Turquie : assassinat du bâtonnier de Diyarbakir, figure de la cause kurde

Défenseur des droits de l’homme assassiné

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Des dizaines de milliers de personnes ont assisté à Diyarbakir, dans le sud-est de la Turquie, aux obsèques du célèbre avocat kurde Tahir Elçi, dont la mort par balle lors d’une fusillade nourrit les suspicions contre le gouvernement d’Ankara.
Le Monde.fr | 30.11.2015
4819751_6_ca4a_tahir-elci-le-batonnier-de-diyarbakir-avant_46017a910369a2f7ffa89dd5ddb75b38|Tahir Elçi, le bâtonnier de Diyarbakir, avant son assassinat, le samedi 28 novembre. ILYAS AKENGIN / AFP
Quelque 50 000 personnes ont assisté, dimanche 29 novembre, aux obsèques du célèbre avocat kurde Tahir Elçi, tué la veille en Turquie. Firat Anli, le comaire de Diyarbakir, la « capitale » à majorité kurde du sud-est de la Turquie, avait annoncé samedi l’assassinat par balle du bâtonnier de l’ordre des avocats pour la ville.
Militant actif de la cause kurde, l’avocat a été mortellement touché à la tête, samedi matin, alors qu’il s’apprêtait à faire une déclaration sur les destructions survenues quelques semaines plus tôt dans le quartier historique de Sur, situé à l’intérieur des murailles de la vieille ville.
Le tireur, décrit par la presse turque comme un « civil barbu », a commencé par viser Tahir Elçi, qui venait d’achever sa conférence de presse au pied d’un vieux minaret. Avant de prendre la fuite, l’assaillant a mitraillé les personnes présentes, causant la mort d’un policier et blessant plusieurs témoins, dont trois agents de police et des journalistes. Les forces de l’ordre ont riposté sans parvenir à le rattraper.
« Le PKK n’est pas une organisation terroriste »
« Je veux dire ma tristesse. Je viens d’apprendre la nouvelle de l’assassinat de Tahir Elçi, le bâtonnier de Diyarbakir. Un policier est mort. Il y a des blessés parmi la police et les journalistes. Je présente mes condoléances à la famille de Tahir Elçi et à celle du policier tué. Cet événement montre combien nous avons raison de lutter contre le terrorisme », a déclaré le président Erdogan, en visite à Burhaniye, dans la région de Marmara, dans l’ouest du pays. « Nous avons perdu un homme courageux et bon », dit le compte Twitter de l’ambassade du Royaume-Uni.
aturquie portrait50-000-personnes-ont-rendu-un-dernier-hommage-a-l-avocat-tue-samediNé à Cizre en 1969, Tahir Elçi, marié, père de deux enfants, avait pris la tête du barreau de Diyarbakir en 2010. Engagé dans la lutte pour les droits de la minorité kurde, il n’avait eu de cesse, ces derniers temps, d’appeler l’Etat turc, ainsi que les rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit en Turquie) à faire taire leurs armes.
« Il est plus facile de tirer des coups de feu que de faire la paix », avait-il confié au Monde lors d’un entretien réalisé le 18 octobre à Diyarbakir. Le lendemain, il avait été interpellé et inculpé pour avoir déclaré publiquement, quelques jours plus tôt, que « le PKK n’était pas une organisation terroriste ». Mis en examen, il risquait jusqu’à sept ans de prison.
Combats urbains
A l’automne, alors que les combats urbains faisaient rage, il avait critiqué le fait que les jeunes rebelles kurdes masqués creusent des tranchées au centre des villes (Cizre, Silvan, Varto, Diyarbakir), ce qui, à ses yeux, empêchait toute vie normale pour les habitants.
Avec ses souks, ses vieilles mosquées, ses ruelles étroites, le quartier de Sur est devenu ces derniers mois le terrain d’affrontement privilégié des jeunes rebelles kurdes du PKK, qui font le coup de feu contre les forces spéciales. A plusieurs reprises, entre septembre et novembre, les habitants de Sur ont été soumis au strict régime du couvre-feu, sans possibilité de communiquer avec l’extérieur, sans électricité. La vieille mosquée Kursunlu et le minaret « à quatre pieds » n’ont pas été épargnés.
La conférence de presse donnée par Tahir Elçi samedi matin était censée attirer l’attention des médias sur les dégâts infligés aux monuments lors des combats. Il s’était donc installé en pleine rue, à côté du minaret vieux de 500 ans. C’est là que la balle du tueur l’a fauché.
Lire aussi : En Turquie, les maigres espoirs des Kurdes de Diyarbakir
Marie Jégo (Istanbul, correspondante) Journaliste au Monde

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