Sciences – Quel est le secret du tardigrade, l’animal qui survit à tout ?

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 22.02.2016
Oursons d’eau immortels

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Image colorisée d’un tardigrade (« marcheur lent »), observé au microscope électronique. SPL /EYE OF SCIENCE/ BIOSPHOTO
Pour les biologistes, la cryptobiose désigne l’état d’un animal dont l’activité métabolique est suspendue. Souvent décrites chez des organismes de la méiofaune – les animaux dont la taille est comprise entre quelques dizaines de microns et un millimètre –, ces périodes de vie inactive sont destinées à permettre à un individu de résister à des changements survenus dans son environnement jusqu’à ce que les conditions redeviennent favorables. Et cela peut durer très longtemps, comme le montrent les travaux d’une équipe japonaise.

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Megumu Tsujimoto (Institut national pour la recherche polaire, Tokyo) et ses collègues ont retrouvé, dans des échantillons de mousse conservés durant trente ans à – 20 °C dans un réfrigérateur, des spécimens figés d’un minuscule invertébré nommé « tardigrade ». Ils expliquent dans la revue Cryobiology avoir réussi à ressusciter et à faire reproduire ces petites bêtes qui avaient été congelées en 1983 !
atardigrade_mediumAvec leurs huit pattes dotées de griffes non rétractiles, leur croissance par mues successives et leur corps d’un demi-millimètre de long, en moyenne, dépourvu de cils locomoteurs, les tardigrades ou « oursons d’eau », comme on les appelle parfois, forment un embranchement du règne animal proche des arthropodes. Constitué d’un millier d’espèces marines d’eaux douces et terrestres, le groupe est largement représenté sur notre planète, où on le retrouve partout : des hauteurs de l’Himalaya, à 6 600 mètres d’altitude, aux profondeurs des océans, 4 000 mètres au-dessous de la surface des mers !
« Exceptionnelle tenue au froid »
« En effet, ces animaux, découverts au XVIIIe siècle à l’aide des premiers microscopes et dont l’habitat terrestre est souvent constitué de mousses, sont connus pour leur extraordinaire résistance », explique Alain Couté, professeur au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) à Paris. Une fois plongés dans un état de cryptobiose, rien ne semble en mesure d’en venir à bout ! Des tests réalisés en laboratoire, mais aussi, en 2007 et en 2011, à bord de la capsule spatiale russe Foton-M3 et de la navette américaine Endeavour (NASA) ont montré que les tardigrades peuvent supporter durant des heures – voire des mois – les conditions les plus extrêmes : température de 150 °C, pression de 74 000 atmosphères, vide absolu, rayonnement UV, ionisant et cosmique intenses et même plongées dans des gaz asphyxiants ou des liquides décapants dont l’alcool à 100 degrés !
« A cela s’ajoute, déclare Cédric Hubas du MNHN, une exceptionnelle tenue au froid. » Soumis pendant vingt heures à des températures proches du zéro absolu (– 273,10 °C), certains de ces organismes ont survécu. Quand d’autres ont ressuscité après un séjour de vingt mois dans de l’azote liquide à – 200 °C !

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La découverte de Megumu Tsujimoto et ses confrères a consisté, tout d’abord, à reconnaître dans des mousses qui avaient été recueillies lors d’une expédition en Antarctique des individus potentiellement viables. Pour se protéger du froid, les tardigrades, tout comme certains nématodes et rotifères, se placent dans un état de cryptobiose particulier appelé « cryobiose ». « Il consiste pour ces organismes à remplacer 90 à 95 % de leur eau par un sucre, le tréhalose, qui, en se fixant sur les membranes des cellules, maintient leurs structures intactes », explique Eric Quéinnec de l’Institut de biologie Paris-Seine. Au terme de cette opération qui fait aussi intervenir des protéines antigel, l’individu est ratatiné et en boule, formant un tonnelet. L’équipe japonaise a repéré plusieurs tonnelets et œufs susceptibles d’être ressuscités. Puis a procédé à leur décongélation et à leur réhydratation. Miracle de la vie : au terme de huit jours d’attente, l’un des œufs a éclos et au bout de dix l’un des adultes s’est remis en mouvement. Ces miraculés des longs hivers frigorifiques se sont ensuite tranquillement reproduits.
Vahé Ter Minassian Journaliste au Monde

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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