Racisme républicain

Charlie Hebdo N°1215 – 04/11/2015 – Gérard Biard –
Les cris de singe et les lancers de banane quand un joueur noir entre sur le terrain font partie de ces traditions identitaires bon enfant auxquelles certains supporters de football sont, on le sait, incapables de résister. Un élu ou une élue a le droit d’aimer le foot. En revanche, il ou elle n’est pas censé(e) se comporter publiquement comme un supporter raciste et abruti.

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C’est pourtant ce qu’à fait Roseline Dagnas, conseillère municipale de Saint-Martin-le-Beau (Indre-et-Loire), élue sur la liste LR (Les Républicains) de la maire, Angélique Delahaye, en publiant sur sa page Faceboook une photo de Christiane Taubira à côté d’une photo d’orang-outan, avec le commentaire suivant : « C’est un ministre de la Justice, ça ? Non, un singe qui attend sa banane. »
Virée ? Non. Tancée ? A peine. Madame le maire trouve qu’il n’ y a pas de quoi fouetter un boy et refuse de sanctionner sa conseillère, considérant que « ça relève plus de la bêtise que du racisme » – on lui objectera que l’un n’empêche pas l’autre. Pour elle, c’est d’abord la faute aux réseaux sociaux : « Elle ne savait pas que tout le monde pouvait lire les publications de Facebook. Ces réseaux sociaux, c’est une calamité. »
Droite extrêmement décomplexée
Disons plutôt qu’ils agissent comme un révélateur. Car il semble que Facebook contribue à « libérer » la parole de certains élus sarkozystes. Récemment, une autre conseillère municipale LR  de Talant (Côte-d’Or) invitait la garde des Sceaux à repartir « dans sa brousse, les lianes l’attendent« , tandis qu’une de ses collègues de Juvisy-sur-Orge (Essonne) appelait à renvoyer Taubira « à Cayenne, là où il y a le bagne« … La haine – appelons les choses par leur nom – qu’une certaine droite manifeste à l’égard de Christiane Taubira n’a pas seulement à voir avec le fait qu’elle est de gauche et qu’elle est une femme. Elle cumule un troisième péché originel : elle est noire. Pour un parti dont les militants – et de toute évidence nombre d’élus – soutiennent majoritairement Nadine Morano et sa France « de race blanche« , ça fait beaucoup.
69402-presidence-de-lump-jean-francois-cope-candidat-pour-une-droite-l-decomplexee-r-622x0-1Jusqu’à il y a peu, les comparaisons entre la ministre de la Justice et une guenon ou les « y a a pas bon Taubira » étaient exclusivement le fait de l’extrême droite – Minute, Manif pour tous, candidate Front national aux municipales… -, la droite « républicaine » se contentant de l’accuser de remettre en liberté des égorgeurs d’enfants et des tueurs de policiers. Visiblement, un nouveau « tabou » est tombé. Un de plus. Il n’en reste plus beaucoup. Et on ne peut pas imputer cette succession de « dérapages » qui n’en sont pas à la seule volonté de siphonner une partie de l’électorat frontiste. L’excuse ne fonctionne plus : à ce stade, c’est de la franchise, pas du calcul.
Quand il se sera remis de ses émois de son tête-à-tête amoureux avec Vladimir Poutine*, Nicolas Sarkozy serait bien inspiré de faire une pause d’ego afin de s’interroger sérieusement sur la nature du parti qu’il dirige, et accessoirement sur sa responsabilité. La porosité qu’il a installée, avec le complicité très active de Patrick Buisson, entre droite classique et extrême droite est en train de transformer l’ex-UMP en véritable éponge à boues brunes.
Quant à ceux qui ne sont pas encore à éructer des clichés racistes en live ou sur Internet, ils se lâchent sur les institutions républicaines. Quand ce n’est pas Xavier Bertrand appelant à fusionner police et justice au sein d’un même ministère, – au mépris de la séparation des pouvoirs -, c’est Henri Guaino qui, à la tribune de l’Assemblée nationale, traite les juges d' »infâmes« , de « pervers » et de « psychopathes« .  
A force de « décomplexer » sur les conseils-  et sur les traces – de son patron, la droite a fini par monter son vrai visage. Désormais, pour ce qui est du discours de beaucoup de ses membres et militants, entre les Républicains et le Front national, il n’y a même plus l’épaisseur d’une peau de banane.

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* Qui a dit : Mais moi, je ne serra pas la main de Vladimir Poutine ! « 
medium_SGE_LJR09_080607160918_photo00Souvenez-vous ? En 2007, le futur candidat à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy, s’était rendu aux États-Unis, et avait profité de sa visite pour rencontrer le président George Bush, d’une manière informelle. Une photo avait immortalisé la scène qui fit grand bruit à l’époque. Devant la polémique naissante, le candidat Sarkozy avait eu cette phrase éloquente : « Mais, moi, je ne serre pas la main de Vladimir Poutine! » Petite crasse à un certain … Jacques Chirac, alors président de la République !
Une phrase remplie de sous-entendus … peu diplomatiques. Cette phrase semble remonter à la préhistoire…
Car, depuis, Nicolas Sarkozy, est devenu président de la République française… Et, là, franchement le ton ne fut plus du tout le même… Ainsi, à l’occasion d’un sommet du G8, Nicolas Sarkozy a expliqué, après avoir chaleureusement serré la main de son homologue russe : « Poutine, est un homme intelligent, ouvert au dialogue, qui accepte la discussion sur les sujets complexes, dont les droits de l’homme… » Les tchétchènes ont dû apprécier …
Puis notre président s’est fendu d’un vœu, qui s’est depuis réalisé, celui d’établir avec Vladimir Poutine « un partenariat de confiance et d’amitié… »

A propos werdna01

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