COP21 : Des “Enfants” en charge du destin monde ?

Téléobs – 23/11/2015 – Jean-Claude Guillebaud –
Au sujet de l’avenir du monde, deux catégories se retrouvent périodiquement face à face : les dirigeants de la planète, d’un côté, les militants de l’altermondialisme, de l’autre. Lesquels, au regard de l’histoire, apparaîtront-ils comme les mieux inspirés ?
Chronique de J.-C. Guillebaud : Des "enfants" devant le monde ? © Image Source / Les and Dave Jacobs / AFP© Image Source / Les and Dave Jacobs / AFP

A l’approche de la COP21, on disserte beaucoup dans les médias (avec raison) sur la « schizophrénie » de l’exécutif français. Tout en se préparant à accueillir les délégations venues du monde entier, on relance la querelle empoisonnée de Notre-Dame-des-Landes. Cette  « provocation » fera assurément désordre. Elle risque même de réveiller les violences. (Avec les Anonymous et les Black Blocs, les écolos doivent compter – eux aussi – avec des crétins ultra-violents.)
Mais aurait-on oublié que, depuis longtemps, cette contradiction symbolique est devenue la règle ? Au sujet de l’avenir du monde, nous avons pris l’habitude de retrouver périodiquement face à face deux catégories d’hommes et de femmes : les dirigeants de la planète, d’un côté, les militants de l’altermondialisme, de l’autre. Le contraste entre ces deux types d’êtres humains est devenu si criant qu’il en devient emblématique. D’un côté, il y a les importants et les gens « sérieux », avec leurs limousines, leurs attachés-cases et leurs gardes du corps. Ils assurent incarner la raison, la sagesse et le réalisme. Ils se présentent volontiers comme les adultes ayant en charge le destin du monde. Ils se veulent responsables. Leurs discours parlent de gouvernance et de consensus mondial, etc. En face d’eux, ce sont, dans les rues ou les campagnes, des manifestants ébouriffés et hétéroclites, les « enfants » tapageurs du mouvement associatif, les militants bigarrés venus poser de drôles de questions auxquelles précisément les délégués « sérieux » des pays riches ne savent pas répondre. Celles-ci, par exemple :
un autre monde est-il imaginable ou faut-il considérer comme inéluctable celui qu’on nous prépare ?
Devrons-nous donc accepter que des sociétés aussi riches et imprévoyantes que les nôtres deviennent, en même temps, plus dures, plus égoïstes, plus impitoyables à l’égard des faibles ? Aurions-nous traversé trois siècles de progrès scientifique et économique pour aboutir à cela : des inégalités qui s’aggravent et une obsession de la « compétitivité »qui fait de nous des êtres anxieux, vivant à côté de la vie ?
emissions-CO2Devant des questions aussi simples, les gens « sérieux » ont tendance à hausser les épaules. A leurs yeux, ces soucis ne sont que des enfantillages ou, pire encore, des utopies. A tous ces rêveurs, ils reprochent poliment de ne pas avoir de solution toute prête. Eh pardi ! Quel monde voulez-vous mettre à la place de celui des multinationales, des frénésies boursières et de la marchandisation ? Ils sont persuadés savoir, eux, ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Ils vont répétant partout, comme le faisait jadis Margaret Thatcher : « There is no alternative » » (« il n’y a pas d’alternative ») à la globalisation libérale, à la privatisation des économies, à la montée des injustices.
Les nouveaux maîtres du monde n’expriment pas autre chose lorsqu’ils toisent les manifestants « enfantins » qui s’égosillent à répéter dans les rues qu’un autre monde est forcément possible ; que la grandeur du citoyen consiste justement à ne pas capituler devant les prétendues fatalités destructrices de la terre. Sauf si l’on accepte que la splendeur du monde cesse d’exister et que nos sociétés dociles soient définitivement prises en main par des logiques cinglées.
A ce dialogue de sourds, le décor de ces confrontations périodiques ajoute un je-ne-sais-quoi de cinématographique. D’un côté – celui des gens « sérieux »–, on trouve des hôtels de luxe, des hélicoptères, des voitures noires et des tireurs d’élite aux aguets. Dans le camp des manifestants, il y a surtout une joyeuse pagaille, des jeunes gens en jeans, des guitares, des sacs à dos, et – en effet – quelques voyous qui, trop souvent, finissent par gâcher la fête. Mais il y a aussi, qu’on me pardonne, une joie qui danse, une envie de chaleur solidaire, une ironie décapante et des airs de salsa qui traînent entre les groupes.
Sans verser dans un lyrisme intempestif ou une candeur gnangnan, on ne peut s’empêcher d’être habité par un doute. Ce qu’on se demande alors, c’est la chose suivante : lesquels, à long terme, au regard de l’histoire, apparaîtront comme les mieux inspirés ? Il arrive souvent, ne l’oublions pas, que les questions posées par les enfants soient de très loin les plus embarrassantes. Quand on essaie de réfléchir à ce qui menace le monde, on en arrive d’ailleurs très vite à cette question : qui sont finalement les plus « enfants »?

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