En Bavière, un centre est destiné à accélérer le renvoi des Kosovars – Migrants des Balkans : la fin du rêve allemand

Le Monde 03/11/2015

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Dans la petite chambre de la famille Hassani, des Kosovars originaires de Mitrovica, les valises sont déjà prêtes. C’est comme si elles n’avaient jamais été défaites. «  Retour à la case départ, dit, cynique, Besim, le père, 38 ans. On a tout sacrifié, on s’est endettés pour arriver jusqu’ici, et la seule chose que l’Allemagne trouve à nous offrir, c’est un billet d’avion retour.
 » Neuf mois après avoir quitté son pays pour l’Allemagne, la famille s’apprête à être rapatriée, comme les quelque 325 demandeurs d’asile originaires du Kosovo, d’Albanie ou du Monténégro qui vivent avec eux dans le centre d’Ingolstadt, en Bavière, et dont la demande a toutes les chances d’être rejetée.

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Dans cette ancienne caserne militaire convertie en centre d’arrivée et de rapatriement, le rêve d’Allemagne prend fin pour ceux qui ne sont pas venus en réfugiés fuyant des guerres mais en migrants économiques avec l’espoir de trouver une vie meilleure.  » Ce centre vise à regrouper les demandeurs d’asile originaires des pays des Balkans qui n’ont presque aucune chance de rester « , explique Maria Els, vice-présidente du district de Haute-Bavière, en présentant les bâtiments. D’un côté, les logements des migrants, de l’autre, les bureaux administratifs. Toutes les autorités qui ont un rôle dans la procédure sont présentes sur place. A leur arrivée, les migrants passent directement d’un bureau à l’autre pour la prise d’empreintes digitales, la visite médicale, l’enregistrement de la demande d’asile, l’entretien puis l’éventuel recours. Objectif : réaliser toute la procédure en l’espace de quatre à six semaines, contre plusieurs mois d’ordinaire.
C’est la vocation de ce centre spécialisé, ouvert début septembre : accélérer les démarches pour renvoyer plus vite les migrants économiques qui n’obtiendront pas l’asile. Et envoyer un signal fort aux candidats de ces pays, à l’heure où l’Allemagne voudrait se consacrer à l’intégration des réfugiés fuyant les zones de conflit.
 » Faire de la place aux Syriens « 
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Pour accélérer les expulsions, Berlin vient de durcir sa législation : l’Albanie, le Kosovo et le Monténégro ont été ajoutés à la liste des pays d’origine sûrs – des pays -considérés comme respectant les libertés fondamentales – et les -allocations en argent liquide perçues le temps que la demande d’asile soit examinée seront remplacées, autant que possible, par des prestations en nature. Ces mesures devraient conduire au renvoi de  » dizaines de milliers  » de ressortissants des Balkans, selon le ministre de l’intérieur, Thomas de Maizière, alors que près de 40  % des demandes d’asile enregistrées cette année venaient de ces pays et que leurs chances de voir leur dossier accepté sont inférieures à 1  %.
La famille Hassani a compris le message.  » Ils nous ont dit qu’il fallait faire de la place aux Syriens « , soupire Besim. Sa femme, Lumturije, et ses deux enfants ont reçu une réponse négative ; demain soir, ils seront rentrés à Mitrovica. Besim, lui, attend toujours, même s’il ne se fait pas d’illusions. Au détour des longs couloirs de la caserne, l’espoir a laissé place à l’abattement. Et à l’amertume. Ici, on n’attend plus que la date de son départ, résigné.
«  Pour eux, on est les mauvais -migrants. Si on est ici, c’est qu’il n’y a plus d’issue « , soupire Lumturije. Comme beaucoup, elle a signé pour un retour volontaire et -accepté les billets d’avion.  » C’était ça ou attendre que la police vienne nous -chercher ici à 4  heures du -matin pour nous expulser. « 
Depuis l’ouverture du centre, 90 expulsions ont eu lieu et 220 retours volontaires ont été enregistrés. Le lieu va désormais être agrandi pour pouvoir accueillir jusqu’à 500 places, tandis que la région en a ouvert un second du genre, à Bamberg. Mais, à l’heure où les incidents contre les foyers de réfugiés se multiplient à travers le pays, les associations de défense des migrants voient dans ces centres spécialisés une porte ouverte à la violence. Et une stigmatisation de certains migrants contraire à la promesse d’un -examen individualisé des demandes d’asile.
«  Les demandeurs d’asile sont divisés entre bons et mauvais réfugiés. Or cette division, basée uniquement sur le pays d’origine, préjuge de la décision qui sera prise sur le besoin avéré ou non d’une protection « , dénonce Stephan Dünnwald, du Conseil pour les réfugiés de Bavière.  » L’accélération de la procédure ne veut pas dire que nous écourtons l’examen de la demande, insiste Herbert Binter, directeur du bureau de l’Office fédéral de l’immigration et des réfugiés (BAMF) à Ingolstadt. Comme partout, nous respectons toutes les étapes, dans le respect du droit. « 
De retour chez eux, les Hassani craignent de se retrouver sans rien. Même avec plusieurs années d’études et un diplôme d’infirmier, Besim n’y a jamais trouvé d’emploi. Il pensait qu’il aurait plus de chance en Allemagne ; il avait entendu dire que le pays cherchait de la main-d’œuvre qualifiée. Les 400  euros mensuels d’allocations reçus en Allemagne ont beau dépasser un salaire kosovar, ils étaient à peine suffisants pour vivre, encore moins pour mettre de côté.
Besim s’empresse de préciser :  » Ce n’est pas pour toucher ces prestations qu’on est venus. «  Le père de famille ne désespère pas de décrocher un jour un permis de travail. Il se souvient d’un temps où les Bosniaques et les -Kosovars étaient les Syriens de l’Europe.  » Aujourd’hui, on ne fuit plus les bombes, mais nous aussi on tente de survivre : on se bat -contre la misère, le chômage, la corruption, le crime organisé. « 
Camille Bordenet
© Le Monde

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