Europe – Les réfugiés toujours plus nombreux dans les Balkans

Le Monde 21/10/2015
L’Europe sous pression face à un nouvel afflux de réfugiés dans les Balkans. Les premières mesures prises par les Européens se révèlent déjà inadaptées face au flux continu des migrants
L’Europe n’en a pas fini avec la crise des réfugiés. La crainte d’une fermeture de toutes les frontières européennes, un temps calme sur la mer Egée, ainsi que, selon les Nations unies, l’offensive de l’armée syrienne, appuyée par l’Iran et par la Russie, contribuent à un nouvel afflux. D’après l’ONU, environ 35  000 personnes ont fui notamment la région d’Alep ces derniers jours.

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Du 16 au 18  octobre, près de 28  000 personnes sont arrivées sur les côtes grecques, souligne l’Organisation internationale pour les migrations. C’est plus que lors du pic de l’été, qui avait forcé les Etats européens à prendre des premières mesures. Sur les 643  000 migrants qui ont rejoint le territoire de l’UE par la mer depuis le début de l’année, plus de 500  000 sont arrivés en Grèce, selon des chiffres publiés mardi par l’ONU.
Sur la route des Balkans, empruntée par les réfugiés qui veulent gagner l’Autriche, la Suède et, surtout, l’Allemagne, la situation s’est encore compliquée. La fermeture par la Hongrie de sa frontière avec la Croatie, le 16  octobre, un mois après celle de la frontière avec la Serbie, a provoqué un effet domino similaire à celui observé durant l’été.
La Slovénie est désormais en première ligne. Selon un communiqué du gouvernement, le pays a accueilli 19  500 personnes depuis vendredi – dont 5  % de malades. La plupart des demandeurs d’asile évitaient les postes-frontières officiels saturés et se débattaient dans le froid et la pluie.

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Situation  »  sous contrôle  « 
Les autorités slovènes, qui en appellent au soutien de l’UE, affirmaient, mardi soir, avoir la situation  »  sous contrôle  «  et démentaient la fermeture de leur frontière, même si le ministre de l’intérieur l’avait évoquée. Les pouvoirs d’intervention de l’armée, actuellement limités à une assistance logistique, ont été accrus. Le premier ministre centriste, Miro Cerar, a assuré que  »  cela ne signifie pas un état d’urgence  « . Mais, a-t-il souligné,  »  il est illusoire d’attendre d’un pays de 2  millions d’habitants qu’il puisse arrêter, gérer et résoudre ce que des pays beaucoup plus grands n’ont pas réussi à faire  « .
Au moins 12  100 migrants se trouveraient dans le même temps en Serbie, et 10  000 en Macédoine. Une nouvelle perspective se dessine  : l’ouverture d’une route partant de la Grèce vers les côtes dalmates, via l’Albanie et le Monténégro.
La situation inquiète fortement les responsables européens à peine remis de leurs discussions houleuses sur le partage de 160  000 réfugiés et espérant, au moins, le soutien de la Turquie. Des négociations sont en cours pour éviter que cette dernière ne laisse partir vers l’Union  »  ses   » 2  millions de réfugiés syriens en échange d’une aide de 3  milliards d’euros, de la promesse d’une reprise des négociations d’adhésion et d’une libéralisation des visas pour certains citoyens.
Les autorités de l’Union tentent aussi d’amener Ankara à accepter des accords de réadmission. La clause d’un accord de 2013 conclu avec Bruxelles et visant au renvoi à la Turquie de ressortissants non turcs devrait s’appliquer avant la date prévue (2017) et des accords semblables, conclus entre la Turquie et la Grèce, ainsi qu’entre la Turquie et la Bulgarie, devraient enfin produire leurs effets.
C’est du moins l’espoir de la Commission européenne. Qui en a un autre  : que les plans de répartition de réfugiés qu’elle a difficilement fait accepter fonctionnent. Or, aujourd’hui, un élément-clé du dispositif est remis en question  : les  »  hot spots  « . Ces centres d’enregistrement et d’identification sont confrontés les réticences des réfugiés.  »  Si cela continue, tout ce que nous avons fait n’aura servi à rien et le système s’effondrera  « , explique au Monde un responsable de haut rang.
Pays  »  de première ligne  « 
Destinés à aider les pays dits  »  de première ligne  « , les  »  hot spots   » centralisent l’action de diverses agences européennes (Frontex, Eurojust, Europol, Bureau d’asile) et sont censés accélérer les procédures d’asile. L’un d’eux fonctionne à Lampedusa, en Italie, l’autre à Mytilène, en Grèce. Trois autres centres doivent ouvrir en Italie, quatre en Grèce. Problème  : en Grèce, où ont désormais lieu la plupart des arrivées, de très nombreux demandeurs refusent de se soumettre aux procédures conduisant à l’obtention du statut de réfugié. Ils redoutent de devoir rester dans ce pays ou d’être relocalisés dans un Etat où ils ne veulent pas se rendre.
Le Luxembourg, par exemple, peine à trouver la cinquantaine de réfugiés qu’il a accepté d’héberger. L’immense majorité des Syriens, Erythréens ou Irakiens veut se rendre en Allemagne ou en Suède. Ils sont conscients que, de toute façon, seulement  70  000 d’entre eux feront l’objet d’une répartition, alors qu’ils sont sept fois plus à avoir accosté sur les côtes helléniques. Ils préfèrent donc tenter leur chance en embarquant pour le Pirée depuis les îles grecques, puis en empruntant la route des Balkans.
Leur refus de demander la protection internationale empêche l’accord politique conclu entre les Etats d’être appliqué et rend illusoire toute idée d’un mécanisme permanent de relocalisation.  »  Il faut leur faire passer le message que, grâce à la relocalisation, ils pourront recommencer une nouvelle vie et que c’est seulement par le biais d’une demande d’asile qu’ils y parviendront  « , explique le ministre luxembourgeois Jean Asselborn, actuel président du conseil des affaires étrangères. De nombreux réfugiés savent toutefois qu’ils seront privés des droits liés à leur statut (logement décent, éducation pour leurs enfants, aides sociales…) s’ils refusent le pays qui leur est désigné. Et ils préfèrent tenter d’obtenir ces droits dans le pays de leur choix. A condition, désormais, d’y arriver.
Par Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen) et Benoît Vitkine
Une migrante et son enfant, près du village de Miratovac, à la frontière serbo-macédonienne.

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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