Ils sont branchés, connectés, mais ont choisi de vivre au fond des bois…

Siné Mensuel – février 2016 – Léa Gasquet –
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Rencontre avec de nouveaux Robinson : cabanes avec Wifi En Dordogne.
Depuis le mouvement de « retour à la terre » qui a suivi Mai 68, le Périgord a vu débarquer toutes sortes de jeunes gens chevelus en vans Volkswagen, mus par leur idéal libertaire et l’envie d’une vie différente de celle de leurs aînés au tempo métro-boulot-dodo. Sous le regard incrédule et souvent méfiant des habitants, il y ont acheté des terrains pour une bouchée de pain à l’époque, y ont installé leurs yourtes et leurs roulottes. Quarante ans plus tard, la Dordogne continue d’attirer de jeunes citadins en mal de sens, qui font l’expérience d’une existence plus proche de la nature et vivent dans des cabanes, tout en restant connectés.
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Avec leurs structures en bois tortueux, leurs murs en torchis aux couleurs variées et leurs toits ou s’épanouissent des herbes folles, les maisonnettes de CopeauXcabana semblent sorties d’un rêve de charpentier fou. Celle de Yogan, à qui appartient le terrain, est presque entièrement vitrée « pour être immergée dans la nature« . Isao, sa musicienne de sœur, venue trouver l’inspiration entre deux tournées, a serti la sienne de mosaïques et de vitraux. Celle de Menthé, qui se prolonge sur une longue terrasse, évoque le pont d’un bateau. C’est ici, dans la vallée de l’Homme, que Rémi a trouvé son coin de paradis. Ce trentenaire originaire de Normandie avait « un super boulot dans une super boîte d’édition« . Le job de rêve après des études aux arts déco de Strasbourg. « Mais au bout d’un an  de salariat, j’étais plus triste qu’autre chose« , confie-t-il. Il rencontre Menthé qui lui parle de sa cabane dans les bois et du collectif de charpentiers indépendants que lui et son ami Yogan voudraient créer. Il rejoint les deux copains, s’installe avec eux dans le Périgord noir, passe un CAP en candidat libre et devient charpentier à son tour. « Quand je suis arrivé, je ne savais pas planter un clou« , se souvient Rémi qui s’est rapidement adapté à la vie au grand air. une tronçonneuse à la main, le jeune homme a entrepris la construction d’une extension à sa roulotte pour l’accouchement de sa compagne, Charline, enceinte de sept mois.
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Réinventer les communautés
Au chaud dans la cabane-cuisine, Charline prépare le déjeuner avec Menthé. Son épaisse chevelure blonde encadre les traits fins de son visage. comme la moitié des habitants de CopeauXcabana, elle ne vit pas ici toute l’année. L’été elle est bergère et apicultrice. L’hiver, animatrice dans les écoles. « Il n’y a pas vraiment de règles ici, la vie de groupe s’organise d’elle-même », assure-t-elle. A l’heure des repas, tout le monde se retrouve autour de la grande table en bois clair. Copo, le chat, reste à la porte. Ils sont une dizaine ce jour-là, ont tous entre 27 et 32 ans, bien dans leurs pompes. Réfutant le terme de communauté, « trop connoté », ils préfèrent se définir comme un collectif qui vit et travaille ensemble la majorité du temps. Depuis leur rencontre, le projet de Yogan et Menthé a pris forme. Les charpentiers ont mutualisé leurs outils et créé le collectif CopeauXcabana. grâce à un crowfunding et un chantier participatif, ils ont construit un atelier ouvert, surmonté d’un toit dans le plus pur style périgourdin. La réputation de leur savoir faire traditionnel les a fait connaître dans la région et même au-delà. Leurs démonstrations de techniques centenaires bluffent les voisins les plus sceptiques. « Les gens du coin ne jurent que par le travail. On a du montrer qu’on était pas des branleurs. Quand ils nous voient faire un équarrissage à la hache, ça force le respect« , s’amuse Yogan.
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Autonomes pas marginaux
Pour cet enfant du pays, élevé par des parents babas cool, son choix de vie mêle envie de liberté, préoccupation pour les questions écologiques et argument économique. Une cabane coûte entre 400 et 800 euros pour 15 m2 avec une mezzanine et un poêle en sus. « Six mois dans un appart avec 200 euros de loyer, fais le calcul… Pour ce prix là, tu as une super cabane ! » calcule-t-il. « On a presque tout à portée de main : le bois de la forêt, de l’argile blanche ou orangée, du sable rose. » Les frais d’électricité, de gaz, d’eau et de nourriture sont répartis entre les habitants : environ 5 euros par jour.Thomas, charpentier lui aussi et vigneron improvisé, à l’ambition de produire le vin du domaine avec la parcelle de vigne de la propriété. Mais la piquette qu’il prépare, de son propre aveu, n’étanche pas la soif.  Les quelques arbres fruitiers et le coin de potager ne suffisent pas non plus à nourrir les membres de la tribu. Cela dit, leur but n’est pas de vivre en autarcie, ils aiment aller au marché du village deux fois par semaine. Ils ne sont ni en rupture avec le système, ni totalement décroissants. Ils ont des toilettes sèches et des smartphones. ils achètent des produits locaux et se commandent des bouquins dur internet. « C‘est la vie moderne dans les bois« , s’amuse Isao.
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Voir :  les sites  http://copeauxcabana.over-blog.com/ et   http://yogan.over-blog.com/

A propos werdna01

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