La dictature de l’économie peut-elle être renversée ?

REVOLUTION N°2 –  Journal optimiste et bienveillant de lutte contre l’idiocratie mondialisée – Bimestriel octobre-novembre 2015 -Thibault McEvoy –
Non seulement la réponse à cette question est « oui », mais en plus, c’est tout à fait souhaitable pour l’équilibre du monde. L’être humain a par définition peur de l’inconnu et du changement. Mais à bien regarder l’état de notre planète, le désastre, tant sur le plan écologique que sur les inégalités sociales, il faudra bien se résoudre à tout remettre à plat un jour prochain. Et il faudra pour cela remettre aussi en question nos vieux modèles, adoptés lors de notre virage vers un capitalisme débridé, et validé par la chute du mur soviétique, qui a été instrumentalisée et assimilée de façon manichéenne à une « victoire » et une suprématie du modèle orthodoxe de l’économie de marché.  Or, ce n’est pas parce que le communisme tel qu’il a été appliqué et a échoué que ça ne veut pas dire que le capitalisme tel qu’il est appliqué depuis l’après-guerre ne pas se planter lui aussi.
Toute évocation d’une autre forme d’économie est un blasphème…
Même si en France, tout mouvement novateur est bloqué de fait par le bipartisme poussiéreux et la mainmise de Marine Le Pen sur les « petits »  (lire ci-dessous) , on voit émerger en Europe des idées basées sur une autre approche de l’économie, dénonçant au passage la dictature de ce que les spécialistes appellent l’économie orthodoxe, c’est-à-dire, celle qui « pense » que les marchés sont capables de s’autoréguler. Une hérésie, bien entendu ! Puisque cette autorégulation n’existe pas qu’en surface. Par définition, les marchés sont gloutons. C’est la règle du « plus tu manges, plus tu as faim ». Les profits sont les seuls buts des marchés, qui, on l’a vu lors de la crise en 2008 et avec des affaires comme celle impliquant Kerviel, sont capables du pire !
42356669« L’autorégulation des marchés ? C’est la pensée dominante des économistes d’aujourd’hui« , selon Arrêt sur images qui décrypte l’actualité. « Dominante car elle a étouffé toutes les économies ‘hétérodoxes’, du kénésien au marxiste. Comment ? En s’emparant des postes clés nécessaires pour faire vivre une école de pensée (qui nécessite des équipes de recherche). Tous les professeurs des universités appartiennent aujourd’hui à cette école néoclassique qui prône l »autorégulation des marchés utopique« . Si l’on fait une analogie assez accessible, disons que l’économie orthodoxe est devenue une religion. Toute évocation d’une autre forme d’économie est un blasphème. Tant que ce « clergé » fera régner sa loi sans la remettre en cause, il sera impossible d’imaginer un autre modèle. Pourtant, on le constate et on le sait désormais, nous avons « besoin » d’un nouveau modèle…
Les économistes ‘hétérodoxes’ ont une autre réflexion et proposent des alternatives. Certains parlent de régulation au niveau mondial, d’autres de refonte totale des modèles en place et une moralisation forcée des échanges d’argent « virtuel ». Il y en a qui misent sur la décroissance et à un retour à des modèles à échelle plus humaine. Tous ont en tout cas un point commun : celui d’avoir envie de chercher des solutions pour se sortir du marasme dans lequel nous nous trouvons et éviter d’aller dans le mur…
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En France, Marine Le Pen rend impossible toute intelligence politique et tout changement
Pourquoi des mouvements comme le Podemos espagnol, le Syriza grec ou encore celui du travailliste britannique Jeremy Corbyn n’émergent pas en France ? Si de tels élans, qui consistent à rassembler ceux qui en ont marre d’un système à bout de souffle qui appauvrit les « petits » et enrichit les « gros » ne peut pas exister en France, c’est à cause de Marine Le Pen, et de personne d’autre.
Elle a accaparé les « petits ». Et même si son mouvement tente par tous les moyens – même celui qui consiste à renier papa parce qu’il a eu des propos qu’il tient pourtant depuis des décennies et qui ne semblaient pas la déranger, le FN reste un parti bien peu présentable. Nous parlerons des ambiguïtés sur le racisme ou l’antisémitisme une autre fois. Ce qui nous intéresse ici, c’est l’espèce de « schizophrénie » du racolage opéré par le Front, qui tient un double discours. Comme Marine Le Pen a incontestablement un grand talent oratoire, que bien peu de politiques détiennent aujourd’hui, elle est capable de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Et c’est ce qu’elle fait.
Aux « petits », qui en ont marre que tout soit fait pour les « gros », à ces « petits » qui ont soif de plus d’égalité sociale, qui en bavent tous les jours parce qu’il ne parviennent pas à se payer de quoi manger et de quoi contenter les besoins que la société de surconsommation leur a imposé au fil des ans, elle leur fait le grand jeu de « je vous comprend et je vais vous sortir du caca dans lequel l’Europe et l’UMPS vous ont mis » et blablabla. Les « petits », qui se sentent écoutés et entendus, boivent ça comme du petit-lait. Si en plus elle évoque le fait que les migrants viennent prendre le boulot et le logement qu’ils n’ont pas, alors, c’est le pompon. La cerise sur le gâteau. L’amalgame de l’immigration et des l’économie est si vite fait, si vite gobé.
140528-FN-contre-deligneMais là ou ces « petits » convaincus que Marine leur veut du bien, devraient se méfier, c’est en regardant qu’elle convainc aussi les « gros ». Les « gros » sont de la droite dure. Ils sont traditionalistes, veulent payer moins d’impôts et trouvent que les « petits » sont des « tire-au-flanc » et des « assistés ». Les « gros » détestent les « petits » qui leur pompent leur fric. Et les « petits » détestent les « gros » qui accaparent les richesses. Marine a donc le beurre et l’argent du beurre. Et elle hypnotise ceux qui pourraient constituer une force novatrice.       Léa Parker

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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