Disparition – Gaston Viens, le vieux lion est mort : une partie de lui est toujours restée sur la colline d’Ettersberg, près de Weimar.

LE MONDE | 25.12.2015
Mort de l’ancien résistant et maire d’Orly Gaston VIENS
« Gaston Viens a fait partie des déportés qui ont juré le 19 avril 1945, sur la place du camp qu’ils avaient libéré, de lutter sans relâche pour la construction d’un monde nouveau de paix et de liberté”. »
14 octobre 1924 – naissance à Cheval Blanc vaucluse
30 Juillet 1944 – Déporté à Buchenwald,
1965-2009 –  maire d’Orly ( Val de Marne )
22 décembre 2015 – mort à Créteil ‘ Val de Marne )

4838094_6_4370_en-2008_01c4aaf87746c71f4b8e390f20620c33

En 2008 MARTIN BUREAU / AFP
Gaston Viens que tout le monde appelait « Gaston » dans sa ville d’Orly, dont il fut le maire inamovible pendant quarante-quatre ans (1965-2009), est mort dans la soirée du 21 décembre, à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. Il avait 91 ans. Avec lui disparaît une des toutes dernières grandes figures historiques du Val-de-Marne, un département qu’il fut aussi le premier à présider à partir de 1967 et jusqu’en 1970.
Né le 24 octobre 1924 à Cheval-Blanc (Vaucluse), près du village de Viens, dans une famille de maraîchers comptant six garçons, il rejoint la Résistance en 1941 en adhérant à la Jeunesse communiste puis il s’engage dans les FTPT en 1942, dans la région de Saint-Rémy-de-Provence. Arrêté le 14 juillet 1943 par la gendarmerie française, après un an de prison, il est déporté à Buchenwald, en Allemagne.
Parti de Toulouse, le 30 juillet 1944, le convoi qui le conduit au camp de concentration n’arrivera à destination que le 5 août, après un voyage qu’il qualifiait d’« inhumain ». Débarqué en pleine nuit, dans les hurlements des molosses et des SS, puis tondu et dépouillé de ses derniers objets personnels, il pensait ne jamais sortir de là « autrement que par la cheminée du four crématoire ». Responsable d’un petit groupe au sein du camp, il participe à son insurrection le 11 avril 1945. Sa conduite héroïque lui vaudra, tout au long de sa vie, le respect quasi unanime de l’ensemble de la classe politique.
Sur la colline d’Ettersberg, près de Weimar
Le temps passe sans rien effacer et une partie de lui est toujours restée sur la colline d’Ettersberg, près de Weimar. Toute sa vie, cet homme courageux témoignera, surtout auprès des enfants et des adolescents, de ce que fut la survie dans cette antichambre de l’enfer. « C’est ma conviction politique qui m’a sauvé. Elle aurait pu me coûter la vie mais elle m’a donné la force de me battre », racontait-il fin 2014, lors du Concours national de la Résistance, à des jeunes qui l’interrogeaient.
La guerre finie, il accède très vite à d’importantes responsabilités et devient un des plus jeunes membres du Comité central, le Parlement du PCF, où il siège de 1949 à 1964. Il en sera même l’un des secrétaires de 1956 à 1959. Son franc-parler lui vaut de ne pas y être réélu en 1964. Il habite à cette époque dans le grand ensemble d’Orly et songe à retourner en Provence mais il est rattrapé par les élections municipales, le maire sortant, François Boidron, ne souhaitant pas se représenter. Il est alors élu à la tête de la mairie.
Avec son équipe, il fera d’Orly une vraie ville avec un vrai centre. Il recoud le tissu urbain en rapprochant le vieil Orly du nouveau, malgré la coupure des voies SNCF. Le travail accompli lors des deux premières années de mandat lui vaut d’être, en 1967, le premier président du conseil général du Val-de-Marne, nouvellement créé. La gauche battue en 1970, il confie que « c’est bien d’avoir perdu » son siège de président. « Je n’étais pas suffisamment présent à Orly. »
….
« Toujours à l’écoute de la population. Il fut de tous les combats pour faire respecter les plus humbles. Homme de caractère, et franc, il était simplement Gaston pour tout le monde. »
Les Orlysiens ne verront plus sa silhouette à laquelle son abondante chevelure donnait un caractère léonin. Le vieux lion est mort.
La maire Christine Janodet (DVG), qui avait pris sa succession après sa démission en 2009, a fait part de sa « tristesse » et a adressé ses « premières pensées à la famille ». « Un hommage très important lui sera rendu début janvier ou un peu après, à la hauteur de la personnalité qu’il a été pour la ville », a-t-elle précisé à l’Agence France-Presse.
Francis Gouge (Créteil, correspondant) Journaliste au Monde

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Politique, Résistance, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.