L’intelligence, une question d’évolution ? Non, nos ancêtres étaient plus futés que nous : Une vision à contre-courant sur l’évolution de l’humanité

L’obs Le PLUS 21-03-2016 à Par Jean-Paul Fritz Chroniqueur sciences
LE PLUS. Devons-nous vraiment nous enorgueillir d’être une espèce intelligente ? Non, estime Jean-Paul Fritz. Là où nos ancêtres devaient redoubler d’intelligence pour survivre, nous n’avons plus qu’à allumer notre smartphone et nous laisser guider.
Notre contributeur nous livre une vision à contre-courant sur l’évolution de l’humanité et de ses capacités intellectuelles. Démonstration. Avec un zeste de provocation.

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L’intelligence ne serait pas le but de l’évolution. Image d’illustration. (Flickr)
Je n’aurais jamais cru que j’écrirais une chose pareille, mais Sarkozy a peut-être raison. Tout au moins, l’une de ses dernières petites phrases en date recèle peut-être un fond de vérité, lorsqu’il se paye Juppé, Fabius et quelques autres sur le sujet de l’intelligence qu’on leur prête. « Fabius a un talent fantastique. Juppé une intelligence remarquable. Sans doute. Ça décrit une forme d’échec », lançait l’ancien président.
La revanche des « nerds » et autres « geeks »
Alors que l’on a tendance à mettre l’intelligence (supposée) sur un piédestal, cela va peut-être à contre-courant… à moins que cela ne soit en adéquation avec l’évolution de l’espèce. De quoi faire réfléchir à une vision, certes un peu provocatrice, du monde d’aujourd’hui par rapport à notre lointain passé.
chimpanCertes, l’intelligence pratique nous a permis de progresser et de créer une civilisation technologique, des premiers outils en silex taillé aux super-ordinateurs actuels. En comparaison avec nos lointains ancêtres primates ou nos « cousins » chimpanzés, gorilles et autres bonobos, nous sommes paraît-il la seule espèce véritablement intelligente.
À l’heure où les « nerds » et autres « geeks » remontent péniblement la pente pour s’imposer face aux gros bras qui les persécutaient à l’école, cela devrait être réconfortant. Peut-être.
Mastiquer moins pour parler plus
Sans tenter de donner une définition à l’intelligence, large ou restrictive selon qu’elle inclue les divers degrés d’intelligence animale (voire végétale) ou simplement celle de l’espèce dominante (nous), elle pourrait n’être qu’un petit élément parmi d’autres et non pas la suprême finalité de l’évolution.
Par exemple, une étude récente lie le développement de la parole non pas à celui des capacités cérébrales, mais à l’utilisation d’outils qui ont permis aux premiers hominidés de découper la viande en tranches.
Ainsi, les chimpanzés passeraient six heures par jour à mastiquer fruits et morceaux de viande, avec des mâchoires beaucoup plus puissantes que les nôtres, et similaires à celles de nos très lointains ancêtres. Le fait d’avoir des outils de pierre pour réduire leur nourriture en plus petits morceaux aurait permis, selon l’étude, aux hominidés de ne plus avoir autant besoin de mâcher, avant même la domestication du feu et les joies de la viande cuite. Dents et mâchoire plus petites auraient eu un avantage certain dans le développement des attributs physiques qui ont permis… le développement de la parole.
Le T-Rex, pas plus gros qu’un cheval 
Certes, on pourrait objecter que c’est l’intelligence qui a permis de fabriquer les premiers outils, mais aujourd’hui, tant les chimpanzés que les corbeaux en utilisent, et ce n’est pas pour autant qu’ils ont inventé la télévision. Quoiqu’en y réfléchissant bien, ce dernier point serait peut-être un signe d’intelligence supérieure, au contraire.
Difficile pourtant de nier qu’un développement des capacités cérébrales puisse avoir été un avantage évolutionnaire… même pour les fameux T-Rex.
aancetre du roi des dinausCeratopsiensUne équipe de scientifiques vient en effet d’étudier un ancêtre du « roi des dinosaures », qui n’était pas plus gros qu’un cheval.
En revanche, il avait déjà développé un cerveau le dotant de capacités sensorielles qui ont, selon l’étude, permis à l’espèce de se développer jusqu’à devenir le prédateur géant au sommet de la chaîne alimentaire de son époque.
L’intelligence n’est peut-être pas le but de l’évolution
Pourtant, il existe des objections au fait que l’intelligence soit le but ultime de l’évolution.
Ainsi, le physicien et futurologue Michio Kaku explique non sans humour que « certaines personnes pensent que l’intelligence est le plus grand triomphe de l’évolution. Si c’était vrai, il devrait y avoir davantage de créatures intelligentes sur la planète Terre. Mais à notre connaissance, nous sommes les seuls… »
