La fausse démission de Claude Bartolone

L’express.fr – 14/12/2015 – Brice Lacourieux –
Nous ne sommes pas en 2017 ; la loi sur le non-cumul n’est donc pas encore applicable, et les futurs présidents de Conseil régionaux n’ont aucune obligation de démissionner… sauf s’ils ont un troisième mandat. C’est le cas de Christian Estrosi, Xavier Bertrand et Hervé Morin qui ont ainsi annoncé leur démission, ce qui donnera lieu à des législatives partielles.
Il y a aussi François Sauvadet, perdant en Bourgogne-Franche-Comté (mais élu conseiller régional, et Président du conseil départemental de la Côte-d’Or), et Gérald Darmanin (élu conseiller régional et maire de Tourcoing) qui vont abandonner leur mandat de député… Enfin, Valérie Pécresse est la seule démissionnaire annoncée à ne pas être en situation de cumul par rapport à la loi. Carole Delga et Alain Rousset, eux, ne semblent pas vouloir infliger une élection partielle au Parti socialiste.
Ce choix du local est d’ailleurs assez nouveau sous la Vème République. C’est sans doute une préfiguration du Parlement d’après la loi sur le cumul.
Le cas de Claude Bartolone est un peu plus spécial. En annonçant qu’il « remettrai[t] [son] mandat de président de l’Assemblée nationale à la disposition de Bruno Le Roux, président du groupe socialiste« , certains ont pu croire qu’il allait démissionner.
Il n’en est rien. En fait, Claude Bartolone va juste se livrer à un petit test interne. Le Président de l’Assemblée est élu parmi ses pairs pour la durée de la législature. Mais, pour ne présenter qu’un candidat, les groupes ont généralement une procédure interne. C’est ainsi qu’en 2012, Claude Bartolone avait battu Daniel Vaillant et Jean Glavany, pour accéder au Perchoir.
L’ex-tête de liste socialiste en Ile-de-France va donc demander à Bruno Le Roux – ou plus vraisemblablement aux députés socialistes – de le reconduire, ou non. Etant donné les déclarations de Bruno Le Roux et Jean-Marie Le Guen, faites très tôt hier soir, cette reconduction est probable.
sans-titreOn imagine d’ailleurs plus une sorte de vote par acclamation… Le seul obstacle serait une forte opposition, qui pourrait ensuite déclencher un vote interne défavorable à Claude Bartolone. Il démissionnerait alors de son fauteuil de Président, laissant la place à une élection en bonne et due forme. Mais on en est sans doute assez loin, au grand dam de Jean-Marc Ayrault qui semblait lorgner fortement sur le poste. Bref, Claude Bartolone n’a pas l’intention de fermer son parachute en démissionnant. D’ailleurs, sous la Vème République, seuls quatre Présidents de l’Assemblée ont quitté leur fonction : Chaban-Delmas en 1969 (nommé Premier ministre), Fabius en 1992 (nommé Premier secrétaire du PS), à nouveau Fabius en 2000 (nommé Ministre de l’Economie) et Jean-Louis Debré en 2007 (nommé Président du Conseil constitutionnel).
Et nous aurons donc, scotché à la présidence l’Assemblée Nationale, un homme à qui les électeurs ont refusé de confier une région…

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