Txetx Etcheverry d’Alternatiba : « Se contenter des sommets climatiques, c’est déposséder les gens de leur propre responsabilité »

Charlie Hebdo – 02/11/2015 – Propos recueillis par Fabrice Nicolino –
Attention, c’est nouveau et peut-être prometteur. Lancé en 2013 à Bayonne par le groupe basque Bizi! (« Vivre! », en français), Alternatiba est d’ores et déjà un succès colossal. Au programme, le lien entre combat pour le climat et justice sociale. Rencontre avec Txetx Etcheverry, l’un des fondateurs. Ce type de 50 ans a l’air foutument sympathique. On verra la suite.
Charlie Hebdo : En deux mots, ça vient d’où, Alternatiba ?
Txetx Etchevery : C’est d’abord une histoire venue de la base. Une histoire locale. Au dépat, dans le groupe Bizi!, on était désespérés Que la question climatique ait disparu des radars après la dramatique conférence de Copenhague en 2009. On a réfléfi, je me souviens qu’on a passé une semaine dans un camping, à trente. Se contenter de suivre les sommets climatiques, c’est déposséder les gens de leur propre responsabilité. En janvier 2013, on était six personnes réunies pour préparer le premier village Alternatiba. Mais, le 6 octobre 2013, à l’ouverture, on avait 583 bénévoles. A Bayonne qui ne compte que 44 000 habitants !

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Une manifestation du mouvement Alternatiba sur les quais de Bayonne
Mais c’était quoi, ce village ?
La preuve par l’action qu’on peut lutter ensemble contre le réchauffement climatique. Dans ce village de toile, on trouvait de tout. Un immense atelier vélo, un marché paysan, un appartement témoin. Tout y était concret, autour du triptyque sobre-efficace-renouvelable. Il ne s’agit pas de faire passer notre parc de 32 millions de bagnoles à l’électricité, mais bien de limiter le plus possible les besoins. En repensant la totalité des transports, de l’aménagement du territoire, en poussant à la relocalisation de l’économie. Si je prends comme exemple l’espace recyclage, nous avons contacté dès le début de 2013 des cordonniers de Bayonne ou des ateliers couture. Beaucoup étaient stupéfaits et ne voyaient pas le rapport avec le climat, mais nous leur avons dit qu’ils étaient à l’avant-garde d’un mouvement qui se cherchait. Cordonnier, quel métier ! Se sentant impliqués, nombre d’entre eux ont entraîné dans l’aventure Alternatiba des gens qui n’avaient rien, mais vraiment rien, d’écolo. A l’arrivée, notre village des alternatives a rassemblé 12 000 personnes. Le soir du 6 octobre 2013, Christiane Hessel, la veuve de Stéphane, appelait sur place à créer dix, cent, mille Alternatiba en France et en Europe, dans la perspective de la COP21.
Et ça a marché ? 
Deux mois plus tard, il y avait vingt Alternatiba. Et aujourd’hui cent treize. En Allemagne, en Belgique, en Autriche, en Suisse, en Espagne, en Angleterre, dans toute la France bien sûr, et même en Haïti. Ce processus a fait émerger une nouvelle génération politique, qui aime faire la bringue tout en se prenant au sérieux.
Vous n’en rajoutez pas un peu ? 
Cet été, nous avons fait à vélo un gigantesque tour de France en 187 étapes. Avec des vélos tandem trois ou quatre places. Tout – les conférences, les manifs et bien sûr l’accueil – devait être organisé par des structures locales qu’on ne connaissait même pas dans 90 % des cas. Et pourtant, tout a marché à la perfection. on a calculé que 62 000 personnes ont participé directement à l’évènement. Et quand nous sommes arrivés à Paris, le 26 septembre 2015, entre 15 000 et 20 000 personnes nous attendaient. Le village Alternatiba de Paris a accueilli dans le week-end environ 60 000 personnes. Avant cela, beaucoup juraient qu’on ne pouvait pas mobiliser pour le climat.

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Et après la COP21 ?
Il n’y aura pas d’accord salvateur à Paris, et nous devons donc bâtir un mouvement populaire contre le changement climatique et pour la justice sociale. Nous ne distinguons pas l’un de l’autre. Franchement, si l’on veut combattre efficacement Daech, il faut s’attaquer aux racines profondes du désordre mondial. Si on laisse s’installer le chaos climatique, on verra ensuite se multiplier les guerres et les fanatismes. il y a tant de batailles à gagner !
infographie-alternatiba1  Lire aussi : Sommet des 196 chaises dimanche 6 décembre à Montreuil !

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