Hausse du smic de 50 %… en Californie

Charlie Hebdo 06/04/2016 – Jacques Littauer –
La hausse du smic est combattue par les patrons et les libéraux parce qu’elle accroît le coût du travail, ce qui pénaliserait les profits et l’emploi. Mais cette « loi » de fer ne semble bizarrement pas s’appliquer aux États-Unis ou au Royaume-Uni, où de fortes hausses du salaire minimum viennent d’être décidées.
« C’est une question de justice économique, c’est une mesure judicieuse, et cela aidera notre État tour entier à faire bien mieux pour ses citoyens. » Voilà comment le gouverneur démocrate de l’État de Californie, Jerry Brown, a annoncé la bonne nouvelle : le salaire minimum, actuellement fixé à 10 dollars de l’heure dans les États des chercheurs d’or de la Silicon Valley, va être progressivement augmenté, jusqu’à atteindre le seuil symbolique de 15 dollars en 2022 (2023 pour les entreprises de moins de 25 salariés). Un sacré bond en avant, qui en fera le salaire minimum le plus élevé du monde, au bénéfice de 5,6 millions de travailleurs, soit un tiers de la main-d’œuvre de l’État. On sera alors bien au-delà du salaire minimum américain, qui n’est que de 7,25 dollars – mais la Californie est un État riche; ou le coût de la vie, notamment les loyers, est nettement plus élevé que dans le reste du pays.
0312-dessin-2-3555dLa mesure reste néanmoins prudente, puisqu’il sera possible de reporter les hausses prévues en cas de récession. Mais cela n’en reste pas moins une décision spectaculaire, obtenue suite à la pression exercée par le mouvement Fight for §15, qui avait obtenu que la question soit mise au vote en novembre prochain -une situation que Brown souhaitait éviter à tout prix afin de s’épargner une campagne difficile. En effet, le débat est enclenché aux États-Unis depuis plusieurs années sur le salaire minimum, suite notamment au mouvement de grève lancé en 2012 par des salariés de fast-food new-yorkais. On  ainsi vu le géant de la grande distribution Walmart, célèbre pour ses salaires de misère et ses pratiques anti syndicales, afficher un salaire plancher de 10 dollars de l’heure. Et plusieurs municipalités californiennes avaient déjà voté 15 dollars, comme San Francisco ou Los Angeles.
La preuve, donc que les mouvements sociaux et les syndicats peuvent obtenir des résultats s’ils arrivent à travailler ensemble et à fédérer des travailleurs issus de différentes minorités, qui n’habitent pas dans les mêmes quartiers, et qui ont des habitudes de travail très différentes selon qu’ils sont magasiniers, infirmières ou vendeuses, mais qui ont tous des intérêts convergents. Une grande journée de mobilisation est ainsi prévue le 14 avril avec des actions dans une quarantaine d’États. Et la décision de la Californie va donner un joli tour social à l’élection américaine, puisque Sanders (évidemment) mais aussi Clinton s’étaient déjà prononcés en faveur des 15 dollars. Vont-ils tenir leur promesse ? 
En France, c’est plus simple  : aucun des possibles vainqueurs de la présidentielle ne propose d’augmenter le smic, le coût du travail étant déjà jugé trop élevé pour les entreprises, notamment en raison des « charges ». Pour eux, si on augmentait le smic, les entreprises licencieraient. Mais ce n’est pas ce que montrent les deux exemples de création récente du salaire minimum, au Royaume-Uni en 1999, et en Allemagne en 2015, où le chômage est resté faible en « dépit » du smic. David Cameron vient d’ailleurs lui aussi de décider d’une hausse spectaculaire du salaire minimum britanique, qui devrait atteindre 9 livres de l’heure en 2020, soit 11, 40 euros, bien plus que le niveau français (9,67 euros). 

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Ces évolutions mystérieuses pour des gouvernements libéraux s’expliquent assez aisément. Un smic plus élevé, c’est plus de pouvoir d’achat et donc de demande pour les entreprises. Mais c’est aussi des travailleurs plus motivés, et donc plus productifs, moins souvent malades ou absents. Il se peut donc que les entreprises aient à y gagner, si elles daignent y réfléchir un peu. Bien sûr, la hausse du smic peut conduire certaines entreprises à réduire leurs emplois, par exemple en remplaçant des hommes par des machines. Mais en la matière, il semble que les éléments en faveur de la hausse du smic l’emportent sur les inconvénients. Se pourrait-il que cette bonne nouvelle se donne la peine de traverser la Manche et l’Atlantique afin d’arriver au 55, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris (adresse de l’Élysée) ?

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