Agriculture bio : le succès fait exploser l’enveloppe

La Nouvelle République 15/03/2016
Indre-et-Loire – L’enveloppe régionale prévue jusqu’en 2020 a déjà été consommée ! En cause, une explosion des conversions en 2015, que l’assèchement des aides fragilise.

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L’engouement des consommateurs pour le bio entraîne une augmentation sensible des conversions ou installations agricoles en bio. Plus vite que prévu ! – (Photo archives NR)
avignes bio586b9052DEFAULTSi j’ai choisi de convertir le domaine en bio, c’est pour une raison éthique, pas économique. Mais ces aides, ce n’est franchement pas du luxe. S’il faut faire sans, ça va être encore plus dur… Valérie Forgues n’est pas du genre à se plaindre. Mais cette vigneronne dynamique de la vallée du Cher vient de réaliser que les aides 2015 auxquelles elle a droit pour accompagner sa conversion pourraient ne jamais arriver.
Son cas est loin d’être unique. Car la région Centre – Val de Loire est une des deux régions de France à avoir déjà consommé l’intégralité de l’enveloppe européenne, destinée au soutien de l’agriculture biologique. Une enveloppe de 20 M€ (*), complétée par une participation de l’État de 5,5 M€, qui aurait dû permettre d’intervenir jusqu’en 2020 !
3.000 hectares en 2014 13.500 en 2015 !
Ce budget, géré pour la première fois par la Région, aurait-il été sous-estimé ? « C’est vrai en partie, répond Jean-François Vincent, président de l’association régionale Bio Centre, nous avions alerté la Région dès février 2014 sur la répartition de l’aide européenne, trop faible à nos yeux. Mais il est également vrai que les conversions bio déclarées en 2015 ont littéralement explosé. »
Deux chiffres suffisent à confirmer cette explosion : en 2014, 3.000 hectares agricoles sont entrés en conversion bio en Centre – Val de Loire, en 2015 (estimation au 10 décembre), 13.500 ha ! « Or l’enveloppe devait permettre d’assumer, entre 2014 et 2020, la mise en conversion de 17.000 ha, précise Jean-François Vincent. On y est déjà ! »
D’autant que cette enveloppe doit aussi financer l’aide des précédents convertis (pendant 5 ans), et donner un coup de pouce au maintien (après les 5 ans). « Même si nous sommes moins dépendants des prix des marchés, il n’est pas simple partout de monter des filières qui soient rémunératrices. »
VALERIE FORGUESLe 10 décembre dernier, le conseil régional agroenvironnemental et climatique (Craec), instance officielle regroupant la Région, l’État et les professionnels, a décidé de réduire un peu les plafonds d’aides, pour pouvoir au moins assurer les demandes 2015, mais en consommant l’intégralité de l’enveloppe. « Nous avons une prochaine réunion du Craec le 17 mars, qui devrait valider cela, avance Jean-François Vincent. Mais il va falloir trouver des solutions pour 2016 et la suite. Il ne faudrait pas que le mouvement de fond vers le bio soit mis en péril. »
Au milieu de ses vignes en conversion depuis 2013, Valérie Forgues n’en pense pas moins.

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 (*) Million d’euros
en chiffres
> Conversions 2015 en Centre – Val de Loire. Nombre de fermes par département où de nouvelles surfaces en conversion bio ont été déclarées pour la PAC 2015, selon les estimations fournies à la Craec le 10 décembre dernier :
Cher : 60 fermes et 5.000 ha. Indre : 53 fermes et 3.100 ha. Indre-et-Loire : 81 fermes et 2.700 ha. Loir-et-Cher : 32 fermes et 1.277 ha. Loiret : 27 fermes et 650 ha. Eure-et-Loir : 21 fermes et 630 ha. Soit pour la région Centre – Val de Loire, un total de 275 fermes et 13.500 ha ayant entamé une conversion bio.
> Montant des aides à la conversion et au maintien. Elles vont de 900 € (600 € pour le maintien) par hectare et par an pour le maraîchage à 350 € (150 €) pour les vignobles, ou encore 300 € (160 €) pour les cultures céréalières.
> Plafonds régionaux des aides. Pour tenter de répondre aux demandes 2015, le Craec a décidé le 10 décembre de plafonner les aides à la conversion à 25.000 € par ferme, et 10.000 € pour le maintien.
Catherine Simon

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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