Les calculs électoraux, plus forts que le calcul du chômage

Le Canard Enchaîné – 06/01/2015 – Alain Guédé –
Les experts du gouvernement enchaînent les calculs savants pour résoudre ces deux équations : d’abord, faire maigrir les chiffres du chômage pour permettre au président sortant de se représenter; ensuite, se débrouiller pour que cette amélioration artificielle perdure jusqu’à la présidentielle. Malgré le milliard d’euros mis sur le table, ce n’est pas gagné.
Lors de ses vœux aux français, Hollande a fixé la hauteur de la barre : 500 000 demandeurs d’emploi supplémentaires devront être réorientés vers des stages de formation. Comment procéder ? Première hypothèse, des stages relativement courts, par vagues successives d’environ 125 000 chômeurs. Chacun devant alimenter la pompe refoulante, il est possible de tenir jusqu’au second tour de la présidentielle. Inconvénient : le rendement serait relativement faible, de l’ordre de 0,4 à 0,5 des inscrits à Pôle emploi.
Seconde hypothèse, plus probable, des stages relativement longs (entre 300 et 500 heures), ce qui permettrait de concentrer l’effort sur les derniers mois du quinquennat. Et, ce qui joindrait l’utile au comptable, d’offrir des formations vraiment qualifiantes. Plus facile à dire qu’à faire.
Primo : les syndicats se demandent comment un système de formation professionnelle qui a du mal à absorber 500 000 stagiaires par an pourra en digérer 500 000 de plus cette année. Secundo : depuis ce 1er janvier, les régions ont la maîtrise de la formation des demandeurs d’emploi. « Est-ce que Christian Estrosi, Xavier Bertrand ou Phillippe Richert sont prêtes à ouvrir leur bourse pour aider à la réélection du sortant ? Les régions ne seront pas dupes« , pronostique un haut responsable syndical. Mais les optimistes veulent croire à « un consensus sur la formation professionnelle entre les élus de droite et de gauche ». Il n’est pas interdit de rêver.
Les autres recettes du futur candidat inspirent les mêmes doutes aux experts. Permettre le recrutement d’une centaine de milliers d’apprentis pour réaliser l’objectif jadis fixé par Jean-Marc Ayrault (500 000 apprentis en 2017) n’aura pas, au dire des spécialistes, l’effet attendu sur les chiffres du chômage. « On arrive à un niveau où les apprentis nouvellement recrutés prennent la place des salariés non qualifiés. Pour un apprenti embauché, on a souvent un salarié de plus au chômage« , confie un de ces spécialistes. 
Embaucher un apprenti, ce n’est, il est vrai, pas sorcier.

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Un dilemme pour le président-candidat
Attention, une courbe peut en cacher une autre! Si le plan de formation annoncé par François Hollande fonctionne, le nombre mensuel de chômeurs inscrits dans la catégorie A de Pôle emploi baissera vraisemblablement de quelques centaines de milliers de personnes. Rien ne s’opposerait dons à ce que le Président brigue un second mandat ?
Pas si vite ! Il existe un autre moyen, tout aussi fiable, de mesurer l’évolution réelle du marché du travail. C’est le taux de chômage publié chaque trimestre par le BIT, le Bureau international du travail, qui reprend le chiffrage de l’Insee? L’Institut national de la statistique interroge un échantillon de la population de 67 000 foyers (soit environ 100 000 personnes), auxquels il est demandé si certains de leurs membres cherchent un emploi.
Et voici le piège : les chômeurs en formation, qui auront donc été radiés des listes de Pôle emploi, continueront évidemment de se déclarer à l’Insee comme cherchant un boulot. Le risque est donc grand que la courbe du BIT grimpe encore – surtout si la croissance n’est pas au rendez-vous – pendant que celle de Pôle emploi baissera. et voilà Hollande pris entre deux courbes. S’il choisit celle du BIT, il risque de ne pas pouvoir se présenter.Et, s’il opte pour celle de Pôle emploi, il sera accusé d’avoir joué avec le thermomètre…

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