2016, encore une année de salaire vraiment minimum

(Charlie Hebdo 16/12/2015 – Jacques Littauer ) Extrait –
L’année prochaine encore, le gouvernement ne donnera pas de « coup de pouce » au Smic, qui augmentera de… 0,6 % au 1er janvier (une hausse de 6 centimes de l’heure, merci les socialistes). La faute à un raisonnement économique antisocial porté par les « experts »… 
Comme tous les ans désormais, le » groupe d’experts » sur le smic s’est autorisé à dire aux smicards qu’ils gagnaient déjà trop. François Bourguignon (École d’Économie de Paris), Pierre Cahuc (École polytechnique), Eve Caroli (Université Paris-Dauphine) et Stefano Scarpetta (OCDE/Organisation de coopération et de développement économiques), tous bien heureux de profiter de salaires plusieurs fois égaux au smic, écrivent ceci ; « La situation économique est en amélioration et on peut s’en réjouir. Mais […] même si le chômage tend à se stabiliser, le futur reste encore très incertain. Ce n’est pas le moment d’ajouter à l’incertitude en cherchant à accélérer dès à présent la hausse des salaires. Il se trouve par ailleurs que la croissance du smic est restée très proche de celle du salaire moyen sur ces trois dernières années. Dans ces conditions, s’en tenir à l’indexation légale du smic sur l’inflation et les indices salariaux semble le plus raisonnable. » 
92343120_oIl est « raisonnable » de ne pas trop augmenter le smic, car, lorsque le salaire minimum augmente, c’est le « coût du travail » qui dérape, empêchant les entreprise d’embaucher. Et donc, le smic, c’est le chômage ! On retrouve ici une rhétorique dénoncée par Albert Hirschman (économiste américain 1915-2012) , celle dite de « l’effet pervers » : en voulant aider les pauvres, les réformateurs sociaux les enfonceraient. N’essayez pas d’interférer avec les lois éternelles du marché, laissez les salaires descendre jusqu’à leur niveau « optimal », celui qui « équilibre » le nombre de personnes cherchant un emploi et le nombre de postes à pourvoir. Et si ce niveau est à 600 euros, en bien,  distribuez des aides sociales pour permettre aux travailleurs pauvres de survivre…
Car, pour ces beaux esprits payés par le public, il n’y a que les salaires des pauvres qu’il faut limiter, ceux des Pédégés peuvent s’envoler sans que cela plombe notre chère « compétitivité ». Mais au fait, pourquoi existe-il le salaire minimum ? Ne serait-ce pas pour garantir une dignité à tout un chacun ? Or, avec 1135,99 euros mensuels, son niveau  actuel, est-il possible de bien vivre ? Rien qu’à constater le niveau des loyers en de nombreux endroits, on peur en douter.
Cela nous est d’ailleurs confirmé par une partie très intéressante du rapport, qui demande aux gens d’estimer le montant minimum dont ils estiment d’avoir besoin pour vivre. Ainsi, pour les personnes seules sans enfants percevant le smic, ce montant est estimé à 1450 euros par mois. C’est 1870 euros pour les personnes élevant seules leurs enfants. Des sommes bien supérieures au smic, donc. Heureusement, grâce aux aides sociales, les auteurs estiment que ces personnes perçoivent au moins ce minimum absolu. Il en a même qui se gavent, comme les couples avec enfants dont l’un des conjoints gagne plus que le smic, qui estiment avoir besoin au strict minimum de 2840 euros par mois (ça bouffe, les gosses) et qui perçoivent en moyenne 3780 euros. Il leur reste donc 940 euros  pour partir en week-end, peur-être en Grèce ? 
0312-dessin-2-3555dOr ce qu’il faut rappeler, c’est que 80 % des 3 millions d’employés au smic (surtout des femmes) sont dans l’économie locale : emplois de serveurs, de vendeurs, de femmes de ménage, d’aides-soignantes, d’assistantes maternelles, d’employés d’association… Ils et elles ne sont pas engagés dans la « mondialisation » , et ce n’est pas augmenter un peu leur salaire de misère qui va plomber notre sacro-saint compétitivité. En revanche, cela leur donnerait un peu d’air, soutiendrait leur consommation et donc donnerait un débouché aux entreprises. Plutôt que de lutter face à la concurrence par la baisse permanente des salaires, nos experts seraient mieux inspirés d’appeler à la mise en place de salaires minima dans tous les pays d’Europe. Ce serait plus juste socialement, plu efficace économiquement, et peut-être que cela ferait reculer un peu le Front national, non ? Mais malheureusement, le FN n’est pas dans les savantes équations de Mme Caroli, et de MM. Bourguignon, Cahuc et Scarpetta.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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