« Nous les humains modernes sommes sur Terre depuis grosso modo une centaine de milliers d’années, juste une petite fraction des 4,5 milliards d’années d’existence de la Terre. Aussi, on en arrive à la conclusion plutôt étonnante que l’intelligence n’est pas vraiment nécessaire. Que Mère Nature s’en est parfaitement bien sortie avec des créatures inintelligentes pendant des millions d’années », renchérit-il.
Une thèse pour le moins déroutante 
Pire encore, l’intelligence de notre espèce pourrait bien ne pas vraiment s’accroître, malgré nos progrès technologiques. C’est en tout cas la thèse défendue par le professeur Gerald Crabtree, de la faculté de médecine de l’université de Stanford (États-Unis).
Dans une étude publiée il y a trois ans, il tordait le cou à l’augmentation de l’intelligence humaine au fil des siècles :
« Je parierais que si un(e) citoyen(ne) moyen(ne) de l’Athènes de 1000 avant notre ère apparaissait soudain parmi nous, il ou elle serait parmi les plus brillants et les plus vivants intellectuellement parmi nos collègues et compagnons. Nous serions surpris par la mémoire, le large éventail des idées et la vision claire sur les sujets importants de ce visiteur du passé. Je présume aussi qu’il ou elle serait parmi les plus émotionnellement stables de nos amis et collègues. Je ne veux pas là impliquer quelque chose de spécial sur cette époque de l’histoire et ce lieu en particulier, mais je ferais le même pari pour les anciens habitants d’Afrique, d’Asie, d’Inde ou des Amériques d’il y a 2 à 6000 ans ».
Jouer aux échecs, c’est moins difficile que construire une maison
Cet éminent professeur part du principe que des activités que nous considérons aujourd’hui comme « intellectuelles » (par exemple jouer aux échecs) sont beaucoup moins complexes que des concepts plus utiles à la survie, comme construire une maison.
Il en veut pour preuve qu’on peut facilement apprendre le premier à un ordinateur, alors que le second demanderait beaucoup plus à une machine qu’elle ne peut aujourd’hui fournir.
Faute d’utiliser réellement ces capacités intellectuelles complexes, qui ont permis à notre espèce d’assurer sa survie, nous pourrions les voir décliner encore davantage.
« Un chasseur-cueilleur qui ne pouvait pas concevoir une bonne solution pour obtenir de la nourriture ou un abri mourrait probablement, avec sa progéniture, alors qu’un(e) cadre de Wall Street qui ferait une erreur de concept similaire aujourd’hui recevrait un bonus substantiel et un(e) partenaire plus attirant(e). »
Nous aurions droit à « danse avec les prix Nobel »
Si ce scientifique assure que « nos capacités intellectuelles et émotionnelles sont de manière surprenante génétiquement fragiles », ses conclusions ne font pas forcément l’unanimité, et nous manquons de données précises pour estimer la variation de notre intellect au fil des millénaires.
Il est cependant intéressant de constater que le mythe de l’accroissement de l’intelligence allant de pair avec l’augmentation de notre potentiel technologique a quelques détracteurs.
Après tout, si l’intelligence était le plus beau fleuron des capacités humaines, nous aurions droit à « danse avec les prix Nobel« , nous célébrerions les Oscars de la médecine, et Stephen Hawking aurait des monuments dressés en son honneur un peu partout dans le monde. Les astrophysiciens auraient une renommée supérieure à celle des footballeurs, et les inventeurs seraient mieux rémunérés que les patrons des groupes du CAC 40.
survie du geek en milieu naturel
 Même le geek célébré par la contre-culture devrait descendre de son piédestal : privez-le d’électricité pendant un an, laissez-le dans un gîte campagnard perdu. Aura-t-il encore l’intelligence pratique nécessaire pour assurer sa survie ?
Bien entendu, ce serait probablement la même chose pour le citadin moyen, tant nous sommes devenus techno-dépendants, mais l’adaptation et la résolution de problèmes très terre à terre devraient encore faire partie de nos capacités en tant qu’espèce intelligente, non ? En tout cas, en cas de cataclysme technologique, pas sûr que ce soit forcément les plus « intelligents » qui s’en sortent le mieux.
Si l’évolution n’a pas placé l’intelligence en tête de liste, peut-être est-ce une autre explication de l’absence de civilisations extraterrestres repérables : les aliens sont encore occupés à mastiquer des fruits.
Édité par Barbara Krief  Auteur parrainé par Benoît Raphaël

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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