Politique – Nicolas Sarkozy met le parti à sa main

LE MONDE | 30.01.2016
Il a beau y penser tous les jours, Nicolas Sarkozy n’est pas encore candidat à la primaire à droite pour la présidentielle de 2017. Pourtant, il s’y prépare activement.
D’abord avec son livre, La France pour la vie, publié le 25 janvier, dans lequel il tente de rafraîchir son image profondément écornée. Ensuite, avec le tour de France qu’il a entamé mi-janvier pour partir à la rencontre des Français. En coulisses, le président des Républicains (LR) s’attelle à une autre tâche, non moins stratégique : faire du parti sa machine électorale pour la primaire.

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Nicolas Sarkozy à Strasbourg, le 26 janvier 2016 FREDERICK FLORIN / AFP
Après avoir enterré l’UMP, M. Sarkozy poursuit la refondation de la formation de droite avec les élections internes des 30 et 31 janvier, renouvelant les instances départementales. Comme le stipulent les nouveaux statuts, l’ensemble des présidents de fédération sera élu pour la première fois au suffrage universel des militants. Cette démocratisation n’empêche pas l’ancien président de la République d’asseoir son emprise sur le parti. Les cent secrétaires départementaux seront en effet tous nommés par lui. Ces sortes de « préfets » de LR auront en charge l’organisation des fédérations et seront les animateurs de la vie militante. Autant de relais de terrain précieux pour mobiliser les adhérents en vue de la primaire. Un « verrouillage » du parti assumé par les sarkozystes.
« Un président de parti n’est pas obligé de nommer des secrétaires départementaux qui lui soient opposés, sourit Eric Woerth. Il est rare qu’un président fasse en sorte que le parti lui échappe… »
Ménage au sein de la direction
Ce week-end d’élection interne n’est qu’une nouvelle étape dans l’emprise croissante de M. Sarkozy sur sa formation. Après les régionales, il avait d’abord fait le ménage au sein de la direction, en évinçant sa numéro 2, Nathalie Kosciusko-Morizet, jugée trop centriste. A sa place, il avait promu Laurent Wauquiez, figure de l’aile droitière de LR. Et placé quatre de ses lieutenants au porte-parolat : Guillaume Larrivé, Valérie Debord, Brigitte Kuster et Guillaume Peltier. Autre signe de cette « sarkozysation » du parti : le président de LR a l’intention de proposer son conseiller politique, Luc Chatel, comme candidat à la succession de Jean-Pierre Raffarin à la tête du conseil national, les 13 et 14 février. En plaçant un de ses fidèles à un poste-clé, M. Sarkozy prépare l’avenir : l’ex-ministre de l’éducation pourrait le remplacer à la tête du parti lorsqu’il se lancera dans la campagne officielle de la primaire.
Si certains de ses proches ont toujours redouté que la fonction de chef de parti ne le rabaisse, l’ex-chef de l’Etat a, lui, décidé de profiter jusqu’au bout de cet atout pour rester au cœur du jeu et imposer son agenda. Lors du conseil national, il tentera d’imposer sa ligne politique à ses rivaux, en plaidant pour une grande fermeté sur le régalien (immigration, sécurité…). Jusqu’en juin, il conclura les conventions thématiques devant alimenter le projet du parti. Et il conserve enfin dans sa manche une carte maîtresse pour calmer les éventuelles velléités contestataires de ses députés : M. Sarkozy a l’intention d’attribuer les investitures pour les législatives au mois de juin. Un argument de poids pour attirer des soutiens. Lorsqu’il aura usé de cet atout, il pourra alors se déclarer candidat à la primaire. Le plus tard possible.
Jusque-là, la rue de Vaugirard, où siège le parti, sera sa base arrière pour occuper le terrain médiatique. Reste que cette position de « président-candidat » est ambiguë. M. Sarkozy est-il encore président du parti ou déjà candidat ? Les déplacements qu’il a entamés depuis le début de l’année semblent davantage s’inscrire dans la campagne de la primaire. Le 15 janvier, il était à Anet, dans un village d’Eure-et-Loir, pour « se rapprocher des Français », selon son entourage. Une opération de communication visant à montrer que le lien n’est pas cassé et donc préparer sa future candidature. Cinq jours plus tard, il s’envolait à Nîmes pour deux jours de visite de terrain.
Mardi 26 janvier, il aussi participé à une séance de dédicaces à la librairie Kleber à Strasbourg pour son livre. Un mail interne de LR a été envoyé à tous les militants pour les inciter à « précommander » son livre, qui n’est certes « pas un acte de candidature », mais un élément essentiel de la reconquête. Cette publicité a énervé le camp d’Alain Juppé. « Bonsoir@lesRepublicains pourriez-vous adresser le même mail pour les livres de@FrancoisFillon et@AlainJuppe ? Merci », a ironisé Gilles Boyer, le directeur de campagne du maire de Bordeaux sur Twitter. « Il y a une tradition. On a toujours annoncé les actions du président. Cela ne veut pas dire que pour les autres nous ne faisons rien », se défend le sénateur sarkozyste Roger Karoutchi. Avant d’ajouter :
« Quand Alain Juppé ou Jean-François Copé ont été président du parti, ils ne se sont jamais posé la question… »
« Une période grise »
A demi-mot ou publiquement, les autres candidats commencent à s’irriter de la double casquette de M. Sarkozy. « Cette situation ne serait acceptée dans aucune démocratie moderne », peste un candidat, sous couvert d’anonymat. Une précaution que ne prend pas Hervé Mariton, candidat déclaré, très remonté contre M. Sarkozy depuis le début de l’année. « Ça n’est pas heureux pour la clarté du débat que le président du parti soit candidat à la primaire. Cela pose un problème de gouvernance, juge le député de la Drôme. L’autre problème est que la campagne officielle dure deux mois et demi alors qu’en réalité elle commence bien plus tôt. »
Les sarkozystes rétorquent que les autres prétendants n’avaient qu’à s’emparer du parti au moment de l’élection à la présidence, à l’automne 2014. Et surtout, M. Sarkozy n’enfreint aucune règle. La charte de la primaire l’autorise en effet à cultiver cette ambiguïté. Selon ce document, le président de LR devra démissionner au plus tard le 9 septembre, date officielle du dépôt des candidatures. « Nous sommes dans une période grise, une période ante déclaration de candidature, pendant laquelle les choses ne sont pas clarifiées. En fonction du climat politique ou si un autre candidat nous interpelle là-dessus, nous n’hésiterons pas à nous prononcer sur cette question », prévient Anne Levade, présidente de la Haute Autorité de la primaire.
Retrouver M. Sarkozy en « président-candidat » rappelle la campagne pour la présidentielle de 2012, quand il s’était lancé le plus tardivement possible pour profiter jusqu’au bout de sa position de chef de l’Etat. A l’époque, la gauche avait râlé contre certains déplacements, en suspectant un mélange des genres. Cette fois-ci, le président du parti LR fait face à une autre opposition.
Lire aussi : L’année de tous les dangers pour Nicolas Sarkozy
Matthieu Goar
Journaliste au Monde
Alexandre Lemarié
Journaliste en charge du suivi de la droite et du centre

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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