La discrète cagnotte des services secrets français

Le Canard Enchaîné – 23/03/2016 – J. C. –
De vrais premiers prix de vertu ! Depuis plus de dix ans, nos vaillantes barbouzes sont supposées se contenter, sans pleurs ni grincement de dents, de la même enveloppe d’argent liquide pour mener à bien leurs opérations secrètes. Soit un montant inchangé de « fonds spéciaux », environ 50 millions d’euros, voté chaque année par le Parlement. Mais ce chiffre est un leurre. En réalité, DGSE, DGSI et compagnie ont claqué en espèces 73,4 millions d’euros en 2014, 68,8 millions en 2013 et 68,3 millions en 2012…

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Le lièvre vient d’être levé par la délégation parlementaire au renseignement qui publie, pour la première fois, le rapport de la Commission de vérification des fonds spéciaux. Composée de quatre parlementaires, cette commission, créée en 2002, est chargée de contrôler l’utilisation des liasses de billets. Et elle administre au gouvernement une jolie volée de bois vert. Au lieu d’augmenter officiellement les fonds spéciaux, Valls et ses prédécesseurs ont préféré agir en douce et puiser dans une discrète cagnotte destinée à couvrir des dépenses « accidentelles et imprévisibles ». Mais, comme le souligne la Commission, cette réserve de précaution a surtout servi à régler des factures qui n’étaient ni accidentelles ni imprévisibles.
Matignon sur la réserve
Une-reserve-parlementaire-qui-suscite-des-reserves_referenceDotée d’environ 150 millions d’euros, cette ligne de crédits, baptisée DDAI (Décrets de Dépenses Accidentelles et Imprévisibles), doit permettre de faire face à des catastrophes sanitaires ou humanitaires. Mais l’État a pris l’habitude de s’en servir pour tout autre chose. Outre les opérations de barbouzerie,  cette procédure sert à financer la réserve parlementaire (les subventions distribuées dans leur fief par les députés et les sénateurs). Mais aussi à acheter et à louer des bureaux, à organiser une consultation pour le Grand paris, voire à payer certains fonctionnaires…
Autres avantages de la DDAI : le Premier ministre peut les utiliser sans se donner la peine de consulter les commissions des Finances du Parlement. Et quand il s’agit d’alimenter les fonds spéciaux, le décret n’est même pas publié au « Journal Officiel », au nom du sacro-saint secret-défense ! Le rapport rappelle au passage que Matignon s’est assis sur les mises en garde de la Cour des comptes, qui réclame chaque année, depuis 2011, « une clarification » de l’utilisation de la DDAI. C’est comme si c’était fait…

A propos werdna01

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