Energie – Quand l’Afrique s’éclairera

LE MONDE | 01.12.2015
On l’a toujours connu ainsi, Jean-Louis Borloo. Généreux, enthousiaste, séduisant, un peu « foutraque », volontiers emphatique.
jean-louis borlooampoule dans noirA la veille de l’ouverture de la XXIe conférence des Nations unies sur le climat (COP21), qui se tient du 30 novembre au 11 décembre au Bourget (Seine-Saint-Denis), on le sent piaffer d’impatience, arpentant les bureaux cossus de sa fondation Energies pour l’Afrique, le portable collé à l’oreille et le geste accompagnant la parole. L’ancien ministre de l’écologie de Nicolas Sarkozy a abandonné tous ses mandats politiques en avril 2014, pas les affaires du monde. Et sa grande affaire du moment, c’est d’apporter l’électricité aux 650 millions d’Africains qui en sont privés – « priorité absolue » et préalable au développement d’un continent au dynamisme entrepreneurial sans égal.
jean-louis Borlooafrique-l-offensive-de-jean-louis-borloo-1446499458Dans les salles de conférences de la COP21, deux mondes se croiseront. D’un côté, les plus grands pollueurs de la planète comme la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, la Russie, l’Australie, le Japon ou l’Arabie saoudite, qui sont souvent les pays les plus riches. De l’autre, les 54 nations africaines. L’Afrique abrite 15 % de la population mondiale, consomme 3 % de l’énergie et émet moins de 4 % des gaz à effet de serre. Elle subit pourtant les effets dévastateurs du réchauffement climatique (sécheresse, baisse des rendements agricoles, montée des eaux, érosion des bords de mer…) alors qu’elle contribue à l’équilibre de la biosphère grâce aux précieux puits de carbone de ses forêts. Paris sera bien le grand rendez-vous de l’injustice climatique.
ampoule clignote toutes couleurs« La question la plus urgente est celle de l’énergie », confiait au Monde Akinwumi Adesina à son arrivée, le 1er septembre, à la tête de la Banque africaine de développement (BAD). Les conditions de la réussite sont connues et largement partagées : ingénierie technique, fonds d’amorçage, sécurité des investissements, bonne gouvernance des sociétés d’électricité. Tout ou partie d’entre elles manquent aux projets actuels qui, mis bout à bout, réclament 250 milliards de dollars sur dix ans, dont 50 milliards de dotations des pays riches, calcule M. Borloo. Outre ces fonds d’amorçage de 5 milliards par an, plaide-t-il, l’Afrique a besoin d’un organisme mutualisant argent et compétences administratives, cette fameuse « agence panafricaine » qu’il réclamera à cor et à cri en marge de la COP21.
« Les naissances vont plus vite que les kilowatts »

aafrique électricité

Au rythme de déploiement actuel, il faudra attendre 2080 avant que le continent soit électrifié, indique Africa Progress Panel, un groupe de réflexion créé par Kofi Annan, l’ancien secrétaire général de l’ONU. Son pays d’origine est la preuve qu’il n’y a pas de fatalité et que les initiatives locales à succès existent : le Ghana est en passe de réussir le plan 2020 d’électrification lancé en 1990. Il reste pourtant une des exceptions sur un continent qui s’enfonce dans le noir en dépit de nombreuses initiatives internationales, publiques ou privées, sans doute trop nombreuses, cacophoniques et redondantes : le Fonds vert pour le climat et Sustainable Energy for All des Nations Unies, Power Africa lancé en 2013 par Barack Obama, Energies pour l’Afrique, Partenariat Afrique-UE pour l’énergie. Et même l’initiative Akon Lighting Africa du rappeur du même nom.
ampoule jauneLes pays développés sont-ils prêts à donner une ampoule ? Le sommet Afrique-Union européenne (UE) sur la crise migratoire réuni mercredi 11 et jeudi 12 novembre à La Valette (Malte) n’a accouché que de mesures d’urgence prises pour limiter le nombre de migrants, le plus souvent économiques, venus d’Afrique : un fonds doté de 1,8 milliard d’euros, que les 28 Etats membres de l’Union sont invités à abonder pour le porter à 3,2 milliards. L’Europe a beau assurer qu’il est destiné à lutter « contre les causes profondes des migrations » – le retard économique lié à la pénurie d’énergie en est la principale –, cet argent financera d’abord un dispositif de contingentement des populations.
L’Afrique attend la lumière. Qui saurait mieux exprimer cette attente que ses artistes ? Le Ghanéen Paa Joe l’a fait en créant une ampoule géante qui s’ouvre… en forme de cercueil tapissé de satin violet. C’est l’un des 54 plasticiens (un par pays) de Lumières d’Afrique, une exposition organisée au Théâtre national de Chaillot, à Paris, dans le palais où fut signée en 1948 la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Inépuisable réservoir
« C’est quand même paradoxal alors que l’Afrique a le plus grand potentiel », s’enflamme M. Borloo. Elle n’est pas qu’une mine à ciel ouvert (cuivre, fer, charbon, manganèse, uranium…) ni un puit de pétrole sans fond – ces promesses de prospérité qui sont devenues une malédiction. C’est un inépuisable réservoir d’énergies renouvelables qui vont des barrages hydroélectriques en Afrique centrale au solaire dans le Sahel, de la géothermie au Kenya à l’éolien au Maroc et en Ethiopie. C’est aussi un continent qui, partant de presque rien, peut bâtir un système électrique décentralisé et décarboné.
L’Afrique a fait sa révolution des télécommunications. Quelque 700 millions de téléphones portables sont déployés jusque dans les régions les plus pauvres et les plus reculées. Il y a quelque chose de désespérant à mettre en regard l’inertie qui freine sa révolution énergétique. A constater que les choses avancent à pas comptés, quand elles ne reculent pas. « Les naissances vont plus vite que les kilowatts », dit M. Borloo. Dix millions de personnes rejoignent chaque année ceux qui sont privés de lumière en Afrique subsaharienne. Ce que le Camerounais Roger Nkodo Dang, président du Parlement panafricain, l’assemblée consultative de l’Union africaine, illustrait avec émotion, le 3 novembre, devant les députés français :
« J’ai étudié avec la lampe à huile, et 50 ans après les indépendances, mes enfants et mes petits frères continuent à étudier avec la lampe à huile. »
Les pays développés sont-ils prêts à donner une ampoule ? Le sommet Afrique-Union européenne (UE) sur la crise migratoire réuni mercredi 11 et jeudi 12 novembre à La Valette (Malte) n’a accouché que de mesures d’urgence prises pour limiter le nombre de migrants, le plus souvent économiques, venus d’Afrique : un fonds doté de 1,8 milliard d’euros, que les 28 Etats membres de l’Union sont invités à abonder pour le porter à 3,2 milliards. L’Europe a beau assurer qu’il est destiné à lutter « contre les causes profondes des migrations » – le retard économique lié à la pénurie d’énergie en est la principale –, cet argent financera d’abord un dispositif de contingentement des populations.
Jean-Michel Bezat Journaliste au Monde

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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