Prophète = SS

Charlie Hebdo – 23 décembre 2015 – l’Edito de Riss –
Il est une espèce qui a envahi nos vies, bien pire que les frelons asiatiques ou les puces de matelas : les déclinistes ! Depuis des années, ils nous rabâchent que tout va mal, que c’était mieux avant et que le système ne peut plus continuer comme ça.  Ils prétendent faire le constat d’un échec, mais en le déplorant, ils le renforcent et l’aggravent. Comme les achab-small2marins du Péquod auxquels le capitaine Achab avait promis un doublon d’or pour le premier qui apercevrait la grande baleine blanche (lire le roman Moby Dick de Herman Melville). Ils scrutent autour de nous pour savoir de quelle direction arrivera le malheur, quitte à le voir là où il n’est pas. C’est à se demander s’ils ne prennent pas plaisir à vouloir nous déprimer. Pareils à ces enfants qui cherchent l’attention des adultes en cassant leurs jouets achetés la veille, les déclinistes, ces sales gosses capricieux, pourris-gâtés, aiment à piétiner l’objet de leur plaisir.
Le décliniste n’est cependant que la forme la plus vulgaire de de cette pensée de la catastrophe. Les déclinistes, c’est bien pour les repas en famille, les revues de presse et les débats à la télé. Leur discours simple est compréhensible de n’importe quel pilier de bistrot qui grommelle devant son verre contre ce système-pourri-qui-ne-peut-plus-durer. Car il existe une version haut de gamme du décliniste, apôtre de la fin de nos sociétés démocratiques décadentes : l’heideggérien. Ce déclin qui semble parfois davantage désiré que craint, et contre lequel Heidegger prônait l’extermination qui « assure […] contre la décadence« . Nombreux furent les universitaires de haut vol qui se vautrèrent délicieusement dans la pensée du philosophe nazi, comme une truie s’enfonce dans sa mare de boue en plissant ses petits yeux de plaisir.
François Rastier, dans Naufrage d’un prophète, Heidegger aujourd’hui*, en fait le terrible constat L’ironie est que souvent, ce sont les penseurs habitués à dénoncer la décrépitude de nos sociétés qui incarnent une décadence bien réelle : la leur. Le déclin, c’est eux. Et eux seuls. L’échec total de ces tocards de ces tocards de la pensée nous met dans l’embarras. Comment les critiquer sans sombrer dans l’anti-intellectualisme cher aux fascistes et nazis de tout poil ? C’est à se demander si Heidegger n’a pas conçu une philosophie visant à séduire, puis entraîner vers l’abîme la figure de l’intellectuel indissociable de nos systèmes démocratiques. Saper l’intello, et la démocratie s’effondrera.
james-bond-spectre-MV-1Dans les films de James Bond, il y a toujours un horrible méchant qui conçoit des plans infernaux pour détruire nos belles sociétés. Heidegger est un personnage de James Bond. Il a exigé que ses textes soient publiés par tranches, des années après sa mort. Ce mégalo antisémite a imposé d’attendre 2046 avant d’avoir le droit de lire ses archives. Et, au fur et à mesure de leur diffusion se révèle au grand jour sa pensée totalement nazie. Comme le compte à rebours d’une bombe atomique, mais sans aucun 007 pour la désamorcer. Heidegger, c’est le Spectre. Le cerveau diabolique qui a mis au point un stratagème machiavélique pour détruire nos démocraties en contaminant les cellules grises de nos philosophes de supermarché. Tel un hacker,
dessin_2012Heidegger a créé un virus qui s’est diffusé chez nombre d’intellos et qui aujourd’hui entre en action. Ils réalisent soudain que leurs bouquins et leurs écrits commencent à tomber en poussière sous leurs yeux impuissants. Certain en seront effondrés, d’autres s’en délecteront. Petits Néron de la pensée grattant leur lyre en jouissant de voir la démocratie partir en fumée. Ils seront eux aussi entraînés dans la chute, mais sont tellement mégalos que leur disparition ne les gênera pas, à condition qu’elle emporte tout le monde avec eux.
Il se dit de plus en plus, ici en France et ailleurs en Europe, qu’il faut changer notre manière de faire de la politique, et qu’une génération nouvelle d’hommes et de femmes politiques doit prendre les choses en main. Mais peu osent dire qu’il faudrait faire de même avec les philosophes de service. Ras le bol des intellos-pisse-vinaigre-peine-à-jouir-déclinistes. Quand la pensée redeviendra-t-elle optimiste et imaginative ? Quand cesserons-nous de regarder nos escarres avec délectation comme des lépreux au bout du rouleau ? Les penseurs tristes nous emmerdent, nous asphyxient. S’ils veulent s’étouffer de leur pessimisme comme ces locataires en perdition qui laissent leur appartement sous des montagnes de détritus, qu’ils le fassent. Mais seuls! Nous vivront très bien sans eux.
sans-titresans une politique d’immigration forte, nous sommes foutus !
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* Presses universitaire de France (PUF) – 288 pages /18.00 € /ISBN : 978-2-13-072970-9 /Collection « Hors collection » / Date de parution : 14/10/2015 –

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