Le destin de l’Europe se joue en mer Egée

LE MONDE | 25.01.2016

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Editorial du « monde ». Sur les rivages de la Grèce, dont il est en partie originaire, le projet européen se délite. L’Europe est à l’épreuve et elle n’est pas à la hauteur. L’Europe est sollicitée et elle ne répond pas. Le flux incessant des réfugiés – essentiellement ceux qui fuient les guerres de Syrie – réclame une politique, des décisions, dans un sens ou dans un autre. Mais le groupe des 28 Etats de l’Union européenne (UE) est paralysé. Il ne décide rien ou n’arrive pas à appliquer les décisions prises. Comment dit-on quand l’énergie vitale s’échappe ainsi d’un corps ?

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La ministre de la justice néerlandais Ard van der Steur, le ministre français de l’intérieur Bernard Cazeneuve et la ministre de la justice irlandaise Frances Fitzgerald, lundi 25 janvier, à Amsterdam. Peter Dejong / AP
Petit bilan du week-end. Vendredi 22 janvier, au matin, plus d’une quarantaine de migrants – 42, au dernier décompte –, dont 17 enfants, ont péri noyés au large d’une île grecque. Les deux barcasses qui les transportaient ont sombré par gros temps. Elles venaient de Turquie, où la mafia des passeurs aligne les prix du voyage sur la hauteur des vagues : gros temps, petit prix. Mais on n’arrête pas ce « commerce » l’hiver, il reste très rentable. Courageusement, et bien seuls, les gardes-côtes grecs ont réussi à sauver des dizaines de rescapés de ce naufrage.
Ankara dit ne pas avoir les moyens de contrôler le flux des réfugiés : ils continuent, à un rythme plus élevé que l’an passé, à gagner la Grèce, qui les laisse immédiatement partir ailleurs. Quelque part en Europe. L’UE a promis 3 milliards d’euros à la Turquie pour fixer les réfugiés sur son territoire. L’UE n’arrive pas à rassembler cette somme : certains de ses membres ne veulent pas payer. La chancelière Angela Merkel négocie seule avec Ankara, où, chantage discret, on ne lui pardonne pas d’être opposée à l’entrée de la Turquie dans l’UE.
Citée dans le New York Times, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) évalue à 37 000 le nombre de migrants arrivés en Grèce ou en Italie depuis le début du mois – dix fois plus que l’an passé. L’OIM a déjà recensé 113 morts par noyade. A ce rythme, le flux migratoire sera plus fort en 2016 qu’en 2015.
L’Union européenne est incapable de dégager le sursaut d’énergie, d’effort, d’enthousiasme qui fut celui de l’après-guerre et que requiert la situation actuelle.

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L’UE est paralysée, tétanisée. Elle n’arrive pas à faire appliquer le plan de répartition des réfugiés qu’elle a adopté. Certains de ses membres se refusent à accueillir un seul migrant. Les Etats les plus généreux, l’Allemagne et la Suède, se referment. La libre circulation des personnes au sein de l’UE est suspendue ici et là. L’Europe essaie de se barricader. La plupart des gouvernements en place estiment ne pas être en mesure d’intégrer dignement pareille masse d’hommes, de femmes, d’enfants.
Soit. Mais alors, il faut au moins décider de renforcer sérieusement les frontières extérieures de l’UE. Il ne faut pas abandonner les pays de première ligne. Il faut dégager des ressources pour créer enfin une agence commune de contrôle des bordures extérieures de l’UE, chargée de gérer et de négocier les flux migratoires avec les pays de départ et les pays de transit. Sans frontières extérieures fixes et contrôlées, c’est l’idée même de l’Europe qui est en question.
Mais l’UE ne choisit pas. Elle est incapable de dégager le sursaut d’énergie, d’effort, d’enthousiasme qui fut celui de l’après-guerre et que requiert la situation actuelle – pour intégrer ou pour réguler. Or il n’y a pas de solution nationale à une question aussi transnationale que la gestion des grands flux migratoires de l’époque. Que cela plaise ou non, s’il n’y a pas « plus d’Europe » sur cette question, il risque fort de ne plus y en avoir du tout.
Lire aussi : Face aux réfugiés, Angela Merkel seule en Europe

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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