Pour revenir en politique, il faut écrire un livre…

Charlie Hebdo – 27/01/2016 – Edito de Riss –
Après avoir quitté le devant de la scène, il a décidé de faire son grand retour en politique. On se souvient cependant de sa prise de décision irrévocable et solennelle à la suite de sa défaite de 2012 : Nicolas Sarkozy arrête définitivement la politique Le Figaro (7/5/2012). Mais, comme César*, il a pourtant décidé de faire son grand retour en politique. Dans son nouveau livre, il pose un regard sans concession sur son parcours, revient sur ses erreurs, ses échecs.
Et César s’appelle aujourd’hui Sarkozy. Ce n’est pas Rome mais la France qu’il veut diriger à nouveau et son livre s’intitule modestement La France pour la vie. autrefois la carrière des empereurs prenait fin avec quelques coups de poignards, et les sénateurs déchus se vidaient de leur sang dans leur baignoire après s’être ouvert les veines. Pourquoi la vie politique française ne parvient-elle pas à se renouveler aussi magistralement ? A Rome, beaucoup de carrières politiques ne duraient pas le temps d’un quinquennat. En France, il y a des quinquennats qui semblent durer aussi longtemps qu’un empire. Au-dessus du Rubicon, a été construite depuis une autoroute qu’empruntent nos hommes politiques dans un sens ou dans l’autre avec leur voiture de fonction.
Juppé, Fillon, Sarkozy et maintenant Copé. Quo vadis ? A l’Élysée, comme toujours ! Une chose est sûre : c’était mieux avant. Les consuls en campagne se débrouillaient très bien sans conseillers en communication et ne se cassaient pas le derrière à écrire des livres pour convaincre la populace. Il suffisait de rentrer à Rome victorieux après avoir écrabouillé quelques peuplades lointaines, crucifié 3 000 ou 4 000 pékins et en avoir réduit en esclavage le double. Avec ça, pas besoin de passer au journal de 20 heures ou sur le divan de Fogiel pour remonter dans les sondages.
IMAG0978Sarkozy, ancien empereur des Français revient. Changé. Car cette fois, c’est sûr, il a changé. Après son échec aux européennes en 1999, il avait écrit Libre, ouvrage dans lequel il faisait déjà son mea culpa. Puis, en 2012, il s’était représenté, promettant à nouveau : « J’ai changé. » C’était bien après son passage surexcité au ministère de l’Intérieur, entre 2005 et 2007. Et voilà qu’en 2016 il revient nous dire une troisième fois « J’ai encore changé. » La carrière politique de Sarkozy est comme le visage de ces femmes botoxées qui, à vouloir changer d’aspect tous les six mois, ne ressemblent plus à rien; sauf peut-être à de vieilles autos-tamponneuses cabossées de fête foraine. La vieille auto-tamponneuse Sarkozy revient sur la piste, mais trouvera sur son chemin l’auto-tamponneuse Juppé, encore plus vieille. Mais a-t-on déjà vu une auto-tamponneuse avoir des idées pour réduire le chômage, arrêter le réchauffement climatique ou ramener dans le droit chemin des apprentis djihadistes ? Les américains ont bien élu un ancien acteur de cinéma, alors pourquoi pas en France une vieille auto-tamponneuse ? 
Pour revenir en politique, il faut écrire un livre. pourquoi ? Parce qu’un livre vaut mieux qu’un long discours. De Villiers a vendu 150 000 exemplaires du sien. Fillon 85 000 et Juppé 15 000. Sarkozy fera-t-il mieux que ces trois Flaubert de Géant Casino ? C’est au nombre de livres vendus qu’on jauge l’avenir d’un homme politique, et pas au nombre d’idées originale qu’on y lit. Alors, sans arrière-pensée aucune, souhaitons bonne chance à Nicolas Sarkozy pour reconquérir le cœur de tous les couillons  qui voudraient le voir revenir à l’Élysée. 
140616-manuel-valls-cambonMais ironiser sur la droite est toujours un peu facile, et nous n’échapperons pas à l’épreuve d’examiner un jour l’état de la gauche. Cette pauvre gauche ! Elle qui voulait inverser la courbe du chômage, inverser la courbe des départs pour le djihad, inverser la courbe des agriculteurs en colère, inverser la courbe des cancers de la prostate et celle des frelons asiatiques, etc. A quand une gauche qui voudra inverser la courbe de la gauche-qui-veut-inverser-les-courbes ? Quand la gauche aura-t-elle l’ambition de faire autre chose que tordre la réalité plutôt que de la créer ? La droite se met à genoux sur le chemin de Compostelle pour expier et sortir du purgatoire. et la gauche, que fera-t-elle pour reconquérir ce truc bizarre qu’on appelle le peuple ? Les congés payés ? c’est déjà fait. L’abolition de la peine de mort ? Affaire réglée. Le goulag ? Les Français ne comprendraient pas. Le retour de la grille de loto à 2 euros ? Bruxelles est contre.
On le voit, la marge de manœuvre est étroite. Un grand chantier s’ouvre à gauche. un grand chantier qui commence par creuser un grand trou. reste à savoir si on y coulera des fondations ou si on y déposera un grand cercueil. 
*Pour arriver au pouvoir, César développa activement ses relations, dépensant beaucoup en réceptions, et entamant le parcours politique classique dans Rome : tribun militaire, questeur (gardiens du Trésor public, chargés des finances…), puis édile (magistrat), il capte la faveur du peuple en rétablissant le pouvoir des tribuns de la plèbe (les représentants du peuple). Chargé de l’organisation des jeux, il emprunte massivement pour en donner de spectaculaires (chez l’ancêtre de Bygmalion déjà…), alignant selon Plutarque le nombre record de 320 paires de gladiateurs.

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