Slovaquie : le socialisme le plus à l’extrême droite d’Europe

Charlie Hebdo – 116/03/2016 – Jean-Yves camus –
Un petit coup d’œil vers l’Europe centrale devrait rassurer les frondeurs et les déçus du PS : il existe des socialistes encore moins à gauche que François Hollande et Valls.
Sans titre« Le Smer-Sd est un parti soci0al-démocrate fait pour un pays catholique et conservateur. » Le ministre slovaque de la Culture ferait-il de l’humour au détriment de sa propre formation ? Non, il est sérieux. Et pourquoi se priverait-il de lever le masque sur ce que représente réellement Smer (« la direction » dans le sens de « la bonne voie« ), le parti du Premier ministre sortant, Robert Fico ? Même sévèrement taclé par les électeurs lors du scrutin du 5 mars (28 % des voix, contre 44 % auparavant), ce populiste de gauche – qui ne veut aucun musulman dans son pays et qui a porté plainte devant a Cour de justice de l’Union européenne pour contester le quota des migrants – va prolonger son bail, alors même que la Slovaquie prendra, le 1er juillet, la présidence tournante de l’Europe.
Fico a fait campagne sur un thème porteur : la supposée invasion des migrants, une vraie aubaine dans un pays où il n’a jamais existé plus de quelques centaines de musulmans – généralement arrivés de Syrie ou d’Irak au temps du communisme pour étudier à l’université – et que la religion ne travaille pas vraiment. Clairement déterminé à imiter l’orientation idéologique des autres pays du groupe de Visegrad (groupe informel réunissant quatre pays d’Europe centrale : la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, et la Slovaquie, soit un nationalisme très autoritaire et très sceptique vis-a-vis de la diversité culturelle comme de l’intégration,le chef du Smer aurait dû voir se braquer sur lui les regards de ses camarades socialistes. Or il n’en a rien été.
Slovaquie-Hongrie-carte-Courrier-InternationalAussi incroyable que cela puisse paraître, Smer  appartient au Parti socialiste européen. Fico est issu de la gauche. Il n’a éradiqué ni la corruption, ni les grands disparités économiques entre les régions, ni les problèmes de minorité hongroise et rom – mais au plan fiscal et économique, il a « fait dans le social », donnée essentielle dans un pays dont la croissance repose sur l’industrie, notamment automobile. Admis, donc au sein du parti social-démocrate européen, il en a pourtant été exclu en 2006 pour avoir inclus les nationalistes du Parti national slovaque (SNS) dans sa coalition gouvernementale. Il est vrai que le SNS reste l’héritier idéologique de Monseigneur Tiso, fondateur et 1938 de la première Slovaquie indépendante et, à ce titre, encore populaire malgré son rôle moteur dans l’extermination des juifs. Le courage politique ayant ses limites, Smer avait été réintégré au sein de la fraternité social-démocrate en 2008, sans même que les ministres SNS aient démissionné du gouvernement…
Un peuple chrétien dans une Europe Chrétienne
Les socialistes européens ont-ils décidé de fermer les yeux sur le cas Fico ?  Pour l’instant, ils ont une excuse : le nouveau Parlement est tellement hétérogène que Smer mettra des semaines, voire des mois avant de former une coalition. Cependant, alors que le SNS et ses 89,6 % de voix redeviendrait pour Fico un allié possible, une drôle de petite musique court à Bratislava et au-dehors. Il se dit que si cela advenait, ce ne serait pas si grave, car Andrej Danko, le nouveau dirigeant du SNS aurait « dédiabolisé »(on a déjà entendu ça) son parti.
En y regardant de près, tout est relatif. Le programme adopté par le SNS en 2015 reste partisan d’un « État populaire », pour un peuple chrétien dans une Europe Chrétienne. Ce n’est pas toujours un parti conservateur classique : il s’est juste fait doubler par Fico sur le créneau anti-immigration et anti-islam. Et il a dû se démarquer d’un concurrent qui le talonne avec ses 8 % : Notre Slovaquie (LSNS), du néofascsite – certains disent néonazi – Marian Kotleba.
Toute l’affaire est de degré : le SNS, c’est l’ultranationalisme en costume de ville, et le LSNS, sa version en treillis-rangers. Reste que la matrice est la même. Et qu’il est un peu facile de focaliser les critiques sur un parti néonazi, le LSNS, dont personne ne veut pour allié, tout en fermant les yeux face à une éventuelle intégration du SND au gouvernement.
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Sur le dossier des migrants comme dans la crise grecque, Robert Fico, social-démocrate qui flirte souvent avec les populistes, prend régulièrement des positions tranchées, risquant de mettre en péril la solidarité européenne.

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