Qui sont les manifestants violents anti-loi Travail ?

24 Heures / Suisse  – 29/04/2016 – Xavier Alonso –
Les débordements en marge des manifestations ont surpris la France. Des groupes déterminés veulent en découdre.
Image: AP
A l’aube de vendredi, la place de la République n’est occupée que par les légions de CRS. Autour d’eux, des décombres en quantité jonchent le sol d’une nuit de violences. A Paris, comme dans de grandes villes de Province (Nantes, Rennes, Le Havre, Marseille), les cortèges de jeudi contre la loi Travail ont été rythmés par les affrontements entre la police et des groupes de casseurs déterminés. Si de part et d’autre – le gouvernement comme les syndicats et le mouvement Nuit debout – ces débordements sont condamnés, la France s’interroge sur l’identité de ces casseurs dont les motivations restent vagues. Au final, on comptabilise 214 arrestations, 78 policiers blessés. Un blessé grave parmi les forces de l’ordre et un étudiant atteint à l’œil par un tir de flash-ball.
«On observe deux types de groupes: les autonomes habillés en noir, les «Black Blocs», organisés, qui apparaissent tout à coup à l’avant du cortège pour en découdre avec les policiers. Et des groupes de casseurs, constitués de gamins qui descendent de la périphérie de Paris ou Lyon et profitent de la manif pour casser», explique à l’AFP Olivier Cahn, chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip).
Dans les manifestations parisiennes, parmi la cohue en tête des cortèges, on constate surtout la présence d’une population jeune et citadine, énervée à la vue des enseignes «symboles du capitalisme agressif». Les jets de bombes de peinture et les tags sont alors monnaie courante.
D’ailleurs, c’est devant les banques, complices de la fraude fiscale révélée par les «Panama Papers», que la tension monte d’un cran. Encagoulés, des activistes sortent effectivement du cortège pour dévaster à coups de marteau les guichets automatiques.
Des étrangers très aguerris
Derrière ces agissements, on retrouve en partie la Mili (pour Mouvement inter luttes indépendant). Un groupuscule de lycéens et d’étudiants très motivés. Ils seraient moins d’une centaine. Interrogés par Mediapart, ils assument leur «action directe. Car il y a plus de justesse dans ce que nous pouvons faire que dans les déclarations de politiques qui n’ont plus aucune notion de ce qui se passe dans la vie réelle des gens, qui passent leur temps à gérer la misère au lieu de penser des solutions pour en sortir.»
Par ailleurs, selon des sources policières, des groupes autonomes, plus structurés et aux méthodes éprouvées et sans doute venus de l’étranger, sont actifs dans les manifestations anti-loi Travail. «Ils sont de plus en plus organisés, méthodiques. Ils ont une technique qui se met au point pour enlever les pavés, pour récupérer du goudron, le stocker dans des sacs et ensuite attaquer au moment qu’ils choisissent», explique le préfet de police de Paris, Michel Cadot.
Il n’empêche, les autorités, et notamment le gouvernement, sont mal à l’aise avec la situation. La police des polices a été saisie du cas de l’étudiant gravement blessé à l’œil à Rennes par le tir de flash-ball. Après le précédent du coup de poing assené par un CRS à un jeune lycéen lors de la manifestation du 24 mars dernier, de nombreuses voix, dont celle du puissant syndicat CGT, dénoncent «un usage disproportionné de la force par la police».
Aussi la droite dure réclame, elle, l’interdiction des manifestations et la dissolution des milices d’extrême gauche. Manuel Valls a rappelé que manifester était un droit mais a appelé les organisateurs à prendre leurs responsabilités et à maîtriser leur mobilisation. Dimanche 1er mai, aux quatre coins de la France, des rassemblements sont prévus contre la loi Travail, dont l’examen par l’Assemblée nationale débute mardi.

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