Malgré la crise, la France va produire plus de cochons grâce aux subventions européennes

Le Canard Enchaîné – 27/04/2016 – Conflit de Canard –
famille-de-porcs-33348434Cocorico ! Cette année, la France va produire encore plus de cochons que l’année dernière. Comptez au bas mot 250 000 porcs supplémentaires. tout ça grâce, notamment, au PACE, le plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles. Bruxelles, le ministère de l’Agriculture et nos conseils régionaux ont décidé de mettre la main à la poche pour distribuer, d’ici à 2020, 1,2 milliard d’euros entre autres pour les porcheries. Cela pour des fermes toujours plus performantes et plus grandes, pour fabriquer toujours plus de lait, plus de cochons… Et tant pis si, à force de produire à tout berzingue, les éleveurs vendent à perte.
Prenez le prix du porc industriel : aujourd’hui, il arrive que l’agriculteur le cède à l’abattoir 1,25 euro le kilo, alors qu’il a dépensé pour l’engraisser 1,76 euro le kilo. En clair, notre éleveur peut perdre jusqu’à 61 euros par cochon. Çà, c’est de la logique productiviste ! Au lieu de favoriser la qualité, la transformation à la ferme et les circuits courts, tout ce qui permettrait à l’éleveur de mettre du beurre dans les épinards en regonflant sa marge, on aggrave à coups de subventions une crise de surproduction.
dessindagir_decretazote_1_0Un tour de cochon aussi pour le consommateur, qui récupère dans l’assiette du jambon insipide issu d’un animal privé de la lumière du jour et gavé de granulés énergétiques. Sans compter le désastre écologique des nitrates et des algues vertes, que les éleveurs sont censés éponger en construisant des méthaniseurs. Stéphane Le Foll, notre ministre de l’Agriculture n’a-t-il pas lancé le plan Énergie Méthanisation Autonomie Azote pour équiper un millier fermes d’ici à 2020, au rythme de 130 par an ? Bien sûr, cette course à la compétitivité coûte cher : malgré les aides, l’éleveur doit s’endetter auprès des banques Quand les plus fragiles mettent la clé sous la porte – 22 000 exploitations sont actuellement au bord de la faillite -, les plus gros en profitent pour racheter. Ce qui favorise les élevages XXL façon ferme des mille vaches.
Une modernisation de l’agriculture vivement encouragée par le principal syndicat, la FNSEA. Sa vice-présidente, Chrisiane Lambert, vient d’ailleurs d’investir 920 000 euros pour moderniser sa porcherie en Maine-et-Loire. Avec 230 truies, elle fera désormais 5 400 porcelets à l’année, soit 400 de plus qu’avant, engraissés sur place. Le tout arrosé par 160 000 euros de subventions : 124 000 grâce au PACE plus 40 000 euros généreusement donnée par Terrena, la première coopérative agricole qui lui a aussi accordé un prêt de 72 000 euros. Le géant de l’agrobusiness a raison de donner un coup de pouce à la numéro 2 de la FNSEA. C’est non seulement une adhérente mais aussi la vice-présidente de l’Association internationale pour une agriculture écologiquement intensive, une structure qu’il  a dûment créée et qu’il sponsorise.
Comme on dit, allons-y franco de porc !

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