Pierre-Olivier Sur, bâtonnier du barreau de Paris : «L’état d’urgence ne doit cibler que les terroristes»

Le Figaro – 11/12/2015 – Paule Gonzales –

Pierre-Olivier Sur (debout) et Christiane Taubira (à gauche), ce vendredi, lors de la rentrée solennelle du premier barreau de France.

Pierre-Olivier Sur (debout) et Christiane Taubira (à gauche), ce vendredi, lors de la rentrée solennelle du premier barreau de France. Crédits photo : PATRICK KOVARIK/AFP
INTERVIEW – Le bâtonnier du barreau de Paris fait le bilan de son mandat et pointe les lacunes de la justice française face à la radicalisation.
LE FIGARO.- Votre mandat de bâtonnier a commencé sur l’affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy et s’achève sur l’état d’urgence. Qu’est ce que cela vous inspire ?
Pierre-Olivier Sur. – Tout ce que l’on peut prévoir dans le cadre d’un programme électoral de batônnier est dépassé par la réalité des événements. On le sent, depuis quelques temps, il y a en ce moment quelque chose qui recule dans les grandes valeurs de notre société. À commencer par les libertés publiques. Ce que l’on voudrait aujourd’hui, c’est que l’on restreigne les libertés des terroristes et pas les nôtres.
Comment concilier sécurité des Français et respect des libertés publiques ?
Cessons d’opposer sécurité et liberté. Il faut que soit respecté un certain nombre de principes: l’état d’urgence doit être limité dans le temps. Il doit être ciblé exclusivement contre les terroristes en puissance. Enfin, toutes les procédures doivent prévoir le respect des droits de la défense et être soumises aux juges judiciaires sans désemparer. Plutôt qu’un État d’urgence, il est urgent de mettre plus d’État dans notre société. C‘est à dire concevoir une justice plus forte, non par une inflation de lois et de décrets mais par plus de moyens.
Que manque-t-il aujourd’hui à la justice française ?
Ce qu’il faut, c’est d’abord augmenter les effectifs des magistrats et des enquêteurs. Si on l’avait fait cela depuis un an, peut-être aurions-nous pu mettre en place des filatures plus efficaces concernant des personnes déjà identifiées. De l’affaire Merah en passant par les frères Kouachi, de Coulibaly jusqu’aux attaques terroristes du Bataclan et du stade de France, tous étaient identifiés sauf deux d’entre eux, me semble-t-il. Il manque par ailleurs un texte qui permette de passer de la police administrative à la police judiciaire, sans dépérissement des preuves. C’est une grande lacune de la loi Renseignement que nous avons toujours combattue. Et si l’on remonte plus loin encore, c’est la question des prisons qui se pose. Nous, pénalistes, savons que nos clients arrivent en détention, avec leur bagage de délinquance ordinaire, et que souvent, ils en sortent avec un bagage islamiste. Cela, j’en avais saisi Christiane Taubira dès mon élection au dauphinat, c’est à dire bien avant l’attaque de Charlie Hebdo. Je lui avais précisé que ce serait son grand défi. Mais rien n’a été fait.

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