La publicité débarque en force sur les antennes de Radio France : le CSA va faire semblant de décider

Le Canard Enchaîné – 02/03/2016 – Odile Benyahia-Kouider –

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Imaginez la scène : publiphobe résolu, vous êtes tranquillement en train d’écouter le journal du matin en trempant votre tartine dans le café et, d’un seul coup, vous entendez une voix stridente chanter : « Carglass répare, Carglass remplace ! » Ou encore une pub pour les pneus : « Norauto, boum ! boum ! boum ! » suivie de ce slogan : « Caaaaarrefour, j’optimise ! » Pas de doute, Vous n’êtes pas sur RTL ni sur Europe 1 ou RMC, mais bien sur France Inter ou sur France Info. Dès que le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) aura rendu son avis sur le projet de décret, le cauchemar deviendra réalité.
Saisie, le 28 janvier par le gouvernement, l’instance de régulation n’a toujours pas mis le sujet à l’ordre du jour, repoussant de semaine en semaine la délicate discussion. Le sujet devrait être examiné le 9 mars. Politiquement minée, cette réforme engage autant l’image de Radio France que celle du CSA. « le dossier est emblématique« , reconnaît-on au CSA. Et d’expliquer que le feu vert à la pub c’est le risque d’abîmer l’identité de la radio publique. Le feu rouge, c’est le risque d’un appauvrissement des contenus, faute de moyens…
Déverrouillage
Jusqu’à présent, les stations du groupe Radio France n’étaient autorisées à diffuser que des messages institutionnels (du genre campagnes gouvernementales). Les messages commerciaux étaient interdits. Le gouvernement Valls a décidé de « déverrouiller » le régime publicitaire et de parrainage des stations publiques afin de faciliter le retour à l’équilibre. Le budget 2016 de la Maison de la Radio affiche un déficit de 16,5 millions d’euros. Or il est impossible d’augmenter la redevance audiovisuelle, qui représente déjà 90% du chiffre d’affaires de Radio France.
imagesD9JFKTASLes radios privées, dont la pub est l’unique source revenus, hurlent à l' »assassinat« . Elles font valoir que le gâteau publicitaire radiophonique (726 millions d’euros en 2014) est déjà en constante diminution. Le gouvernement, de son côté, souligne qu’il prévoit de nombreuses restrictions. Ainsi, les spots pour les boissons de plus de 1,2 degré resteront prohibés. La publicité pour la grande distribution sera, en revanche, autorisée, mais pas les opérations commerciales de promotion. Ce qui devrait, en principe, limiter les novelles ressources de Radio France à 42 millions par an.
Sanctuarisation
jpg_dessin885_titom_prise_de_pubPlusieurs membres du CSA dénoncent déjà les risques que ces nouveaux spots font peser sur le « confort d’écoute » des auditeurs et réclament un encadrement plus contraignant. Le décret plafonne la durée des messages publicitaires à 17 minutes par jour, et à 3 minutes pour la sacro-sainte tranche matinale du « 7-9 ». mais il s’agit de « moyennes ». Ce dispositif en trompe-l’œil n’est, en réalité, guère contraignant. La durée effective des « pauses », en 2014, a atteint 11 minutes pour France Inter et seulement 7 minutes pour France Info…La porter à 17 minutes représente donc une sérieuse augmentation. « Il ne faudrait pas que la pub commerciale devienne une variable d’ajustement pour boucher les trous du budget de Radio France » souligne un concurrent.
Et qui vérifiera que les nouvelles règles sont respectées ? A deux reprises, au moins, en octobre 2015 et en janvier 2016, la société publique a été condamnée par le tribunal de commerce de Paris pour concurrence déloyale. La coquine avait diffusé des spots d’annonceurs non autorisés par son cahier des charges… Enfin, beaucoup souhaitent « sanctuariser » certaines stations comme France Culture ou France Musique, en décidant de les exempter totalement de publicité.
Un refrain vantant une marque de saucisson entre deux mouvements d’une symphonie de Beethoven, ça aurait de l’allure, non ? 

A propos werdna01

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