La FNSEA cultive surtout les arnaques !

Siné Mensuel N°46 octobre 2015 – Antoine Lopez –Sans titreC’est un véritable hold-up sur l’Élysée et à Matignon qu’a opéré la FNSEA le mois dernier : ils déboulent à un millier à Paris et repartent avec 3 milliards !
p10-electionfnseacoulUn millier de tracteurs a suffit à la Fédération Nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) pour extorquer 3 milliards d’euros, sur trois ans, au gouvernement. Un millier de tracteurs alors que la France compte 490 000 fermes, cela donne une idée du poids représentatif de la manifestation. Et la facilité avec laquelle on gaspille l’argent public quand il s’agit de la FNSEA. Que s’est-il passé ? Depuis plusieurs mois, le syndicalisme agricole veut nous faire croire à une « crise de l’élevage ». En réalité, cette crise qui affecte de nombreuses petites exploitations, touche seulement 10 % des élevages plutôt moyens et gros fondés sur le modèle industriel. Par exemple, il n’y a pas de crise de l’élevage bio. La crise est due à l’effet de ciseau de la baisse des cours de la viande et du lait, le prix élevé des céréales et à une baisse des exportations.
La baisse des cours vient de la surproduction qui découle du démantèlement de la régulation européenne, approuvé par la FNSEA. La Flambée du prix des céréales est le fait des céréaliers de la FNSEA et ces derniers sont les ardents défenseurs du modèle d’élevage qui transforme les herbivores en granivores. Cherchez l’erreur !
La baisse des exportations est le résultat d’une baisse de la consommation de lait en Chine et de l’embargo (lait et viande) de la Russie. Question : Qui n’a cessé de bâtir l’industrialisation de l’agriculture sur la « vocation exportatrice de la France » ? La FNSEA !
imagesVoilà donc un millier d' »entrepreneurs agricoles », chantres de la « maîtrise des outils économiques par les agriculteurs » et de la « compétitivité » qui reconnaissent de fait le plantage complet de leur cher modèle. Au lieu de se planquer la queue basse derrière leur meule de paille pour avoir gaspillé tant d’années de subventions publiques ou de reconnaître leur erreur, les voilà qui défilent, sans vergogne, échec au front, pour faire éponger une nouvelle fois leurs dettes par le contribuable et lui faire payer leurs prochains investissement. C’est le capitalisme agricole : investissement public dans cagnotte privée sans retour sur investissement! Avec une mise d’un millier de tracteurs dans la capitale, on rafle 3 milliards d’euros. Ensuite, en remerciement, la FNSEA fera campagne pour un changement de gouvernement… et rejouera la même partie. Un demi-siècle que cela dure ! On ne change pas une arnaque qui gagne !
Arnaque de ses propres troupes qui maigrissent au fil des crises provoquées par le modèle agricole imposé par la FNSEA. Arnaque des gouvernements (peu importe la couleur) sommés de passer à la caisse de la casse. Arnaque du consommateur qui ingurgite une malbouffe de moins en moins nourrissante et bourrée de substances toxiques. Arnaque du citoyen qui paie une fois pour les subventions (via la TVA et l’Union européenne), une fois pour les faillites et une fois encore pour les dégâts des manifestations. Aujourd’hui, c’est au tour des grosses fermes de passer leur propre modèle à la moulinette mais les loups dominants rechignent à s’entre-dévorer. Ce sera donc aux « pouvoirs publics » de jouer les agneaux : 3 milliards d’euros pour sauver ceux des 20 000 éleveurs en crise qui feront preuve d’audace entrepreneuriale, à savoir construire les futures usines agricoles robotisées à 1000, 2 000 ou 3 000 vaches. L’affaire durera les temps nécessaire a la venue d’une plus grosse crise avec toujours moins de paysans agro-industriels Finalement, les crise pourraient avoir du bon. Il suffirait au gouvernement de faire preuve d’un peu d’humanisme pour assumer des soins palliatifs : en arrêtant la perfusion financière, on abrégerait les souffrances à venir pour des milliers d’entrepreneurs agricoles et on soulagerait le budget de l’État.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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