Infos – Flux de l’information mondialisée : Le reflet d’un monde qui change

Le Monde | 10.10.2015
Cinq infos qui changent le monde
Débordés par l’actualité ? Perdus dans la confusion de la géopolitique planétaire ? Voici, choisis dans le flux de l’information mondialisée cette semaine, cinq événements qu’il faut retenir. Parce qu’ils changent le monde, ou parce qu’ils reflètent un monde qui change.

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Le prix Nobel de médecine à Youyou Tu
La professeure Youyou Tu, 84 ans, partage ce prix avec le Japonais Satoshi Omura et l’Irlandais William Campbell, mais pour la Chine ce prix est infiniment plus précieux que pour le Japon ou l’Irlande : c’est la première fois qu’un scientifique chinois, non émigré, se voit décerner cette récompense pour des recherches menées en Chine.
Les dirigeants chinois rêvaient de ce prix. Ils ont investi des sommes énormes dans des programmes de recherche scientifique, fait revenir des savants partis aux Etats-Unis, décroché des milliers de brevets, mais il leur manquait la reconnaissance internationale de la distinction suprême. La professeurs Tu a fait toute sa carrière à l’Académie de médecine chinoise ; et l’artémisinine, dont elle a découvert les propriétés pour traiter le paludisme, est issue de la médecine traditionnelle chinoise. Son prix Nobel ouvre une brèche dans la suprématie de la science occidentale.
La Russie entre en guerre en Syrie
Cela a commencé par l’expédition de quelques avions, transportant quelques militaires. Puis sont venus les hélicoptères de combat, puis les chars, puis 2 000 hommes. La Russie disposait d’une base navale en Syrie, à Tartous : on a d’abord cru à un simple renforcement de ses positions. Le 28 septembre, à la tribune de l’ONU, le président Poutine a lancé aux Etats-Unis : « Est-ce que vous comprenez ce que vous avez fait ? » Le 30, ses avions ont commencé à bombarder l’opposition en Syrie. Le 7 octobre, depuis la mer Caspienne, ses navires ont tiré sur la Syrie une salve de missiles de croisière dernier cri, les SS-N-30, jusque-là connus au seul stade de prototype. L’OTAN s’est inquiétée de cette « escalade préoccupante ». Le président turc Erdogan est furieux des violations de son espace aérien.
Le Kremlin le dit clairement : l’opération vise à soutenir le régime de Bachar Al-Assad. Outre les puissances régionales, quatre puissances nucléaires (Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne) sont maintenant militairement impliquées en Syrie, mais c’est Moscou qui va le plus loin. Vladimir Poutine, tacticien de génie ? Ou mégalomane prêt à envoyer ses « volontaires » dans un bourbier pire que l’Afghanistan ? La « grande coalition » qu’il a promise à l’ONU tarde à se concrétiser. Barack Obama attend, mais sa « patience stratégique » est mise à rude épreuve.
De moins en moins de très pauvres, de plus en plus de migrants
Les extrêmement pauvres, dans le classement de la Banque mondiale, sont les gens qui vivaient avec moins de 1 dollar par jour en 1990 ; ce seuil a été porté à 1,25 dollar en 2005, puis, cette année, à 1,90 dollar. En 1990, l’extrême pauvreté touchait 1,9 milliard de personnes dans le monde, ou 37 % de la population mondiale. En 2012, elles étaient 902 millions, ou 12,8 %. Pour la première fois, ce chiffre passera en 2015 en dessous de la barre des 10 %, avec 702 millions de personnes, soit 9,6 %. Explication : en Inde, les très pauvres sont un peu moins pauvres, et l’Amérique latine compte désormais plus de membres de classes moyennes que de pauvres. En revanche, la moitié de la population extrêmement pauvre est concentrée dans l’Afrique subsaharienne.
La même Banque mondiale s’est alliée au FMI pour lancer, le 7 octobre, un appel aux pays développés : les tendances démographiques contraires au Sud et au Nord vont continuer à nourrir des flux migratoires à grande échelle des pays pauvres vers les pays riches, pendant des décennies. Au déclin démographique et au vieillissement des populations du Nord s’opposent, au Sud, un taux de natalité élevé et des populations jeunes. Autrement dit, la main-d’œuvre se trouvera de plus en plus au Sud. « Avec les bonnes politiques, suggère le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, cette ère de changement démographique peut servir de moteur à la croissance économique. »
Le plus grand accord commercial
Il s’appelle TPP, pour Trans-Pacific Partnership, et il a été signé le 5 octobre par douze pays riverains du Pacifique, emmenés par les Etats-Unis. A eux douze, ils totalisent 40 % du commerce mondial et seront unis, si le pacte est ratifié par leurs parlements, par des tarifs préférentiels et des normes communes. C’est la déclinaison commerciale de la politique de « pivot » américaine vers l’Asie, destinée à contenir la Chine – qui n’a pas été invitée. Le TPP se veut exemplaire : « Nous ne pouvons pas laisser des pays comme la Chine édicter les règles de l’économie mondiale », a déclaré Barack Obama. Pour parfaire les règles de la mondialisation, le président américain veut rééditer l’exploit avec un traité transatlantique, le TTIP (Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement) : la même chose, mais avec l’Union européenne. Ça traîne un peu : ce sera plutôt pour son successeur.
La fin du rêve pétrolier arctique
Après y avoir investi des milliards de dollars, une flotte de 30 navires et deux plates-formes, le groupe Shell a décidé de se retirer de l’exploration pétrolière dans l’océan Arctique, au nord de l’Alaska. D’abord parce qu’il n’y a pas trouvé assez de pétrole. Ensuite, explique le Financial Times, parce que la chute des prix du brut rend désormais ce genre de projets beaucoup trop risqués. D’autres géants pétroliers, ExxonMobil, Chevron, BP, ont suspendu leurs projets dans l’Arctique nord-américain. Les sanctions occidentales et la récession ont contraint les Russes à renoncer à leurs plans d’exploitation dans leur partie de l’Arctique. Les dures réalités de l’économie mondiale ont eu raison du rêve d’une nouvelle frontière pour l’or noir.
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Sylvie Kauffmann Journaliste au Monde

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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