Comment rompre la solitude : Ecouter c’est soulager

Et si la surdité était le vrai mal de notre siècle finissant ? Pas la surdité clinique, bien sûr, mais le refus, conscient ou inconscient, d’écouter l’autre.
Il faut dire que nous avons des excuses : le déferlement quotidien de messages dont nous sommes inondés nous pousse à fermer nos « écoutilles » par pur instinct de conservation. La publicité, sous toutes ses formes, y compris et surtout les plus intelligentes et donc les plus insidieuses, les demandes d’attention légitimes de nos proches, les appels à la solidarité qui se multiplient, tout conspire à déjouer nos défenses en jouant sur le registre de la tentation ou celui de la mauvaise conscience.
La société communicante que tout le monde semble appeler de ses voeux est également, nous nous en apercevons tous les jours, une société aliénante, et pour rester des femmes et des hommes libres, nous n’avons guère le choix que de devenir dur d’oreille.
Le problème c’est que la vraie souffrance est muette, et qu’elle ne risque pas de se faire entendre dans cette cacophonie si nous ne l’aidons pas, très délibérément, à s’exprimer. Et une souffrance muette est une souffrance qui est condamnée à ne jamais cicatriser. L’homme est en effet un être social qui vit avant tout de l’échange avec ses congénères. Le fil qui nous relie tous à la vie est en fait un réseau de relations qui passe par le dialogue. Que ce fil vienne à se rompre et, enfermés dans notre silence avec nos angoisses, nous devenons notre pire ennemi.
Aussi la lutte contre l’exclusion, dont on ne cesse de nous dire qu’elle est une priorité, commence par la capacité d’exprimer ( pris ici dans son sens étymologique, d’ « expulser »), qui est indissociable de celle d’être écouté. Or beaucoup d’accidentés de la vie n’ont personne à qui parler de leur souffrance, de leur détresse. Décès d’un proche, divorce, accident, handicap, chômage, ostracisme familial ou social, dépression : la vie n’est pas avare de « coups durs », et tout le monde n’a pas les mêmes aptitudes à les surmonter.
Pour aider quelqu’un à se reprendre lui-même en main, à faire des projets même modestes, il faut d’abord l’écouter. Pas le questionner, pas le conseiller, pas lui proposer des solutions, et surtout pas le juger et le sermonner. Ecouter attentivement un interlocuteur, sans idée préconçue et sans filtrage, en contrôlant ses propres émotions de façon à mieux identifier celles de l’autre, n’est pas une attitude spontanée. Nous avons tous tendance à nous projeter dans ce que dit l’autre et, de ce fait, à être plus ou moins donneurs de leçons ou de solutions, à interpréter ou dramatiser.
L’expérience montre qu’aider quelqu’un à recouvrer son autonomie passe par l’instauration d’une relation de confiance. Des mois de rencontres régulières seront souvent nécessaires, car un véritable accompagnement ne produira d’effets que si la présence de l’écoutant revêt une qualité réelle, comme la quintessence d’une sorte d’alchimie où le désir d’aider s’allie avec le désir d’apprendre à ne pas nuire. Relation de confiance pour que l’écouté, peu à peu, parvienne à parler de ses vraies difficultés et pas seulement de problèmes apparents, et qu’il retrouve en lui l’énergie d’agir et de s’éloigner du précipice de la haine de soi pour se ré-apprivoiser lui-même.
Si ceux qui vont bien font l’effort nécessaire de redécouvrir l’écoute, ceux qui vont mal pourront se reconstruire parce qu’ils sauront qu’ils sont entendus. Et nous autres nous nous enrichirons en écoutant. Et nous retisserons tous le « lien social », sans jamais perdre de vue qu’une pratique d’écoute authentique de l’autre exige toujours prudence et humilité.
Il est rassurant de se dire qu’il y a des choses que ni l’argent, ni la technologie – ces deux piliers de la société moderne – n’ont le pouvoir de résoudre. Humains, trop humains, nous sommes et resterons. Nous ne trouverons jamais, quand tout va mal, de substitut à une oreille attentive malgré la cacophonie ambiante et la surdité qu’elle provoque.
Par Gilbert Cotteau : Ancien enseignant et journaliste, il a toujours contribué à créer des passerelles entre ceux qui souffrent et ceux qui soulagent, ceux qui ont une idée et ceux qui la concrétisent.
Quelques exemples parmi tant d’autres : Fondateur, en 1987, de l’Association Astrée. Objectif : l’accompagnement individualisé, pour des personnes en difficulté, fondé sur l’écoute, avec à la clé une formation à «  l’écoute et à l’accompagnement » dispensée aux bénévoles, car la bonne volonté, à elle seule, ne suffit pas..
Siège administratif : Astrée, 3 rue Duchef de la ville 75 013 Paris Tél: 01 42 27 64 34

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« A portée de coeur : récit » de Gilbert Cotteau ,Richard Veneau chez Solar (Paris)

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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