :

A propos werdna01

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