Elections régionales – L’offensive de Nicolas Sarkozy pour séduire les électeurs du FN / Le regard de Plantu

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Nicolas Sarkozy met la barre à droite toute
Le Monde 10/12/2015 par Alexandre Lemarié
 » Sarkozy est perçu comme un repoussoir par ses propres têtes de liste. Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et Christian Estrosi ont exclu, mardi, que le patron de LR participe à leurs réunions publiques. Tous craignent que son profil clivant dissuade les électeurs de gauche de voter en leur faveur dimanche. Le président des Républicains a estimé, mardi 8 décembre, que  » le vote FN n’est pas immoral  » et a durci son discours, notamment sur l’immigration »
En meeting à Rochefort mardi, le président des Républicains a courtisé les électeurs FN
Plus qu’une main tendue. Nicolas Sarkozy a lancé une véritable opération de charme en direction des électeurs du Front national, mardi 8  décembre, lors d’un meeting à Rochefort (Charente-Maritime), où il était venu soutenir Virginie Calmels, tête de liste LR-UDI-MoDem en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes en vue du second tour des régionales.
Alors que son parti a été devancé par la formation d’extrême droite lors du premier tour, le président du parti Les Républicains (LR) n’a pas voulu condamner les  » six millions de Français qui ont voté pour le FN « . Au contraire, il a montré qu’il comprenait leur choix, dans l’espoir de les ramener dans le giron de la droite républicaine.
 » Je veux leur dire une chose : le vote pour le FN n’est pas un vote contre la République « , a-t-il déclaré lors de son premier meeting de l’entre-deux tours, jugeant que  » le vote FN n’est pas immoral « . Affirmer que le vote FN  » n’est pas contre la République «  rappelle sa phrase controversée lors de la présidentielle de 2012 :  » Le Pen est compatible avec la République. « 
A l’époque, il cherchait déjà à séduire les Français tentés par l’extrême droite, afin de l’emporter face à François Hollande. Trois ans après, il n’a pas varié d’un iota sa stratégie – inspirée par Patrick Buisson, son ex-conseiller venu de l’extrême droite – qui consiste à reprendre à son compte les thématiques chères au parti lepéniste pour dissuader l’électorat conservateur de franchir le Rubicon. Cette stratégie l’avait mené à l’échec en  2012 ? Peu importe : M.  Sarkozy est déterminé à poursuivre dans cette direction, même si elle ne lui a pas de permis de contrecarrer la dynamique du FN au premier tour des régionales, ni de contenir l’hémorragie de ses électeurs vers le parti frontiste.
 » Trop, c’est trop ! « 
Lors de son discours, l’ex-chef de l’Etat n’a pas lésiné pour séduire  » le peuple de France tenté par la radicalité « . L’immigration ?  » Trop, c’est trop ! a-t-il tonné. On ne pourra pas continuer à accueillir tous ceux qui veulent venir sur le territoire de la République alors que nous n’avons plus d’argent. «  Les réfugiés syriens ?  » Ils ont vocation à rentrer dans leur pays une fois que la guerre sera finie.  » Enfermé dans son duel avec Marine Le Pen, M.  Sarkozy s’est vanté d’avoir été  » le premier à parler des racines chrétiennes de la France « .
Le patron de LR durcit davantage encore son discours pour tenter de reprendre le flambeau de leader de l’opposition à la présidente du parti d’extrême droite. Or, celui qui se présentait comme le  » meilleur rempart au FN  » lors de son retour en politique à l’automne 2014 sait qu’il est en passe de perdre son pari. C’est le FN qui a été le réceptacle de la colère des Français, pas son parti. Et c’est le FN qui apparaît aux yeux d’un quart des électeurs comme la force d’alternance à M. Hollande. Un constat qui a de quoi inquiéter celui qui rêve de revenir à l’Elysée en  2017.  » Je ne veux pas offrir au FN le cadeau de laisser à penser que la seule alternative au PS, ce soit eux ! « , s’est-il alarmé mardi.
Critiques frontales en interne
Alors que le PS suit la ligne du front républicain afin de faire barrage au FN, M.  Sarkozy campe, lui, sur le  » ni-ni  » (ni fusion avec le PS ni retrait face au FN) pour ne pas alimenter le discours de Marine Le Pen sur un prétendu  » UMPS « . Son but ? Susciter un vote utile en faveur de sa formation, qui serait la seule à incarner le  » changement « . Dans cette optique, il n’a pas hésité à mettre sur un même pied le PS et le FN :  » Dans cette région, voter Rousset – Alain Rousset, PS – ou voter FN, c’est la même chose ! « 
 » Si la nouvelle ligne des Républicains est de droitiser encore, alors il y aura vraiment un problème. C’est intenable « , a déclaré Jean-Christophe Lagarde (UDI), sur i-Télé le 8  décembre. Cette stratégie est également contestée par Jean-Pierre Raffarin, partisan du front républicain. Sur ses terres, le sénateur de la Vienne a prévenu à la tribune que son camp ne devait pas  » chercher à courir derrière «  le FN.
Du même avis, Alain Juppé plaide pour un recentrage de la ligne politique de LR, convaincu qu’à trop décomplexer son discours, la droite risque surtout de décomplexer ses propres électeurs de partir au FN. Comme François Fillon, il a prévenu qu’il entendait contester la ligne droitière de M. Sarkozy à l’issue du second tour. Sous la pression de ses rivaux en vue de la primaire pour la présidentielle, ce dernier a concédé mardi, lors de la réunion des députés LR, qu’ » il y aura un débat à ouvrir «  sur cette question après le 13  décembre.
Depuis dimanche, M.  Sarkozy est la cible de critiques frontales en interne. Des députés LR, tels Hervé Mariton et Bernard Debré, lui ont ouvertement imputé  » l’échec «  de la droite lors du premier tour, le jugeant  » pas crédible «  pour porter l’alternance en  2017. L’ex-chef de l’Etat a manifestement perdu de son autorité et de son aura dans sa propre famille politique. Constatant que  » la magie Sarkozy s’est estompée « , plusieurs élus doutent de sa capacité à séduire de nouveau les électeurs.  » Il n’imprime plus, ne rassemble plus et n’incarne plus une espérance. Les Français ne veulent plus de lui « , tranche un de ses ex-ministres.
Pire : il est perçu comme un repoussoir par ses propres têtes de liste. Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et Christian Estrosi ont exclu, mardi, que le patron de LR participe à leurs réunions publiques. Tous craignent que son profil clivant dissuade les électeurs de gauche de voter en leur faveur dimanche. En dehors du meeting de Rochefort, M.  Sarkozy n’en a qu’un prévu avant le second tour : à Ajaccio, jeudi, pour soutenir José Rossi, tête de liste de la droite en Corse.
Alexandre Lemarié © Le Monde
dessin Le Placide 10/12/2015

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