Le Medef et Gattaz à pleins gaz !

Le Canard Enchaîné 23/12/2015 – J.-L. P. – 
Il y avait déjà eu le « pacte de compétitivité » en 2012. Pour complaire à Gattaz, le patron des patrons, qui réclamait cette mesure de puis longtemps, Hollande avait dispensé les entreprises de payer 20 milliards de cotisations sociales. L’année d’après, le non moins fameux « pacte de responsabilité » voyait le jour : hop ! encore 10 milliards de charges sociales en moins !
On avait alors vu Pierre Gattaz triompher. Il promettait 1 million d’emplois d’ici à 2020. On le voyait même arborer au revers de sa veste un joli pin’s « 1 million d’emplois« . Il suffisait de deux ou trois mesures complémentaires, L’ouverture des commerces le dimanche, par exemple, et on allait voir ce qu’on allait voir. C’était en 2014.
investisseursMais, ce million personne n’en a vu le début de queue du commencement. En revanche, les queues devant Pôle emploi se sont allongées. Du coup, Gattaz revient à la charge : il décrète l »‘état d’urgence pour l’emploi« . Il l’affirme : la France doit enfin prendre des mesures courageuse, inventives, originales, radicales ! Lesquelles ? Eh bien, exonérer, mais cette fois, to-ta-le-ment, de charges sociales les plus bas salaires. Et qu’importe si voilà deux ans, Jean-François Roubaud, le patron des PME faisait remarquer, dans Les Echos (8/1/14) : « On crée des emplois lorsque les carnets de commande augmentent, mais pas parce qu’il y a une baisse des charges. Il n’y a pas de relation de cause à effet directe entre les deux. »
L’inefficacité des 30 milliards d’exonération l’a, en effet, largement prouvé. Mais cela n’empêche pas Gattaz de persister et signer.     Tous ensemble : le million ! le million !   

gattazMedef

Les restaurateurs se tapent la cloche
La diminution de TVA dans la restauration (de 19,6 % à 5,5 %), ça devait être Byzance. Ou presque. Baisse des prix, 40 000 créations d’emploi en deux ans, etc. C’est en tout cas ce qu’avait promis la profession dans le « contrat d’avenir » signé avec le ministère des Finances pour obtenir de Sarkozy en 2009 ce que Chirac avait en vain essayé de décrocher à Bruxelles pendant des années.
2011-11-04-aA l’arrivée, l’addition est nettement moins sucrée, à en croire le rapport que le Conseil des prélèvements obligatoires (une succursale de la Cour des comptes) consacre au sujet. La mesure prive l’État, en moyenne, d’environ 3 milliards de recettes par an, qui ne sont pas perdus pour tout le monde : les restaurateurs en ont profité pour améliorer leurs marges de 1,4 milliard, ils ont augmenté les salaires et les avantages sociaux de leurs employés à la hauteur de 900 millions, ont baissé les prix de 600 millions et ont dépensé 150 millions pour créer 7 500 emplois par an.
Des emplois hors de prix : la création de chaque poste de travail a « coûté » quelque 150 000 euros à l’État. Lequel s’est vengé sournoisement, puisque le taux réduit de TVA l’est de moins en moins : il est passé à 7 % le 1er janvier 2012, puis à 10 % en 2014. Encore un effort et on reviendra aux 19,6 %.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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