Apprendre à philosopher – La philosophie, un trésor ouvert sur l’avenir

LE MONDE 09.03.2016

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« Quelqu’un, vous ou moi, s’avance et dit : je voudrais apprendre à vivre enfin… » Ces mots de Jacques Derrida délimitent bien la scène où surgit le désir de philosophie. Il est urgent d’apprendre à vivre, oui, et cet impératif ne fait qu’un avec l’exigence de penser. En ces temps de trouble et de désarroi, nous éprouvons tous le besoin de poser des mots tant sur notre destinée individuelle que sur notre devenir collectif.
Qu’il s’agisse de déchiffrer les enjeux du monde actuel ou de s’y inventer une façon d’être, qu’il faille donner du sens à l’histoire immédiate ou à notre existence quotidienne, la philosophie propose une éthique en acte qui nous permet de tenir bon et de nous tenir bien. En France, le pays de Voltaire et de Sartre, celui de la philo en Terminale aussi, nous sommes très nombreux à garder en tête la voix du professeur qui nous a ouvert l’esprit, et l’existence, en nous mettant dans les pas d’Aristote ou de Pascal. Car si elle s’élabore au présent, la pensée vivante puise sans cesse dans les grands textes classiques, elle se laisse guider par un patrimoine qui est tout sauf une archive livrée au passé : ce trésor est ouvert sur l’avenir, il engage et éclaire notre actualité.
Rigueur, clarté, actualité
Apprendre à penser, le moi comme le monde, c’est donc bien aussi apprendre à vivre : telle est la conviction qui préside au lancement de la collection « Apprendre à philosopher ». Avec cette série de 60 livres, Le Monde fait le pari d’une triple pédagogie : celle de la rigueur et de la clarté, bien sûr, mais celle, également, de l’actualité. Accompagné de chronologies et richement illustré, chaque volume permet de se familiariser avec la pensée d’un philosophe, de Platon à Freud en passant par Spinoza ou Marx.
Apprendre à penser, c’est se mettre à l’école de ces Anciens qui ont conservé toute leur fougue ; de ces maîtres si modernes, parfois, qu’ils sont… nos contemporains. Là est en effet l’une des originalités de cette collection, qui fait la part belle au XXe siècle, et par exemple à Arendt, à Sartre, à Foucault et même à Habermas, lequel est bien vivant. En nous donnant pour guides de tels auteurs, la collection nous entraîne à travers l’histoire de la philosophie et de ses grands questionnements : le sens de la vie, les limites de la connaissance, les conditions de la justice… En nous mettant dans leur sillage, elle nous permet de jeter un regard neuf sur l’horizon de l’histoire comme sur la perspective du chaque jour. Surtout, elle nous met en chemin vers cet idéal qui fonde la philosophie depuis l’origine : dynamiter nos certitudes, déconstruire nos préjugés, et nous bricoler ainsi, à même le texte, au plus près de la vie, quelque chose comme une liberté.
Volume après volume, on vérifiera alors que la philosophie, loin de se réduire à un système abstrait, est d’abord un regard critique et une sagesse pratique. Bref, on verra que tout ce savoir est encore et toujours, décidément, un savoir vivre.
« Apprendre à philosopher » : les premiers volumes
Jean Birnbaum Journaliste au Monde, responsable du « Monde des Livres »

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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