Mais où sont passés les neurones ?

Siné Mensuel N°46 octobre 2015 – Christophe Alévêque –Sans titre
alevequeMais quelle année étonnante, pour ne pas dire merdique, que cette année 2015. Il n’y a pas que le climat qui se dérègle, l’humanité aussi. Le danger immédiat, ce n’est pas la montée des eaux, mais la baisse du niveau général. Des caricatures d’un prophète et une photo d’enfant mort ont bouleversé le cours des évènements. Ce n’est plus la peine de lire, plus la peine de réfléchir, attendons les images. Plus la peine de faire des débats, attendons les polémiques. Plus la peine de chercher les causes, focalisons-nous sur les effets. On compte, on escompte, on calcule et les calculs finissent dans les reins. Non seulement on n’essaie pas d’éviter la maladie, mais on la provoque. On est cons.
On ne regarde pas ce qui se passe n surface, au fond, on s’en fout. Nos dirigeants forment la tête de pont de cette société du superficiel : pas de vision, pas de plan, même l’action a disparu au profit de la réaction, des comptables. Nos penseurs s’y mettent aussi, ils plongent cervelle baissée dans le grand bain de l’actuel, de l’immédiat, de l’effet… En voulant dénoncer la société de l’émotion qui tue la réflexion, ils s’ébattent gaiement dans le vide, à travers des controverses dont tout le monde se bat les flancs. Ils devraient nous aider à comprendre la société, mais ils se masturbent dans une magnifique partouze aussi stérile que leur esprit d’analyse.
Le Tweet est en train de l’emporter sur l’essai philosophique, le royaume de l’imbécile s’étend à perte de vue à travers les ondes de la modernité et du progrès, avec notre complicité.
J’allais oublier les médias, ils relaient… Tout va trop vite, alors ils sont dépassés; plus d’investigation, de la réplique, lus d’analyse, du réflexe. Plus de papier, 24 heures c’est beaucoup trop long comme durée de vie. L’info est devenue un papillon éphémère. Ô temps ! suspend ton vol, écrivait le poète. Les forces de l’esprit nous ont quittés, nous somme passés du siècle des lumières au quinquennat de la bougie.
Bon, tout ça est un peu noir comme constant, c’est pour cela que je suis devenu humoriste, pour ne pas finir terroriste ou sérial killer. C’est pour cela que je considère mes spectacles comme des sortes de thérapies collectives. L’humour peut nous sauver du marasme, avec… cette fameuse liberté d’expression, que tout le monde a redécouverte et divinisée en janvier, avant de passer à autre chose.
Attention, à condition que cette sacro-sainte liberté ne passe pas dans les mains du FN, de Zemmour, de Morano, des réactionnaires, des pétainistes, des complotistes, des racistes, des antisémites et autres intolérants de tout poil. Ce qui est en train d’arriver. Ils ont bien compris, ces faux cons, que cette liberté était une arme redoutable, au service du meilleur et du pire, amen. Alors ne leur laissons pas les clés, rions du pire, amusons-nous du triste, fendons-nous la gueule avec le dramatique, soyons incorrects avec le tragique. Cela permet de prendre ses distances et, de loin, on y voit plus clair , parce qu’on y voit plus large. N’attendons rien de nos dirigeants, de nos penseurs et de nos médias, ils sont dans le même état que nous. Ils subissent. Le temps nous donnera raison. Parce que pendant qu’on rit, le temps suspend son vol.

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A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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