Réfugiés, rien n’est réglé, l’Europe doit faire plus

LE MONDE | 21.04.2016
Editorial du « Monde ».  Cette fois, pas de photo, mais une évaluation, un chiffre : plusieurs centaines de migrants auraient péri – dans la nuit du 12 au 13 avril, semble-t-il – au large de la Libye, lors du naufrage de leur embarcation. Du moins est-ce là le récit, concordant en tous points, recueilli cette semaine en Grèce par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
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Des réfugiés sur l’île grecque de Lesbos, le 16 avril 2016. ARIS MESSINIS / AFP
Il est sans doute encore trop tôt pour se prononcer définitivement sur l’ampleur de ce drame. Mais il confirme, en toute hypothèse, cette autre vérité : l’Europe va devoir vivre longtemps avec une massive poussée migratoire venue du Sud, et avec les tragédies qui l’accompagnent.
 Un accord entre l’UE et la Turquie qui ne règle pas la question
Rien ne serait plus faux, et irresponsable, que d’imaginer la question à moitié réglée depuis le médiocre accord, conclu fin mars, entre l’Union européenne (UE) et la Turquie. Pour l’essentiel, il s’agit là de tenter de maîtriser l’afflux de réfugiés fuyant les guerres de Syrie et d’Irak, voire d’Afghanistan, et qui, venant de Turquie, passent clandestinement en Grèce pour solliciter l’asile politique dans l’un des vingt-huit pays membres de l’UE.
L’accord a, laborieusement, commencé à être mis en application. Les réfugiés ayant gagné une des îles de l’archipel hellène doivent être renvoyés en Turquie, seul pays à partir duquel ils peuvent formuler une demande d’asile politique ou d’immigration économique sur le territoire de l’UE. On ne sait trop quel est l’avenir de ce curieux « contrat » passé avec Ankara à la demande pressante de la chancelière allemande, Angela Merkel, critiquée chez elle pour avoir accepté plus de 800 000 migrants en 2015. Mais, pour l’heure, il remplit en partie sa mission : il semble bien avoir considérablement réduit le flux migratoire en provenance du Moyen-Orient.
Mais il y a l’Afrique subsaharienne, comme nous le rappelle le naufrage évoqué, mercredi 20 avril, par le HCR. Il pourrait bien s’agir, cette fois, d’une de ces grandes tragédies de la mer qui ponctuent la déjà longue histoire de la migration venue de l’ensemble du continent africain – de la Corne de l’Afrique à l’Afrique de l’Ouest, en passant par l’Afrique sahélienne.
Recueillis sur une barcasse de fortune par un cargo philippin qui les a déposés dimanche en Grèce, 41 migrants ont raconté la même histoire au HCR. Partis d’Egypte ou de la côte est de la Libye, ces Africains s’apprêtaient à être transférés sur un bateau plus gros au moment où celui-ci a chaviré. Déjà bondé, ce bâtiment « a perdu l’équilibre puis basculé » lors d’un mouvement de foule. C’était la nuit. Des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants auraient péri, noyés, sans bouées ni canots de sauvetage. Un communiqué du HCR évoque l’hypothèse d’un demi-millier de morts.
Rien de conjoncturel
Cette nuit d’horreur n’a pour l’heure été confirmée ni par les marines grecque et italienne ni par Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières. Mais elle a été relatée exactement dans les mêmes termes par les survivants, pour la plupart originaires d’Afrique de l’Ouest. Rien de conjoncturel dans leur aventure : amorcé depuis plusieurs années déjà, un immense mouvement migratoire venu d’Afrique subsaharienne va se poursuivre et probablement même s’accentuer.
Aucune solution n’est à la portée d’un seul des pays méditerranéens de l’UE
Il est moins lié à la guerre qu’à la misère et à l’explosion démographique sans précédent que connaît l’Afrique. Celle-ci pose à l’UE un problème majeur d’ordre quasi stratégique. Rien ne semble devoir arrêter ces jeunes femmes et ces jeunes hommes, souvent parmi les plus entreprenants de leur génération, dans leur désir de gagner l’UE. Aucune solution n’est à la portée d’un seul des pays méditerranéens de l’UE. C’est à celle-ci dans son ensemble de tenter de maîtriser, avec les pays africains, un flux migratoire qu’il faut sortir de la clandestinité et des mains des passeurs.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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