Les socialistes amoureux des pesticides

Charlie Hebdo – 23/03/2016 – Fabrice Nicolino –
Plus ça baisse, plus ça monte. Malgré des années de promesses non tenues, la consommation de pesticides ne cesse d’exploser en France. Pris la main dans le sac à complicités, le ministre Le Foll assume, plus ou moins. Il a de qui tenir, de Nallet à Glavany.
Cette histoire sent la mort, mais pas celle de Stéphane Le Foll, ministre officiel de l’agriculture. Quand même pas On va résumer ici deux belles anecdotes qui, c’est un doux miracle, s’emboîtent à la perfection. D’abord les pesticides, en général. Se fout-on très ouvertement de la société, de la santé publique, de la morale la plus élémentaire ? Ce serait drôlement vache pour la démocratie. 
569p22dessin_1Sommairement résumé, les politiques de chaque tendance estampillée promettent depuis des lustres monts dorés et merveilles étoilées. Au splendide Grenelle de l’environnement d’octobre 2007, lorsque Sarkozy était un écologiste incandescent, son ami Borloo avait promis dans un premier temps une diminution de 50 % de l’usage des pesticides en dix ans. A la stupéfaction générale, et quelques dizaine de minutes avant que son maître Sarkozy ne rectifie le tir. Certes, on réduirait de 50 % la consommation de pesticides, mais « à la condition que cela soit possible« . Ainsi qu’on a pu le constater depuis, et à la grande tristesse des autorités, cela n’a pas été possible. Tout au contraire, et malgré d’habituelles manipulations de chiffres, l’utilisation de pesticides a nettement augmenté au cours des dix ans passés.
Faut-il encore leur faire confiance ?
On en était à peu près là quand sont tombés la semaine passée de nouveaux chiffres qui marquent la forte détermination du gouvernement socialiste. En 2013, augmentation des pesticides de 9 %. En 2014, augmentation de 9,4 %. En 2015, on ne sait pas encore, mais qui sait ? Ceux qui accusent les socialos d’être des socialauds ne savent pas ce qu’ils disent. Hollande et Le Foll viennent en effet d’annoncer un plan Ecophyto 2, qui va faire des étincelles. Ecophyto 1, lancé en 2009, coûtait 40 millions d’euros par an et n’a servi à rien, car il devait faire baisser l’usage des pesticides.
Ecophyto 2, qui coûtera 71 millions d’euros chaque année, se fixe pour but grandiloquent de diminuer ce même usage de 50 % d’ici à… 2025, quand Hollande et Le Foll taperont la belote à la maison de retraite. Et, bien entendu – on ne change pas un cheval crevé – avec les mêmes partenaires, dont la FNSEA. Ce n’est pas sans intérêt, car la FNSEA est présidée par l’industriel Xavier Beulin, P-DG en même temps d’une holding colossale appelée Avril (anciennement Sofiprotéol). Or Avril commercialise indirectement la moitié des pesticides vendus en France. Vu ? Si non, recommencer calmement au début du paragraphe précédent.
La suite est aussi convaincante. Depuis plus de vingt ans, les géants de l’agrochimie, Bayer en Tête, commercialisent des pesticides d’un type nouveau, les néonicotinoïdes, destinés à « protéger » les grandes cultures. Comme le célèbre Gaucho. Seulement, les abeilles – rappelons-le, elles pollinisent massivement et gratuitement fruits et légumes – meurent par milliards au passage, ruinant les apiculteurs par milliers. Le débat n’est plus scientifique – tout a été largement démontré -, mais politique. Où l’on retrouve notre cher Stéphane Le Foll.
1603AvisRechercheLeFoll-520x536L’Assemblée nationale examinait la semaine passée une loi dite biodiversité. Eh bien, ainsi que l’a montré Le Monde, Le Foll s’est gentiment fendu d’une bafouille aux députés, pour les adjurer de ne surtout pas voter l’interdiction en France des néonicotinoïdes. Chapeau Bas? Mais n’oublions pas qu’il est l’héritier d’une longue tradition socialiste. Henri Nallet, ministre de l’agriculture de Mitterrand entre 1988 et 1990, avait déjà vaillamment défendu les intérêts d’un des pires pesticides de l’histoire, le chlordécone, qui a détruit une partie des Antilles françaises et de leurs ouvriers agricoles. Il est vrai que le monsieur avait commencé sa magnifique carrière comme chargé de mission de la FNSEA. Il est vrai qu’il a ensuite savamment conseillé le laboratoire Servier, celui du Mediator. Quant à Jean Glavany, ministre de l’agriculture de Jospin de 1998 à 2002, il avait de son côté grossièrement calé devant le Gaucho et les intérêts supérieurs de Bayer, malgré les cris de désespoir des apiculteurs.
Dans ces conditions, faut-il encore leur faire confiance ? Laisse tomber, c’est une blague…
Lire : Le jeu trouble de Stéphane Le Foll sur les pesticides  Le Monde (15/03)

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A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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