Cop21 – Paris, au cœur de l’espoir climatique

LE MONDE | 29.11.2015 Par Jérôme Fenoglio (Directeur du « Monde

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Editorial du « Monde ». Ce qui va se décider à Paris, du 29 novembre au 11 décembre, n’est rien de moins que le prochain chapitre de l’histoire géologique de notre planète. Il s’agit du premier de nos biens communs : notre irremplaçable cadre de vie. Il déterminera, pour les prochaines décennies, la stabilité des sociétés, le bien-être et la sécurité d’existence de milliards d’êtres humains.

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Tel est l’objet, l’ambition, de la conférence internationale inédite qui s’ouvre dans la capitale française. Inédite d’abord par l’aréopage rassemblé – 150 chefs d’Etat et de gouvernement accompagnés par les délégations des 195 Etats parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Inédite aussi, et surtout, par l’ampleur de l’enjeu.

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Cet accord succédera au protocole de Kyoto
Il est considérable. Le 11 décembre au soir, à l’issue de la 21e Conférence des parties à la CCNUCC (COP21), ce sont les contours du prochain accord international sur le changement climatique qui seront dessinés. Celui-ci devra succéder, dès 2020, à un protocole de Kyoto moribond, jamais ratifié par les uns, finalement déserté par les autres, et qui n’est pas parvenu à infléchir les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Elles se poursuivent à un rythme effréné, qui surpasse jusqu’à présent les scénarios les plus sombres imaginés par les scientifiques.
Les chiffres sont connus. Aujourd’hui, la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre émis par l’homme, est à un niveau jamais atteint depuis le pliocène, il y a plus de deux millions et demi d’années. La température de l’année en cours sera, pour la première fois, supérieure de 1 °C au niveau préindustriel.
A Paris, au cours des deux prochaines semaines, la communauté internationale devra s’entendre sur l’ambition des réductions d’émissions et les leviers économiques à actionner pour y parvenir. Au sein de cette communauté, les pays du Nord doivent se donner les moyens de réparer, vis-à-vis du monde en développement, cette injustice : responsables historiques de la plus grande part du problème, ils n’en sont pas – et n’en seront pas – les principales victimes.
Rassembler le monde civilisé derrière des valeurs communes
Pour l’heure, une part du chemin a été parcourue. Mais on est encore loin du compte. Les intentions jusqu’ici affichées par les Etats ne suffisent pas, tant s’en faut, à écarter le danger. A s’en tenir aux promesses jusqu’ici sur la table, l’atmosphère terrestre sera plus chaude de quelque 3 °C avant la fin du siècle. Dans ce monde-là, un été caniculaire comme celui enduré par l’Europe en 2003 serait un été normal. Et ce n’est là qu’un effet attendu parmi beaucoup d’autres.
Pour conserver une chance raisonnable de demeurer sous 2 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle, la plus grande part des hydrocarbures récupérables devra demeurer dans le sous-sol. Si leur exploitation se poursuit au rythme actuel, la concentration atmosphérique en gaz à effet de serre atteindra, autour de 2030, la limite à ne pas franchir. 2030, c’est-à-dire demain.
Toutefois, rien de solide ne se construit sur la peur et le désespoir. Il faut parier sur la capacité d’adaptation des sociétés, leur résilience, leur faculté à produire de l’innovation sociale et culturelle. La créativité scientifique et l’ingéniosité industrielle ont aussi un rôle crucial à jouer. Mais il faut pour cela avoir le courage de contrarier des monopoles anciens, diriger avec clairvoyance les investissements, amoindrir certains intérêts et en favoriser d’autres. La lutte contre le réchauffement est aussi, peut-être, le moyen de rassembler le monde civilisé derrière des valeurs et un objectif communs.
Après avoir été placée, dans la foulée des tueries du 13 novembre, au centre de la compassion du monde, la capitale française est désormais le cœur d’un espoir immense. L’Histoire portera un regard sévère sur les reniements et les promesses non tenues. Les chefs d’Etat et de gouvernement réunis au Bourget doivent le garder à l’esprit : ce ne sont pas seulement les yeux de leurs administrés et de leurs électeurs qui sont braqués sur eux, mais aussi ceux de leurs propres enfants et petits-enfants. Eux aussi seront, comme nous tous et pour longtemps, les légataires de l’accord de Paris.
Vidéo10 chiffres pour comprendre
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Laurent Fabius est  en charge de la présidence et des négociations internationales,  Ségolène Royal  s’occupe de la position européenne et la mobilisation de la société civile sur ce dossier

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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