Notre-Dame-des-Landes : sécurité et emploi, les mamelles d’une propagande pré-référendum

L’âge de faire – journal mensuel alternatif – avril 2016 – Nicolas Bérard –
Avec le référendum en ligne de mire, les porteurs du projet concentrent leur propagande sur deux thèmes dans l’air du temps : le respect de « l’ordre », et la création d’emplois. 
Lorsqu’ils ont relancé le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes au début des années 2000, ses promoteurs ne s’attendaient certainement pas à une telle résistance : innovante, insaisissable, efficace, tenace…

Le PAHRE et ses habitants

Cela fait quinze ans que les opposants sont mobilisés. Quinze ans qu’ils inventent, résistent, décortiquent le dossier, font des expertises, des contre-expertises, proposent des solutions alternatives. « Je rêve de pouvoir faire mon potager ! », explique aujourd’hui Christian Grisollet, co-président de l’Acipa. Mais avant de planter des tomates au fond de son jardin, son temps libre, il le consacre quasi entièrement à la lutte. C’est que ces hommes et ces femmes ont un adversaire autrement mieux armé qu’eux : des responsables politiques de tout premier plan, la « machine d’État », et le géant du BTP Vinci, qui a obtenu le marché de la construction et une concession de 55 ans du nouvel aéroport (à titre indicatif, Vinci gagne 10 millions d’euros de bénéfice net par an avec Nantes-Atlantique).
Ce projet est né dans les années 1960, durant les Trente glorieuses. Pour faire de la zone atlantique « la Ruhr du XXIe siècle »  (1) , il faut doter Nantes d’un aéroport international.
Un site est choisi : 1 650 hectares situés à Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes, sont préemptés. Les promoteurs du projet jurent alors que cet équipement permettra notamment « aux voyageurs britanniques atterrissant avec leurs voitures de gagner dans les meilleures conditions aussi bien les côtes sud de la Bretagne que l’Espagne par Bordeaux »  (1).
Cinquante ans plus tard, la lecture de ces prévisions fait rire. Mais quelques élus, au début des années 2000, relancent le programme. Pourquoi ? D’abord, parce que l’aéroport actuel serait en phase de saturation imminente. Or, affirment les partisans d’un nouvel aéroport, rénover l’ancien coûterait plus cher que d’en faire un nouveau, sans compter que le vieil équipement poserait tout un tas de problèmes.
« Lorsque le débat public a eu lieu, fin 2002, je m’y suis rendu sans être a priori opposé au nouvel aéroport. J’y ai entendu des choses incroyables, comme par exemple que nous procédions à des lâchés de kérosène et que nous vidions les toilettes des avions au-dessus de Nantes ! » explique Thierry Masson, officier pilote de ligne.
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CHIFFRES TRUQUÉS
Après le débat, place à l’enquête publique. Les avis recueillis sont à 67 % défavorables au projet, mais les commissaires enquêteurs concluent à un avis favorable. Le rouleau compresseur est en marche. Face à lui, des hommes et des femmes qui font tout pour en casser le moteur. Ils multiplient les manifestations, tiennent réunion publique sur réunion publique, organisent la semaine de la résistance en août 2009… A partir de là, les premiers « zadistes» apparaissent : ils s’installent dans les fermes abandonnées, dorment dans leurs camions, plantent des tentes, construisent des cabanes. Entre groupes d’opposants, agriculteurs, zadistes, une cohabitation se dessine. Elle n’est pas toujours sans heurts ni incompréhensions mais, dans l’adversité, les liens se resserrent, le dialogue s’installe et, peu ou prou, chacun s’accorde à dire que toutes ces formes de résistance sont complémentaires et nécessaires.
Car dans le même temps, les manipulations de l’État sont mises à jour, ainsi que les relations incestueuses entre les acteurs du projet. Exemple : moins d’un an après la désignation de Vinci, le préfet qui avait signé la Déclaration d’utilité publique (DUP) se fait embaucher chez Vinci Autoroutes. Ceci expliquant peut-être cela, le Partenariat public-privé (PPP) signé avec le géant du BTP est tout à son avantage. Avec ce contrat, Vinci s’assure une rente pour un demi-siècle, tandis que tous les risques financiers sont assumés par l’État et les collectivités locales. Les opposants ne font pas que dénoncer, ils inventent l’Atelier citoyen. Toute personne volontaire est invitée à partager ses compétences. On y trouve des ouvriers, des architectes, des chefs d’entreprise, des pilotes… Ils font de nouveau ressortir les aberrations du dossier, mais ils prouvent aussi, chiffres et données techniques à l’appui, que la rénovation de Nantes-Atlantique est préférable – que ce soit sur le plan financier, de l’emploi, de l’environnement, de l’aérien, etc. – à la construction de Notre-Dame-des-Landes  (1). Parallèlement, le Canard Enchaîné révèle que l’aérogare de NDDL serait plus petite que l’actuelle, censée être saturée ! Conflits d’intérêts, chiffres truqués, absurdité du projet, désastre écologique, destruction de terres agricoles, gabegie d’argent public… Tout a été démontré. Comment expliquer, dans ces conditions, un tel entêtement de l’État ?
Depuis 2011 et le premier forum européen des GPII (grands projets inutiles et imposés), puis l’opération César de 2012 durant laquelle l’État a envoyé les forces de l’ordre pour tenter, avec une extrême violence, et en vain, de chasser les zadistes et les opposants de la zone, Notre-Dame-des-Landes est devenu un symbole.
La ZAD, « Zone de non-droit » ?
Voilà plusieurs mois que ça dure : de déclarations en pétitions, les porteurs du projet font peu à peu accepter l’idée que la la Zad serait une » zone de non-droit » tenue par une horde de barbares. « Si les gens allaient sur la Zad, ils seraient rassurés. mais toute cette propagande crée une telle peur qu’ils n’osent même pas y mettre le pied« , explique une nantaise qui se rend régulièrement sur la zone.

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Des emplois par milliers ?
Il y a dix ans, Christine Péron, déléguée CGT de Nantes-Métrople était plutôt favorable au transfert de l’aéroport. Jusqu’à ce qu’elle se plonge dans le dossier. Ce travail a permis de remarquer que « 2 500 employés sur site sont estimés, contre 2 000 emplois à l’heure actuelle. Il s’agit donc essentiellement d’un transfert de salariés et non de créations d’emplois » D’autant que rien, à part une hausse du trafic (que pourrait absorber l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique, ne vient justifier ces 500 emplois supplémentaires. Et que le transfert de l’activité éloignerait beaucoup les employés actuels de leur lieu de travail.  Une rénovation de l’aéroport actuel serait préférable à la construction de celui de Notre-Dame-des-Landes. Avec en plus l’avantage que cela pourrait commencer immédiatement.
Chacun, de son côté, en est conscient, ce qui exacerbe le rapport de force autour d’une bataille qui, quelle qu’en soit l’issue, fera date.
« L’enjeu dépasse désormais la construction de l’aéroport. Si l’aéroport tombe, ça aura des conséquences sur les autres projets du même genre. Et inversement. Nous avons donc une lourde responsabilité : nous ne pouvons plus lâcher. »  Françoise Verchère ( conseillère générale, vice-présidente du conseil général de Loire Atlantique, déléguée à l’environnement).
1- Extrait du dossier cité dans l’ouvrage Notre-Dame-des-Landes, de Hervé Kempf, éd. Seuil
2- Les documents réalisés par l’Atelier citoyen sont disponibles sur www.ateliercitoyen.org : pour des alternatives au projet de Notre-Dame-des-Landes

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