Les chevaliers blancs, les justiciers, c’est au cinéma – Démocratie ? Ou Ploutocratie ?

utopia – 29/04/2016 – l’Edito de Béatrice Delvaux (Le Soir) du mercredi 27 avril 2016 –
Surtout ne pas relever la tête, suivre la ligne officielle, peu importe qu’elle soit morale, qu’elle se joue de la légalité ou qu’elle nourrisse l’injustice. Jeunes gens, rentrez dans le rang, sous peine de le payer cher ! Les chevaliers blancs, les justiciers, c’est au cinéma.
C’est le message donné par le procès ouvert hier à Luxembourg. Ceux qui ont espéré et cru que la justice, fiscale en l’occurrence, avait gagné des points avec les révélations des LuxLeaks, se sont trompés. Novembre 2014 avait permis de faire deux pas en avant, mai 2016 en fait faire quatre en arrière. Ceux qui sont assis sur les bancs des accusés de ce tribunal luxembourgeois ne sont en effet pas les concepteurs ou les bénéficiaires de ces montages fiscaux mis au jour, mais ceux qui les ont révélés. Les mêmes dont à l’époque, des commissaires, des ministres, des Premiers ministres, des présidents européens avaient loué le courage et le travail d’intérêt public.

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Depuis nos révélations, aucune multinationale citée dans les LuxLeaks n’a été inquiétée. Pas davantage le grand-duché du Luxembourg, qui a couvert et encouragé ces montages et n’a pas depuis remis en cause ses pratiques fiscales. Idem pour l’intermédiaire PWC, le « créatif » du trio. Vus mais pas pris…
Par contre, Arnaud Deltour et Raphaël Halet de PWC, ainsi que le journaliste Edouard Perrin sont, eux, inculpés. S’ils sont condamnés, l’impunité, pour l’ingénierie fiscale au parfum de fraude, aura gagné la partie. Et cela risque d’être pour longtemps. Qui, en effet, se risquera encore à se saisir de documents révélateurs et à les publier ?
Un procès contre les lanceurs d’alertes et les journalistes, zéro poursuite pour les acteurs des LuxLeaks ? Le déséquilibre est révoltant. Certains hommes politiques n’hésitaient pas hier à assurer les accusés de Luxembourg de leur soutien. C’est d’une hypocrisie peu commune car ce sont souvent les mêmes dont les partis et les pays ont voté il y a quelques jours la directive « secret des affaires », qui met le lanceur d’alertes dans l’obligation de prouver son bon droit et pas l’entreprise dénoncée. Une hypocrisie qui a trouvé un autre sommet dans la décision de la Commission européenne d’accepter, pour les Panama Papers, la commission d’enquête qu’elle a refusée pour les LuxLeaks. Comme si la traque de la vérité, la recherche de la transparence et l’accomplissement de la justice étaient à géométrie variable : bon pour les autres, mais pas pour moi…
Au moment où beaucoup, les jeunes notamment, doutent de la capacité d’une société à faire bouger les lignes, ce procès expose comment un establishment solidaire décide d’enterrer un dossier au grand jour et choisit d’encourager les systèmes qui nourrissent l’iniquité. C’est une terrible défaite pour la politique.
Heureusement, le parti vert Belge Ecolo a décidé d’aller devant les tribunaux pour dénoncer « la complaisance, voire la complicité » de l’État belge dans les dossiers de grande fraude fiscale ». Mettre fin à la complaisance de l’État envers les fraudeurs » – La Libre.be
« Ce n’est pas courant comme outil politique, reconnaît Patrick Dupriez, coprésident du parti vert belge. Luxleaks, Swissleaks, Panama Papers… les scandales financiers se multiplient et certains font les vierges effarouchées. Mais après les paroles, il n’y a jamais d’actes. Vu l’ampleur de la fraude, il faut réagir et mettre fin à cette complaisance ».
Heureusement qu’il existe encore des journalistes et des politiques digne de ce nom.
Pour avoir dit la vérité, il risque 1.3 M€ d’amende et 10 ans de prison
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