Huiles essentielles et odeurs fétiches

Alternative Santé – 5 janvier 2016 – Martine Pédron/Ethnologue –
Odeurs fétiches
L’odorat est, avec le goût auquel il est relié, le premier sens à s’éveiller chez le fœtus. Son intime et mystérieuse relation avec la mémoire, et surtout avec les émotions, le distingue des autres sens. Dans notre société moderne, on oublie souvent le pouvoir qu’ont les odeurs sur notre humeur, notre comportement et notre système nerveux. Et si l’on prêtait un peu plus attention à ces effluves bienfaisants ?
Il y a quatre siècles, Montaigne ­constatait déjà à quel point les odeurs agissaient sur son humeur et son psychisme. Il ­regrettait même que les médecins n’en tirent pas plus de profits. Marcel Proust avait quant à lui évoqué le pouvoir des odeurs comme mémoire du passé : un jour d’hiver, alors qu’il prend un thé avec des petites madeleines en compagnie de sa mère, il ressent soudain un plaisir délicieux et découvre qu’il provient du souvenir de son enfance.
Il écrit : « Quand d’un passé ancien rien ne subsiste, plus immatérielles, plus fidèles et plus persistantes, les odeurs et les saveurs restent encore longtemps. »
Cela, les acteurs du goût l’ont ­aujourd’hui bien compris : les ­industriels de l’alimentation savent ajouter des ­parfums (souvent ­artificiels) pour ­inciter à la consommation, sans parler des ­boulangeries industrielles qui utilisent des diffuseurs d’arômes pour attirer le client depuis le trottoir avec des odeurs de pains chauds…
Action psycho-émotionnelle
De nombreuses études scientifiques ­ont analysé le sens olfactif et révélé qu’il est bien lié à la mémoire. Pourquoi certaines odeurs nous attirent et nous plongent dans un état euphorique alors que d’autres nous stressent et nous font fuir ? Quelles sont les molécules dont les ­vibrations entrent en résonance avec notre être profond ?
En fait, les odeurs sont capables d’agir ­directement au niveau ­psycho-émotionnel en ­émettant une vibration particulière. Comme nous sommes tous différents, nous avons tous une ou plusieurs odeurs fétiches avec ­lesquelles nous sommes ­compatibles. Alors, comme tout se passe au niveau du ­ressenti émotionnel, en étant un peu ­attentif, on va s’éveiller à la voie des odeurs et des parfums, on va les apprécier, les aimer et découvrir ainsi quels sont ceux qui sont susceptibles de nous faire du bien.
La nature regorge de senteurs parfois très intenses : santal des Indes, patchouli d’Indonésie, ylang-ylang des Comores, bois de cèdre du Liban, ambre gris du ­Maroc, benjoin et myrrhe d’Orient. Dans ­l’Antiquité, ces essences, aussi ­précieuses que l’or ou les diamants, ­servaient à ­honorer les dieux et les ancêtres : la myrrhe était déjà mentionnée dans un papyrus égyptien datant de 2 000 ans avant J.-C. Puis l’homme est tombé sous le charme de ces effluves végétaux et a ­commencé à s’en servir pour son plaisir en les ­employant comme parfums ou huiles parfumées.
Ce fut le cas aussi dans la Grèce antique où l’on préparait des onguents magiques et des philtres d’amour à base d’huile ­additionnée d’herbes ­aromatiques comme la coriandre, le ­genièvre ou le ­fenouil. Les huiles parfumées faisaient ainsi déjà partie de la vie sociale…
L’olfactothérapie consacrée
Aujourd’hui, ces essences ­odoriférantes et les huiles essentielles font un ­retour en force dans le monde du bien-être car elles ­stimulent les sens et nous aident à ­retrouver notre ­équilibre émotionnel. C’est le royaume de l’aromathérapie, ou l’art ­d’utiliser des huiles essentielles à des fins ­thérapeutiques. On parle aussi d’olfactothérapie pour désigner cette méthode ­psycho-énergétique qui utilise les odeurs et les vibrations de certaines huiles pour nous guérir et améliorer notre humeur.
Quelques-unes possèdent un pouvoir ­apaisant comme la lavande, alors qu’une huile essentielle de pin ou de menthe poivrée sera revitalisante et tonifiante ; ­certaines peuvent atténuer le stress comme le ­néroli ; il y a aussi les parfums joyeux de la fleur d’oranger, de ­citronnier ou de fruit de la passion, sans oublier les parfums ­intenses du musc et surtout de l’ylang-ylang, considéré comme un ­puissant ­aphrodisiaque.
Alors, puisque les odeurs ont la ­capacité d’agir directement sur notre état ­psycho-émotionnel ou affectif par le biais d’une vibration particulière, pourquoi ne pas les utiliser abondamment afin de retrouver notre équilibre émotionnel ? À ­chacun de trouver odeur à son nez !
Des rituels et des charmes
Dans les grandes civilisations de l’Amérique précolombienne, les arômes ont toujours eu un rôle fondamental : de nombreux documents en attestent, comme le codex Badiano où l’on peut voir dessiné de nombreuses fleurs et plantes aromatiques, mais aussi les résines que les Aztèques utilisaient pour soigner différentes maladies (feuilles aromatiques d’aulne, feuilles de l’arbre du brouillard – Pinus ayacahuite –, fleur de vanille ou fleur de maïs).
Mais la plante qui incarne le mieux la fonction aromatique, c’est le copal, une résine extraite de l’arbre du genre Bursera : aucun rituel ne pouvait se dérouler sans la présence de la fumée de cette résine. Brûlé dans un copalero, encensoir de terre cuite, le copal dégage dans l’atmosphère une forte odeur enivrante et une fumée purificatrice qui est l’offrande par excellence des hommes aux Dieux. Aujourd’hui encore, chez certaines populations amazoniennes comme les Yanomamis, il existe des parfums végétaux utilisés par les hommes comme une arme de séduction.
Car les odeurs existent aussi pour nous attirer et nous séduire.
Attention : Les conseils prodigués dans cet article ne vous dispensent pas de consulter un praticien des médecines alternatives. Vous pourrez en trouver un près de chez vous et prendre rendez-vous sur annuaire-therapeutes.com

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