Corse, l’île aux déchets.

Le Canard Enchaîné – 06/01/2016 – Didier Hassoux –
Désastre pour l’île, les déchets sont une bénédiction pour les affairistes.
C’est la prochaine bombe qui va exploser en Corse. Une bombe bien puante. A Ajaccio et à Bastia, poubelles et conteneurs débordent. Les trois sites d’enfouissement de l’île sont largement saturés. Des camions de transport tentent bien d’y pénétrer, mais certains élus et des militants écologistes s’y opposent. Ainsi, au moins 4 000 tonnes de déchets se son retrouvés dans la nature durant la trêve des confiseurs. Évidemment, les( petites et grosses) décharges sauvages se sont multipliées. L’île de Beauté est en train de devenir l’île aux déchets… 

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Avis de déchets
L’enjeu n’est pas seulement esthétique ou environnemental. La Corse « produit » chaque année un peu moins de 500 000 tonnes de déchets dont 40 % d’origine ménagère. Leur transport, leur stockage et leur traitement représente un marché de 30 millions par an. Et, bien sûr, comme le détaille une note « confidentielle » de 45 pages émanant des services judiciaires, datée de juin 2014, « la gestion des déchets génère d’importants marchés et peut susciter des concurrences significatives entre les entreprises, tant dans le domaine du transport que de l’exploitation des sites de traitement. Elle est susceptible d’attirer la convoitise du banditisme insulaire (…). Et peut être à l’origine d’une dynamique de détournement, malversations, concurrence ou entente anticoncurrentielle« .
Pour se goinfrer, il y a intérêt à se dépêcher. Car les crédits publics viennent à manquer. la fin du programme exceptionnel d’investissement (2 milliards sur quinze ans), destiné à « aider la Corse à surmonter ses handicaps naturels« , est prévue pour la fin 2017. 
IMAG0984Ce fameux PEI ainsi que des fonds européens et les cotisations de près de 70 % des communes insulaires alimentent un syndicat à vocation régionale chargé « du recyclage et du traitement des ordures ménagères« . Créé en 2007 et regroupant 83 % de la population, ce Syvadec dispose d’un budget annuel de 30 millions d’euros (chiffre de 2013). C’est lui qui sous-traite à des sociétés privées le transport des déchets. Ainsi, le 6 novembre, le syndicat décide en toute hâte d’attribuer à Patrick Rocca un marché à bons de commande pour le transport de déchets de la Corse vers le continent. Montant : 9 millions hors taxes ! Mais l’État passe par là. Le préfet de Corse décide en effet de casser la délibération, en raison du nombre insuffisant d’élus présents. Ils étaient à la chasse au sanglier ?
De belles ordures
Patrick Rocca devrait se refaire. Principal employeur privé de Corse, avec son groupe spécialisé dans les transports et le BTP, il est le récent repreneur de la SNCM, la société de ferries qui assure les liaisons Corse-continent. Depuis la création du Syvadec, il a obtenu plus de 20 millions de marchés publics. Une somme qui en fait le bénéficiaire privilégié de la gestion des déchets. « Compte tenu de son essor rapide et de la dimension de ses investissements, écrivent les services judiciaires dans leur note confidentielle, on peut s’interroger sur les appuis et les protections dont pourrait bénéficier… » l’entrepreneur. D’ailleurs, contrairement à ses concurrents, « il n’a jamais été victimes d’actions violentes ». Qu’est-ce qu’ils insinuent ?
Cette situation  de quasi monopole devrait le conduire à rendre des comptes. Ainsi, en 201, la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi, qui le soupçonne de pratiquer un dumpig tarifaire sur le transport des déchets, a saisi la brigade financière de Marseille pour signaler « un abus de position dominante » du groupe Rocca. De son côté, le parquet économique et financier de Bastia a ouvert en juin 2015, une enquête préliminaire sur l’attribution de certains marchés publics. D’après un enquêteur au parfum, « ce dossier sent mauvais » (sic).
Le nouvel exécutif insulaire n’a pas envie d’y mettre son nez. « Nous ne sommes pas comptables du passé« , tranche Agnès Simonpietri, la nouvelle présidente de l’Office de l’environnement. L’élue territoriale estime que « la crise a montré qu’il fallait changer de modèle; le moment d’une révolution des déchets est venu« . Lors de sa prochaine session de l’Assemblée de Corse, les 12 et 13 janvier, elle doit présenter un plan qui, par « une fiscalité incitative » facilite le tri à la source. En gros, moins on trie, plus on paie.
Une sorte de nouvel impôt révolutionnaire ?  

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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