Le si merveilleux naufrage d’EDF et Areva

Charlie Hebdo – 24/02/2016 – Fabrice Nicolino –
Les crétins du nucléaire nous aveint promis la lune et renvoyaient leurs opposants à la bougie et aux cavernes du paléolithique. Quarante ans plus tard, Areva est vendu à l’encan, et EDF cherche des dizaines de milliards d’euros pour continuer la fête.
EDF, ce monstre né en 1946 d’une alliance patriotarde entre staliniens et gaullistes, est en faillite virtuelle. Disons qu’une entreprise privée serait aux soins palliatifs. Comme de bien entendu, il n’est pas question de le reconnaître. Pour bien apprécier, il va falloir résumer hardiment, mais nous en avons l’habitude.
En juin 2015, après beaucoup d’atermoiements, le gouvernement reconnaît la fin d’Areva, énorme société nationale que l’État actionnaire possède à près de 90 %. Pendant quinze ans, Areva a fait extraire de l’uranium dans ces contrées lointaines ou l’on crache son nez et ses dents, puis a fabriqué avec du combustible et construit des réacteurs nucléaires vendus enfin à son cher client EDF. 
nucleaire arevaMais, tout a fini dans les pleurs. Anne Lauvergeon, jadis propulsée dans la carrière par Mitterrand, a dirigé Areva entre 2001 et 2011, et, sous son règne, le fric s’est comme dissous dans le panache de fumée des centrales. Elle s’st fait avoir par des bonimenteurs et a payé 3 milliards d’euros (d’argent public) pour des mines d’uranium où il n’y avait pas d’uranium. Et lancé le chantier miraculeux d’un prototype de nouvelle centrale – l’EPR – en Finlande, dont le coût est passé grossièrement de 3 à 9 milliards. L’EPR d’Olkiluoto devait ouvrir en fanfare en 2009, mais l’on parle désormais de 2018. Peut-être. A l’arrivée, toutes ces joyeusetés, des pertes cumulées se chiffrant en milliards d’euros et, car la justice règne, de copieuses et constantes augmentations de salaires décidées par Anne Lauvergeon pour récompenser Anne Lauvergeon.
Ça risque fort de chauffer grave
On reprend. Areva se noie et, en juin 2015, le gouvernement socialo oblige EDF – propriété d’État à près de 85 % – à en racheter une vaste partie, grosso modo la construction des réacteurs. Il était temps, car en décembre, l’agence de notation Standard & Poor’s décide de placer la dette à long terme d’Areva dans la pénible catégorie highly speculative. Très spéculatif. L’État, qui n’a, on le sait, plus un rond, promet une augmentation de capital de 5 milliards d’euros. Qu’on attend… 
CbmXdJqVAAIQAKjEDF rachète donc la division réacteurs d’Areva. Sauvé ? C’est tout le contraire, car notre Électricien préféré commence l’année 2016 sans avoir la moindre idée en tête pour financer ses projets. La parc de 58 réacteurs nucléaires géré par EDF est vieillissant. Les centrales, prévues pour durer vingt-cinq, trente, parfois quarante ans, sont systématiquement « prolongées ». Edf est même en train d’obtenir un cadeau royal : une prolongation à cinquante, voire soixante années !
Seulement, la manœuvre se heurte a de tous petits problèmes de sécurité. Présentant ses vœux en janvier, le président de l’Autorité de santé nucléaire (ASN), Pierre-Franck Chevet a lâché des mots qui ont fait trois fois le tour de la nucléosphère : « Le contexte de la sûreté et de la radioprotection est particulièrement préoccupant. Nous entrons dans une phase sans précédent, et les industriels qui portent les enjeux de sûreté sont en difficulté. » En langage codé : ça risque fort de chauffer grave. Et d’autant plus que, grâce au coup de massue post-Fukushima, EDF est obligé d’investir massivement dans la modernisation de ses vieilles choses. Pas par choix, par obligation. Combien ? On parle de 51 milliards d’euros sur dix ans, entre 2015 et 2025.
Pour comble, l’avenir est noir, car l’EPR, s’il devient un jour commercial, est une sorte de Concorde du XXIème siècle. Bien trop cher pour les pays du Sud, il est concurrencé et supplanté par les technologies russes ou coréennes qui emportent marché sur marché. Tête du pauvre Jean-Bernard Lévy, patron d’EDF, interrogé par Le Monde (17/02/2016). Il ne peut lâcher aucune vérité, car la Bourse fait perdre des centaines de millions d’euros à EDF pour chaque parole mal rabotée. Mais il ne peut se taire totalement, ce qui donne, après demande de gros sous auprès de l’État : « L’équation financière d’EDF est difficile…« 

A propos werdna01

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