N. Sarkozy : Le président des Républicains est accusé par ses rivaux de verrouiller l’appareil du parti

Le Monde | 14.10.2015
Sarkozy tente d’asseoir son emprise sur la primaire

4788894_7_bca0_nicolas-sarkozy-lors-d-un-meeting-pour-la_6f5bdc9d74df552dcbc1376d4aff0a0b

Nicolas Sarkozy répète à longueur de meetings qu’il veut « protéger les régionales de la primaire ». A l’entendre, il serait le garant de l’unité du parti, uniquement préoccupé par la victoire de son camp au scrutin des 6 et 13 décembre, quand ses rivaux ne penseraient, eux, qu’à la présidentielle de 2017.
Pourtant, le président du parti Les Républicains (LR) pense aussi très fort à ses ambitions élyséennes. Récemment, il a lancé plusieurs offensives sur le terrain de la primaire et durci le jeu avec ses concurrents.
Dernière initiative en date : sa volonté de remettre en cause le nombre de bureaux de vote prévus pour la primaire, prévue en novembre 2016. « Dix mille bureaux de vote, ce n’est pas réaliste. Il faut revoir ça », a-t-il déclaré lundi 12 octobre, lors d’une réunion organisée au siège parisien du parti, à huis clos, avec les secrétaires départementaux. Le président de LR juge préférable d’en supprimer près de 2 000.

15101513_13SARKOZYDURCITLEJEU+X1P1_ori_jpg_567.jpgSarko

« Nicolas Sarkozy a expliqué qu’il serait très difficile de tenir 10 000 bureaux de vote car cela suppose d’avoir une armée de 80 000 volontaires pour les tenir », indique le directeur général de LR, Frédéric Péchenard, présent à la réunion en tant que nouveau secrétaire départemental de la fédération de Paris. Le 7 avril, le bureau politique du parti – présidé par M. Sarkozy – avait pourtant validé officiellement la mise en place de ces 10 000 bureaux sur tout le territoire.
« Nicolas Sarkozy a-t-il peur de la démocratie ? »
L’accès à la totalité de l’article est protégé © Le Monde
Ce coup de canif de M. Sarkozy contre la primaire suscite une levée de boucliers de ses opposants, en particulier du camp Juppé. « Un accord, voté à l’unanimité du bureau politique, prévoit 10 000 bureaux de vote, donc dans notre esprit, ce chiffre n’est pas contestable », tonne Gilles Boyer, directeur de campagne du maire de Bordeaux. S’il se dit « vigilant », M. Boyer juge l’opération de M. Sarkozy vaine. « Ce n’est pas lui qui aura à s’occuper de l’organisation de la primaire donc qu’il ne se fasse pas de mouron… », ironise-t-il.
C’est en effet le comité d’organisation de la primaire – présidé par le député Thierry Solère, proche de Bruno Le Maire – qui est chargé de préciser la manière dont va se dérouler cette élection, sous le contrôle d’une haute autorité indépendante. Pour M. Solère, pas question de revenir sur des règles du jeu déjà validées : « Nous nous sommes mis d’accord sur le nombre de 10 000 bureaux de vote en bureau politique. L’essentiel est maintenant d’assurer la phase opérationnelle. »
Alors que M. Sarkozy est plus populaire chez les adhérents que chez les sympathisants de droite – davantage acquis à Alain Juppé – ses rivaux le suspectent de vouloir réduire la participation à la primaire pour disposer du corps électoral qui lui serait le plus avantageux. « Nicolas Sarkozy a-t-il peur de la démocratie ? S’il se dit que baisser le nombre de bureaux de vote est la seule façon de réduire l’électorat à la portion qui lui est le plus favorable, c’est infantile », fustige Jérôme Grand d’Esnon, conseiller de Bruno Le Maire. Même tir de barrage du côté de François Fillon : « Il ne peut pas imaginer un seul instant qu’on puisse revenir sur un engagement formalisé solennellement et adopté par le bureau politique », indique l’entourage de l’ancien premier ministre.
achiffon rgeChiffon rouge
Autre offensive de M. Sarkozy, qui suscite de fortes crispations : sa volonté d’attribuer les investitures pour les élections législatives de 2017 plusieurs mois avant la primaire. En privé, l’ex-chef de l’Etat a annoncé à des élus qu’il entendait désigner les candidats entre mars et juin 2016. Il a notamment exposé son plan à M. Le Maire le 5 octobre. M. Sarkozy a évoqué une seule fois ce projet en public. Le 24 septembre, lors des journées parlementaires de LR à Reims, il a indiqué qu’entre février et juillet 2016, « il faudra sans doute qu’on discute des investitures aux législatives ».
Un véritable chiffon rouge pour ses rivaux, qui suspectent l’ex-chef de l’Etat de vouloir « paralyser » les élus susceptibles d’accorder leurs soutiens à un autre candidat à la primaire. Alain Juppé est vivement opposé à cette initiative. Selon L’Express, il l’a fait savoir à son rival, lors de leur déjeuner en tête-à-tête, le 23 septembre. « Cela n’a aucun sens de donner les investitures pour les législatives avant la primaire, juge M. Boyer. Ce sera au vainqueur de la primaire de les donner. » Même réaction de François Fillon qui juge « irrationnel » le projet de M. Sarkozy. Le camp Le Maire y verrait un véritable casus belli. « C’est inadmissible », s’étrangle M. Grand d’Esnon, avant de lancer une mise en garde : « Si Sarkozy fait ça, nous déclarerons publiquement que nous ne reconnaissons pas ces investitures. »
Les concurrents du président du parti accusent également ce dernier de mener une « chasse aux sorcières » depuis qu’il a décidé de placer ses hommes de confiance dans l’appareil. Lors du bureau politique du 22 septembre, M. Sarkozy a ainsi annoncé la nomination de plusieurs secrétaires départementaux (sorte de préfets du parti) proches de lui, dans des fédérations clés : M. Péchenard à Paris, Eric Ciotti dans les Alpes-Maritimes, David Douillet dans les Yvelines…
1805760126Après avoir hurlé contre la volonté de M. Sarkozy de leur imposer un projet commun pour 2017, ses concurrents l’accusent aujourd’hui de vouloir « menacer les élus qui lui résistent » et de « tenter de verrouiller la primaire ». De vieilles méthodes, vouées à l’échec, veut croire M. Grand d’Esnon. « Sarkozy, c’est l’histoire du bourdon qui tape contre la vitre et pense qu’il va passer en force », observe-t-il, avant de trancher : « Sauf qu’il n’est pas le patron de la primaire. »
© Le Monde
Par Alexandre Lemarié et Matthieu Goar
Lire aussi : Primaire à droite : Sarkozy veut diminuer le nombre de bureaux de vote

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Politique, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.