Le Brésil qui s’encanaille destitue Dilma Rousseff

Le Canard Enchaîné – 20/04/2016 – S. Ch. –
Dimanche 17 avril, après 47 heures non-stop d’empoignades et d’insultes, -« Gangsters ! », « Canailles ! » -, les députés brésiliens ont voté massivement la destitution de leur présidente de la République, réélue en octobre 2014.
2016-03-11T142104Z_1968630044_GF10000341723_RTRMADP_3_BRAZIL-POLITICSCe qui est reproché à Dilma Rousseff ? Une mauvaise gestion économique de la crise, une forme d' »irresponsabilité en matière budgétaire ». Et surtout – même si elle le nie -, d’avoir maquillé les comptes du pays pour assurer sa réélection. Une filouterie qui fait hurler une majorité de la classe politicienne, pourtant fâchée avec la morale. Ainsi, selon l’ONG anticorruption Tranparency Intenational (1) , 36 des 65 députés qui formaient la commission « destitution » sont inculpés ou ont été condamnés pour des malversations diverses. De même, 303 des 515 députés brésiliens et 49 sénateurs sur 81 ont fait ou font l’objet de poursuites judiciaires. Certains pour de véritables crimes, comme la complicité d’enlèvement ou de meurtre.
Le président du Sénat – qui doit encore se prononcer sur la destitution -, est lui-même poursuivi pour blanchiment, tout comme son collègue, le président de la Chambre des députés. C’est d’ailleurs ce dernier, Eduardo Cunha, heureux possesseur de comptes illégaux en Suisse, qui a jugé recevable la procédure contre Dilma Roussseff, en décembre (« Le Figaro« , 18/4). Et – quelle coïncidence ! – pile au moment où la commission d’éthique du Parlement allait le suspendre de ses fonctions et alors que la présidente de gauche avait refusé de la soutenir.
La vengeance est un taco qui se mange épicé.
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Coupe du monde : le graffiti qui dit toute la colère du peuple brésilien
(1) Transparency International France – Indice de Perception de la Corruption 2015
L’indice de perception de la corruption 2015 montre clairement que la corruption continue d’affecter de nombreux pays à travers le monde. Cependant, en 2015, les citoyens sont descendus dans la rue pour protester contre la corruption envoyant à leurs dirigeants le message qu’il est grand temps de s’attaquer à la grande corruption », déclare José Ugaz, président de Transparency International.
Le Brésil est le pays qui a enregistré la plus forte baisse au classement. Le pays chute de 5 points et de 7 places, il occupe à présent la 76ème place. En 2015, les révélations du scandale Pétrobras, ont entrainé de nombreuses manifestations citoyennes. Les procès judiciaires qui ont débuté pourraient permettre au pays d’avancer dans la lutte contre la corruption.
Les pays qui ont enregistré une forte baisse au classement anticorruption au cours des quatre dernières années sont la Libye, l’Australie, le Brésil, l’Espagne et la Turquie. A contrario, la Grèce, le Sénégal et le Royaume Uni figurent parmi les pays qui ont obtenu la plus forte hausse.
Le Danemark conserve la première place tandis que la Corée du Nord et la Somalie obtiennent les plus mauvais résultats avec seulement 8 points chacun.
Les pays les mieux classés partagent certaines caractéristiques : liberté de la presse, ouverture des données sur les comptes publics, haut degré d’intégrité des responsables publics, équité de la justice indépendamment de la position sociale des citoyens et indépendance des institutions judiciaires.

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