Comment UBS a organisé une fraude fiscale massive en France : La banque suisse, poursuivie pour  » blanchiment de fraude fiscale » est accusée d’avoir dissimulé entre 13 et 23 milliards d’euros au fisc français.

LE MONDE | 17.02.2016

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La Justice a mis la main sur un listing de 38 300 comptes, discrètement ouverts par des français dont beaucoup sont en voie de régularisation.
Fraude fiscale : les secrets du «  système UBS » :  « Le Monde «  a eu accès aux documents qui détaillent comment la banque suisse a incité des milliers de français à échapper à l’impôt. Premier volet d’une plongée dans une vaste entreprise d’évasion fiscale.
Cinq ans après son déclenchement, l’enquête judiciaire sur la banque suisse UBS est quasiment bouclée. Le Monde a eu accès aux milliers de documents révélant un vaste système de fraude fiscale généralisée. L’opération SwissLeaks, concernant HSBC Private Bank, dévoilait une fraude à l’échelle planétaire. Un an après, il s’agit, cette fois, d’illustrer à quel point la France fut dans les années 2000 le terrain de chasse privilégié des banquiers suisses, qui ont soustrait des milliards d’euros à la comptabilité publique et aux ­recettes fiscales du pays.
Même si les fraudeurs sont rarement poursuivis au pénal, dissimuler son argent au fisc est un délit. Inciter à le faire aussi : UBS AG, numéro un mondial de la gestion de fortune, est poursuivie par les juges Guillaume Daïeff et Serge Tournaire pour « blanchiment ­aggravé de fraude fiscale » et « démarchage ­illicite », pour des faits commis entre 2004 et 2012, et trois de ses anciens salariés sont visés par un mandat d’arrêt.
La banque devrait être renvoyée dans les mois qui viennent devant le tribunal correctionnel de Paris. Elle encourt une amende de plusieurs milliards d’euros, soit la moitié du montant global des valeurs dissimulées. C’est toute son économie et sa santé financière qui pourraient être bousculées.
Le juge Daïeff évaluait en 2014 les actifs français occultes d’UBS entre 13 et 23 milliards d’euros. Chiffre contesté par la banque, qui a pourtant déjà dû s’acquitter d’une caution judiciaire record de 1,1 milliard d’euros. Montant vertigineux, d’autant que la France ne représente que 7,5 % des valeurs collectées par la banque – d’autres enquêtes sont en cours en Belgique et en Allemagne.
Côté français, l’enquête l’atteste : jusqu’en 2012, UBS AG, la maison mère, a organisé en France un vaste système de fraude fiscale. Les fraudeurs ont des profils très divers. Des motivations différentes aussi, qui ont poussé Bercy à établir une distinction entre eux. L’ex-footballeur Bixente Lizarazu a rapatrié sur des comptes français déclarés 9,2 millions d’euros en 2014, mais il est considéré du point de vue de Bercy comme un fraudeur « passif ».
Un fraudeur passif est pour le fisc une personne ayant un compte suisse non déclaré, à la suite par exemple d’un héritage, mais qui n’a pas nécessairement cherché à frauder. C’est aussi le cas de l’actrice Valeria Bruni ­Tedeschi et ses 1,8 million d’euros revenus de Suisse. Ou de la famille de la couturière Sonia Rykiel, et ses 3,3 millions d’euros cachés dans une fondation au Liechtenstein, par le biais des services d’UBS.
Alors que l’ex-entraîneur de football Guy Roux, qui a fini par rapatrier en France une somme de 3,1 millions d’euros, a eu, selon le fisc, un rôle « actif » dans la dissimulation, puis l’alimentation régulière de ses avoirs. Contactés par Le Monde, tous disent être ­désormais en règle avec le fisc français. On y trouve aussi les plus riches familles de l’aristocratie française.
Ces fraudeurs ont, pour certains d’entre eux, cédé aux avances des chargés d’affaires d’UBS, qui géraient en moyenne 130 millions d’euros chacun. De fait, ces salariés du géant bancaire sont les vraies stars de la profession, eux qui se surnommaient les « chasseurs ». Ils sont aussi les acteurs principaux de ce dossier nourri de listings secrets et de mails confidentiels, d’ordinateurs saisis, de mandats d’arrêt, sur fond d’enquêteurs trop curieux aussitôt congédiés et d’administration helvétique rétive.
« Simple money »
Faibles revenus s’abstenir
« Ratissage nauséabond »
Répartition des commissions
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Simon Piel Journaliste au Monde j
Fabrice Lhomme Journaliste au Monde
Gérard Davet Journaliste au Monde

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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