Élections régionales en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées : Les urnes prennent l’eau

Charlie Hebdo – 21 octobre 2015 – Fabrice Nicolino –
201406051630-fullC’est terrible ce que l’on peut se foutre des régionales, mais il faut penser à ceux qui feront le déplacement. A la hache et au burin, on a formaté treize entités et et fondu deux régions en une seule (Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées). Toulouse contre Montpellier. Philippe Saurel, ancien socialo et maire de Montpellier, veut rétamer l’ancienne secrétaire d’État et toujours socialo Carole Delga. A droite, un gandin de Sciences-Po, Dominique Reynié, a été jeté en parachute dans un coin où il ne connaît personne. Louis Alliot, le chéri de la mère Le Pen, rêve de faire 30 % avec la haine en bandoulière.
Une vraie régionale aurait portant eu de la gueule, car elle aurait permis de poser des questions essentielles comme celle de l’eau. 
Côté Languedoc, la Compagnie d’aménagement du Bas-Rhône et du Languedoc (groupe BRL) – société d’économie mixte crée en 1955 – gère ces grandes questions. Sous contrôle public via le Conseil régional, ce monstre de 600 salariés à salopé le Bas-Rhône à coups répétés de barrages et de béton. Toujours à la recherche de marchés juteux, ses ingénieurs ont même essayé de construire un canal de 300 km pour fourguer l’eau du Rhône à Barcelone.
La vigne est une autre impasse. La pulvérisation de pesticides dans la plaine montpelliéraine a flingué les vers de terre capables de creuser des dizaines de kilomètres de galeries sur un seul hectare. Jadis, quand la chimie de synthèse n’était pas la reine du monde, les sols épongeaient grâce à cette aide gratuite toutes les pluies, toutes les crues, ou presque. Aujourd’hui, les terres sont devenues compactes et laissent filer  de plus en plus vite l’eau des orages, qui inonde régulièrement Montpellier, tuant au passage quelques passants. Mais qui oserait parler des vers de terre à qui nous devons tant ?
Barrages à chaque étage
Côté Midi-Pyrénées, c’est la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG), publique elle aussi, qui multiplie les barrages sur les rivières, dont celui de Sivens.
Pourquoi tant de béton ? Parce que ça fait tourner le fric et qu’il faut bien faire plaisir au puissant lobby régional du maïs intensif (et du soja). Cette plante tropicale, rappelons-le, boit entre 2 500 et 3 000 m3 d’eau par hectare, soit la consommation d’une famille de quatre personnes pendant vingt-cinq ans ! Dans le seul bassin de l’Adour – le Gers et les Hautes-Pyrénées sont en Midi-Pyrénées -, les surfaces irriguées seraient passées, selon la Société pour l’Étude, la Protection et l’Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest (SEPANSO), de 50 000 hectares en 1980 à 163 000 hectares en 2010. Tout cela pour faire plaisir à quelques milliers d’agriculteurs, soutenus il est vrai par tous les politiques de la Région. Carole Delga, notre socialo candidate, a été la directrice générale des services du Syndicat des eaux de la vallée pyrénéenne de la Barousse, de 1998 à 2005 et, à ce titre, elle connaît fort bien les exploits de la CACG. L’État, dont elle a été une éphémère représentante, refile 200 euros de prime à l’hectare en plus à ceux qui irriguent leur maïs. Ben oui, quand même.
Tous nos braves élus savent parfaitement ce qu’il faudrait faire. A commencer par l’arrêt de toute aide publique à l’irrigation du maïs. C’est la condition première pour la restauration écologique des rivières et des zones humides, dévastées dans toute la Région par le productivisme. On pourrait ensuite réserver les subventions à ceux qui acceptent le retour aux prairies naturelles et aux cultures sèches. Le dérèglement climatique n’est-il pas à nos portes ?
ARROSAGE D UNE PARCELLE DE MAIS AVEC UN ENROULEUR

ARROSAGE D UNE PARCELLE DE MAIS AVEC UN ENROULEUR

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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