Hollande pilonne sa gauche sociale

Le Canard Enchaîné – 03/02/2016 – Alain Guédé –
Les 35 heures lessivées, les chômeurs à l’amende, les syndicats au rancart, le Président met la barre à droite toute. Une stratégie pour 2017 ou pour… 2022 ?   
Une véritable salve d’artillerie. En quelques jours, le gouvernement a balancé sur le front social quelques projectiles de gros calibre. Valls a annoncé la dissolution lente des 35 heures, avec la réforme des heures supplémentaires. Tout en jurant qu’il n’était pas question d’y toucher.
La ministre du travail Myriam El Khomri, petite main de l’Élysée, a proposé d’instauré une dégressivité des allocations de chômage. Succès assuré auprès des syndicats. Et, si cela ne suffisait pas, elle a repris l’idée de « referendum » au sein des entreprises. Une façon de pulvériser les accords de branches professionnelles et les négociations nationales. Une véritable déclaration de guerre aux centrales syndicales et à leurs dirigeants. Pas sûr que la droite aurait osé une attaque aussi brutale et, apparemment coordonnée.
Hollande_la_gauche_la_droiteQue cherche donc Hollande ? Dans les états-majors syndicaux et politiques, on se gratte le crâne. A quoi ressemble cette stratégie de la terre brûlée, au moment ou la logique voudrait que le Président regroupe son camp ? Jean-Claude Mailly, patron de FO, a son idée. Il l’explique au « Canard » : « Hollande a une démarche politicienne, il joue à droite pour être présent au second tour de la prochaine présidentielle. » C’est exactement ce que théorise l’entourage d’Emmanuel Macron à Bercy. « Sachant que la France se trouve droite, Hollande se dit qu’il n’y aura finalement que des candidats de droite, analyse un des proches du ministre de l’Économie. Lui, du centre droit, Juppé, de la droite classique et Marine Le Pen, de l’extrême. »
Syndicats accrochés aux branches 
Et, si cela ne marche pas, Hollande peut espérer partir en laissant derrière lui l’image de celui qui a lancé des réformes impopulaires mais nécessaires. Un peu comme le feu chancelier Gerhard Schröder, parti sous les huées de son camp et aujourd’hui encensé. Autrement dit, Hollande passerait son tour : rendez-vous en 2022 ?
ob_e38bf6_108519907-jpgCuriosité supplémentaire : les syndicats, toutes tendances confondes, et même les plus conciliants, sont sonnés et tardent à organiser la riposte. La CGT n’a pas encore donné de la voix. Pour Véronique Descacq, secrétaire générale adjointe de la CFDT, « il est hors de question de laisser au patronat l’initiative d’organiser de tels referendums« . Jean-Claude Mailly grogne que la manœuvre est tout simplement destinée à « court-circuiter les syndicats« . Et Carole Couvert, présidente de la CFE-CGC, renchérit : « les syndicats tirent leur légitimité des élections dans les entreprises. C’est donc avec eux qu’il faut pratiquer le dialogue social. » Circonstance aggravante, c’est en dehors de toute concertation que les syndicalistes ont appris le nouveau câlin que Hollande préparait pour Gattaz : les heurs sup pourront être négociées dans les entreprises, c’est-à-dire là où les représentants des salariés sont les plus faibles, et non plus dans les branches professionnelles.
Dégressif et dépressif
C’est sur l’indemnisation des chômeurs que le gouvernement enfile le plus grossièrement les habits du Medef. La cause paraît entendue : avec un déficit cumulé d’une trentaine de milliards attendu pour la fin de l’année, les chômeurs doivent se préparer à se serrer la ceinture. Et, surtout, il faut inciter ces paresseux à reprendre au plus vite un boulot, en instaurant une dégressivité de leurs allocs.
Mais l’assurance chômage est une association régie par la loi de 1901, dans laquelle l’État ne devrait pas fourrer son nez, les décisions étant prises au terme d’une négociation entre les syndicats et les organisations patronales.  Sauf qu’en cas de blocage, il arrive à l’État de jouer un rôle d’arbitre. Lors de ses vœux, Hollande a clairement choisi de soutenir les exigences patronales, notamment la dégressivité. « Il fait le boulot des patrons ! hurle Mailly. Gattaz sait qu’il n’a même pas besoin de négocier, car, à la sortie, une loi reprendra ses propositions. » Pour une fois, la CFDT est presque d’accord avec FO.
Et chacun de se demander si le vrai Premier ministre ne serait pas le patron du Medef…

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